Les affaires du monde, on ne voudrait pas en parler, on préférerait se retenir tant c’est grave et dérisoire. Mais le cour vous lève et dans les cafés ou les bars, entre amis, écouré, on finit par donner son avis, encore, sans que cela ne serve à rien.
Au Kosovo, les choses s’emmêlent jour après jour dans un écheveau de plus en plus inextricable. Les Américains bombardent Belgrade. Et des Serbes innocents, voire des opposants de Milosevic qui risquent comme les autres de recevoir une bombe perdue se rallieront peut-être, ne serait-ce que par patriotisme, à cette amère patrie. En d’autres lieux les frères de ces victimes massacrent des innocents… les innocents iront venger les victimes… le pire reste à voir. Il n’est ni tout blanc ni tout noir.
Un courrier des lecteurs dans ce journal fait réfléchir, tandis qu’ailleurs quelques images atroces emportent notre adhésion devant le combat technocraticotronique que livre l’Occident contre le mal avec un grand M. Celui d’Hitler et de Staline. L’OTAN fait pourrir la situation? La Russie l’envenime? Voici déjà venu le temps des comptes et des questions.
Que fait l’ONU, où sont ses casques bleus sur lesquels personne n’oserait tirer? Ces immigrants de fortune que l’on voudrait parquer dans des tentes au Canada, voudront-ils, et pourront-ils, un jour rentrer chez eux? Qui seront les véritables occupants de ce pays rasé? La partie n’est-elle pas de toute manière déjà perdue? Quel ivrogne massacreur et violeur sera-t-il jamais traîné devant les tribunaux internationaux? Six ans plus tard, ceux de Foca n’y sont toujours pas _ nous faisons brièvement allusion à cette ville maudite en page 11 de ce journal. Ceux qui voudront en savoir plus visiteront le http//www.hrw.org/reports98/foca/ au péril de leurs humeurs.
Le citoyen raisonnable n’a que des arguments idéalistes et peu d’autres choses que la parole, la raison et, pour certains, la foi, à opposer aux énormes machines qui broient la cour du voisin. Une chose est cependant certaine, nous sommes gouvernés par des imbéciles. Des orgueilleux, des violents qui ne sauraient pas extraire la racine carrée de 2000 et qui n’ont rien lu d’autre que des biographies d’hommes célèbres. Une bande de cerveaux reptiliens qui trois fois par année sortent de la garde-robe un gros porte-avions gris, comme pépé sortait sa pétoire lorsque le chien du voisin pissait sur sa pelouse. Le budget annuel d’entretien du porte-avions, paradoxalement, suffirait à nourrir tous les sans-abri du Kosovo. Merde! qu’sest-ce qu’on se répète… Comment peut-on à ce point se tromper?
La vraie guerre c’est comme les femmes battues. En l’an 2000 on pense que ça ne peut plus exister, que c’est tout juste bon pour les hommes des cavernes, ceux qui règlent leurs différents à coups de poing à la sortie d’un bar parce que quelqu’un leur a marché sur les pieds. Puis, tu te rends compte qu’une partie de l’humanité est restée sur le banc d’en arrière au fond de la classe. Nous revient alors en mémoire la phrase de Léo Ferré: «Je me demande pourquoi la nature met tant d’entêtement, tant d’acharnement à faire que les fils de nos pères ressemblent tant à leurs pères».
Alors tu recommences à expliquer que la douleur ça fait mal, que les coups de poing font saigner, que les balles font des trous et du malheur, que les animaux sont nos amis, qu’un jour il y eut Jésus-Christ, le partage, la miséricorde, la nouvelle théologie, Teilhard de Chardin, l’humanisme et toutes choses. «Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.» Des choses simples vraiment, des choses évidentes, acquises en principe… La guerre, comme le disait Clausewitz, est certes une affaire bien trop grave pour la laisser aux militaires. Il ne vaut pas mieux la laisser aux classes politiques qui d’ailleurs, comme chacun le sait, sont essentiellement constituées des derniers de classe. Que faire? Citoyens de tous les pays, payeurs de taxes, unissez-vous? Le monde est triste, sa stupidité désarmante. Désarmante c’est déjà ça. Ah! parlons de choses simples et claires.
Ces petits riens
Des choses sans ambiguïtés.
Comme l’histoire du gentil mafieux dans Omertà. Cet homme d’honneur qui après avoir assassiné deux ou trois types nous attriste tellement quand il déclare: «Je me sens tellement seul.» Ah! vraiment il y a quelque chose de bien dans chaque homme, une morale authentique que Molson et la Banque de Montréal qui charrient de «vraies valeurs» n’hésitent pas à commanditer. «La semaine prochaine on le passe», dit la publicité. Heureusement c’est de la fiction.
Des choses précises.
Comme la réponse bien sentie que Jacques Brassard, ministre des Ressources naturelles, sert à Richard Desjardins. Monsieur Brassard s’inquiète de l’effet boomerang du film de Desjardins sur les ventes de pitounes aux entreprises étrangères. Il ajoute que les Madelinots ainsi que les travailleurs de l’amiante connaissent bien ce problème. M. Brassard pourrait trouver de meilleurs exemples. Je pensais que l’amiante, puisqu’on l’enlève des plafonds des écoles, était définitivement considérée comme un produit toxique ailleurs qu’en France. M. Brassard se réfère probablement à ces dérivés dont on n’entend plus parler.
Quant aux phoques, à qui la faute si un jour quelques amis des animaux ont filmé des types en train de frapper à coups de batte de baseball sur des petits tas de poils aux yeux tristes comme la mort? À qui la faute si depuis, le quart de la planète ne peut plus supporter la vue d’un manteau de peau de bête? À qui la faute si on agresse les grandes bourgeoises de Paris, Londres ou Milan vêtues de phoque? À Greenpeace ou Brigitte Bardot? Mais non. Les Madelinots sont victimes de la mode. Les temps sont au synthétique, au lycra, au spandex, au mylar, au goretex, aux gris et aux teintes sobres. Et le sang sur la neige, le rouge sur du blanc, ça jure et ça tache beaucoup, vraiment.
Si c’est sur ces exemples que Monsieur Brassard fonde ce qu’il appelle le «droit du peuple québécois au développement en misant sur ses ressources naturelles», je préfère rester sous-développé.
Ceux qui connaissent un tant soit peu Desjardins et sa mentalité manichéenne de vieux gauchiste savent que devant de telles réponses il doit ricaner de toutes ses dents. Il a bien raison.
Des choses essentielles enfin.
Comme l’une de ces «questions existentielles de l’humanité» soulevées par le psychologue Philippe Riboty dans son dernier ouvrage, La Révélation sexuelle: «Pourquoi les hommes lorgnent-ils toutes les femmes?». À votre avis?