«Je dis toujours au gouvernement du Québec: commencez par faire de mes concitoyens des Montréalais fiers de leur ville. Après, vous en ferez des Québécois.»
– Le Soleil, 8 avril
Celui qui devise ainsi, c’est Pierre Bourque, homme de paraboles, mais surtout politicien de l’hyperbole. Quand Bourque s’excite comme ça pour sa ville, on a l’impression qu’il tient un rôle dans Ben Hur. On se demande: «À qui réplique-t-il comme ça _ à Charlton Heston?»
Au-delà du ton, il y a le contenu. Disséquons-le. Dans la première phrase de la déclaration, nous sommes à un cheveu de l’aveu d’abdication du maire face à ses responsabilités.
Seconde phrase: «Après, vous en ferez des Québécois.» Keith Anderson, chef spirituel des partitionnistes, a dû s’étouffer dans ses Corn Flakes en lisant ça. «Victory, Honey, we’re no longer part of Quebec. We won! The mayor said it!»
Un stade bien de chez nous
Pour savoir si Montréal est bien québécoise, je suis allé au base-ball cette semaine.
Tout d’abord, le Stade. Il n’y a pas de doute, il est bien québécois, ce stade. Et ce n’est pas une métaphore sur notre désir collectif de se faire toujours plus gros que le bouf. Non, seuls des Québécois pouvaient se réunir en nombre record depuis Gary Carter, dans le même stade dont ils réclamaient (dans un consensus qui a retenti de Petit-Pabos au Témiscamingue, il y a un mois à peine) la démolition pure et simple. Nous n’en sommes pas à une contradiction près, au pays où la déclaration de revenus simplifiée compte quarante-sept calculs de plus que la compliquée _ et ce, seulement pour savoir si c’est bien la simplifiée qui nous convient le mieux.
La bière, maintenant. La 50 dans un verre de plastique, véritable porte-étendard du Québec profond, règne en maître ici, comme au Festival de la mouche noire d’Entrelacs, ou au Noël du trucker de Saint-Stanislas-de-Colslaw. Il n’y a qu’au Carnaval de Chicoutimi où l’on ne boit pas de 50 dans un verre de plastique, simplement parce que le sorbet à la bière n’a pas passé le test de l’étude de marché.
Il y a Youppi, un concentré de mauvais goût made in Québec, sur moquette ambulante. Puis l’effet de la loi 101 en milieu de travail, alors que les crieurs de cochoncetés à manger ne traduisent plus peanuts par pinottes, mais bien par arachides; on dit même chien-chaud! L’assimilation est parfaite.
Sur le terrain, il y a un petit peu de nous autres là-dedans. Le lanceur au base-ball, particulièrement chez les Expos, c’est le père Brébeuf réincarné. Seul à affronter l’ennemi au complet, il subit la lapidation. Dix points mérités, vingt-trois coups sûrs, six circuits et quatre balles dans le front. Ayoye.
Puis, tous ces joueurs des Expos, version «village global» du Survenant. Ils débarquent de nulle part, comme ça, au printemps. Personne ne les connaît, puis peu à peu, on s’attache à eux. À la première volée d’outardes descendues du Grand Nord, ils repartent sans avertir, vers on ne sait où, sans jamais revenir.
Dans le même genre, il y avait aussi Maria Chapdelaine, version guadeloupéenne, assise à mes côtés, qui hurlait tout son amour pour son beau François Paradis: «Wiiiiiiltonnnnn!» Wilton? Pourquoi pas son frère Valdimir, c’est lui, la grande vedette, il fait trois fois plus d’argent que Wilton! Mais non, pour la belle brune, c’est Wilton ou rien du tout. Allez comprendre.
Skydoom
À la fin de la partie, le jeune receveur Michael Barrett _ «la nouvelle sensation des Expos», comme ils disent avec beaucoup d’éloquence à RDS _ est venu exprimer sa solidarité envers le stade maudit. «Il est très bien, ce stade. Il y a de l’atmosphère, les spectateurs sont très près du jeu en plusieurs endroits, la balle voyage bien, on est à l’abri des intempéries…», a-t-il dit, avant d’allonger une longue liste de villes où les stades, paraît-il, sont autrement plus exécrables que notre bol de toilette pour cyclope.
Qu’à cela ne tienne, il nous le faut, notre nouveau stade au centre-ville! Si nous l’avions eu pour la partie inaugurale de la semaine dernière, on aurait été sous une pluie battante, à quatre degrés Celsius, à se faire glacer par des vents à dépanacher un orignal. Trois heures de plaisir. Et tout en haut, ceux qui se seraient offert une loge à 400 000 dollars auraient siroté leur scotch sans connaître la félicité qui s’abattait sur les masses du bas.
Il nous le faut, parce qu’à Toronto, ils en ont un stade au centre-ville. La merveille Skydome, saisie, il y a deux mois, par les créanciers. Le gouvernement y a laissé 400 millions de dollars. Les Blue Jays songent sérieusement à retourner dans leur vieux stade, sur lequel on avait pourtant écrit beaucoup de choses abominables.
Ça marche tellement bien, le Skydome… Au deuxième match des Expos, vendredi, dans le stade maudit, il y avait 13 000 spectateurs. Le même soir, au Skydome: 9000.
Le Skydome: une merveille, qu’ils disaient. C’est ça, l’ennui, avec les nouveaux stades. Ils brillent énormément à leurs débuts. Malheureusement, ça ternit vite. Le Centre Molson et le Canadien sont là pour nous le rappeler.