Ils sont africains, arabes, japonais, lettons… Ils font la pluie et le beau temps dans le monde entier… Ce sont les stars de la météo, plus flyées les unes que les autres…
Il faut le voir pour le croire! La mer bleue, des poissons multicolores qui tourbillonnent en tous sens et, au milieu, un scaphandrier d’où s’échappent des bulles par milliers. C’est un présentateur japonais qui diffuse en direct le bulletin météo des plages.
Plus fou encore. Cet autre présentateur japonais qui se retrouve dans un décor digne de la cabine de pilotage de l’Entreprise. Des écrans s’allument, des villes clignotent, des masses nuageuses déferlent sur le mont Fuji. La fin du monde annoncée par ce savant fou en blouse blanche? Pas du tout, simple touche d’originalité parodiant les mangas.
Un grand éclat de rire résonne dans le Musée de la civilisation de Québec, c’est Mariam Diallo qui regarde la cassette vidéo du bêtisier des présentateurs, présentée lors du 9e Festival international de la météo. Elle manque s’étouffer quand elle découvre ce Britannique installé dans une soufflerie qui lui arrache presque la barbe. La présentatrice burkinabé de la chaîne TNB raconte: «Ils sont fous, ceux-là, alors! Chez moi, c’est pas possible des trucs pareils. Il m’arrive de faire rire, mais pas comme ça…»
Au Burkina Faso, Mariam Diallo est une vedette incroyable. C’est elle qui a présenté le premier bulletin météo de la télévision, le 15 mars 1993. Dans la rue, on l’appelle «Madame Météo» et on ne manque pas de lui faire des remarques cinglantes: «Ben ça alors, t’es petite, je te voyais plus grande à la télé», ou alors «T’es moins grosse que je pensais.» Heureusement, son éternel sourire enchante tout le monde: on parle encore de ce fameux jour où elle a eu un trou d’une bonne minute, qu’elle a comblé «en faisant des grimaces, histoire d’amuser la galerie».
Première surprise pour la présentatrice africaine, les changements climatiques en Amérique du Nord: «Du vent, de la pluie, de la neige, soudain un rayon de soleil. Quel cauchemar pour les présentateurs québécois! Chez moi, c’est plus simple en ce sens qu’il fait tout le temps soleil et que la saison des pluies se déroule toujours de mai à septembre.»
Elle poursuit: «Mais il faut savoir une chose: quand j’annonce que demain il fera beau, ça veut dire qu’il y aura des nuages qui empêcheront les rayons du soleil de nous brûler la peau. Ici, c’est plutôt le contraire, vous êtes enchantés quand vous pouvez vous mettre en T-shirt dehors. Le beau temps, c’est relatif, ça dépend des pays.»
Tempêtes de sable
Les préoccupations quotidiennes de Mustafa Eshmawi, présentateur sur la chaîne Saoudia TV depuis dix ans, sont hallucinantes: «L’Arabie Saoudite est un pays où la météorologie est primordiale. Oubliez ce cliché qu’il s’agit d’un désert où il fait toujours soleil sans que rien ne change. Sachez qu’au Nord, il y a des montagnes où l’on a de la neige presque toute l’année, au centre, oui, c’est le désert, et, au sud, on trouve les côtes maritimes où tout le monde se rend pour se baigner. Je dois donc me soucier de risques d’avalanche, de températures de l’eau et, surtout, de tempêtes de sable: chaque bulletin doit annoncer la force du vent, le taux de visibilité, notamment le long des autoroutes car les automobilistes peuvent être brutalement aveuglés par les bourrasques de sable.»
Mustafa Eshmawi prend son métier très au sérieux: «Je n’ai pas le droit à l’erreur. Une tempête de sable est capable d’abattre un avion par terre… Des vies peuvent être en jeu, à la différence d’autres pays où le principal danger est que des personnes rentrent chez elles enrhumées parce qu’elles ne se sont pas assez couvertes.»
Ne pas se tromper, tel est le challenge des présentateurs du monde entier. Le Français François Fandeux, présentateur lui aussi et organisateur du 9e Festival international de la météo à Québec, précise: «La météo, c’est un peu comme la médecine: ce n’est pas une science exacte. Bien sûr que ça nous arrive de nous tromper. C’est justement pour cela que ce festival existe car il permet à des présentateurs de 63 pays différents de se rencontrer et de comprendre comment procèdent les autres.»
La course au plus flyé
Au début, on regardait jusqu’où montait la grenouille sur son échelle pour savoir s’il allait pleuvoir ou non. Maintenant, on utilise des batteries d’ordinateurs bourrés de logiciels capables d’analyser le moindre mouvement du ciel. Pour préparer leur bulletin, les présentateurs du monde entier utilisent tous la même méthode…
Recueillir les données fournies par les services de prévision climatique nationale, données obtenues grâce à des ballons-sondes envoyés dans le ciel et à des relevés de température au sol. Synthétiser les données pour pouvoir ensuite rédiger un texte simple. Et, passer à l’antenne.
L’ensemble de ces étapes sont dévoilées au public au Musée de la civilisation. Samuel, un cégépien de Trois-Rivières, s’amuse à présenter un flash météo dans un studio professionnel. Caméras, écrans de contrôle latéraux et tissu bleu en fond sur lequel sont projetées virtuellement les cartes. Ses copains rigolent, lui ne se démonte pas: «C’est bizarre, on présente dans le vide, sans voir où se trouvent les villes qu’il faut indiquer de la main. Je ne savais pas qu’il y avait autant de technologie pour la météo…»
Anne-Marie Parenteau, présentatrice sur Radio-Canada, souligne: «C’est vrai que la météo a de plus en plus recours à des technologies avancées dans la présentation des flashes. Entre professionnels, on en rigole: c’est presque la course à qui sera le plus flyé! Moi, je vais profiter du festival pour discuter avec les Africains, qui ont moins de moyens. Je suis sûre que j’ai beaucoup à apprendre de leur façon de donner l’information, probablement plus efficace car moins spectaculaire.»
Ce n’est donc pas demain que l’on verra sur les écrans de la société d’état un présentateur météo plongé sous les glaces du Saint-Laurent, entouré de petits poissons argentés. Quoique naguère, à l’émission matinale de Radio-Canada, Pascal Yacovakis nous en a fait voir de toutes les couleurs…