Société

Scoop ou mèche vendue?

Le «scoop» de La Presse ébruitant la descente «pour bientôt» chez les Apôtres de l’amour infini, le matin même de l’opération policière, a levé de sérieux soupçons sur le jugement du quotidien. On y nommait les quatre suspects de voies de faits et d’agressions sexuelles qui devaient être arrêtés lors de l’opération. La Sûreté du Québec n’a pas apprécié: à son arrivée au domaine de la secte, les quatre prévenus avaient déguerpi. «La source n’est pas de nous, a juré l’agent Pierre Robichaud, devant les caméras de Radio-Canada. Jamais un de nos hommes n’aurait risqué une enquête de six ans pour couler l’information.» Plus tard, à Voir, il était plus nuancé: «L’article ne nous a pas aidés, c’est clair. Mais nous avons au moins pu compléter notre preuve documentaire, et on sait qu’on les reverra. Par le passé, nous n’avons jamais eu de difficultés à les retrouver. Si, dans une semaine, on ne les a pas retrouvés, on s’inquiétera alors.»Nous avons tenté d’obtenir des explications auprès de l’éditeur de La Presse, d’abord vendredi dernier. Claude Masson nous a poliment référés, par la voix de sa secrétaire, à sa chronique à paraître en page B2, dans l’édition du lendemain.Le jour dit, Claude Masson défendait l’article en précisant que toutes les informations étaient du domaine public, puisque inscrites au greffe de la Cour. Et, qu’à l’heure où paraît La Presse, il était peu probable que l’article ait fait fuir les trois apôtres et le «pape», Jean-Gaston Tremblay. «La première édition paraît à 1 h du matin. Cela donne suffisamment de temps aux gens pour déguerpir», rétorque l’agent Robichaud. Récemment, en ces pages, le journaliste judiciaire André Cédilot, de La Presse, nous confiait que «la nouvelle, ce n’est pas ce sur quoi enquête la police, mais le résultat de cette enquête. Ce n’est pas de la censure, c’est du jugement!»«Je ne suis pas d’accord avec cela, nous a répondu M. Masson le lundi suivant. Jusqu’où on va-t-on avec une telle logique? La Presse n’a pas à se censurer quand l’information est d’intérêt public.» Était-ce vraiment d’intérêt public? «Oui, ça l’était. Nous aurions pu attendre le lendemain. Mais nous avions la primeur, et l’enquête respectait toutes les règles.»