Société

Droits de cité : Histoires d’eau

Il n’y avait d’attention que pour monsieur Bédard, cette semaine, avec son rapport sur la réforme de la fiscalité municipale.

Quelque soixante-quinze maires de la région de Montréal; autant de chefs de l’opposition; trois cents conseillers municipaux; des dizaines de préfets, de sous-préfets et de sous-préfets adjoints; des représentants de la Communauté urbaine de Montréal, des sociétés de développement régional, des sociétés de transport en commun…

C’était comme se retrouver un milliard dans un sauna, la nuit, à ergoter sur l’unité dans la diversité, sur comment chapeauter une structure qui structurerait les structures. Alors que Bédard recalculait, pour le compte des médias, la masse de l’univers, la ministre prenait acte de la quatrième dimension ainsi dévoilée.
Pendant ce temps, la vie poursuivait son cours normal à Montréal, malgré tout…

Privatisation caduque
Pendant que les soixante-quinze maires et leurs amis se demandaient si l’eau du robinet bouillirait toujours à cent degrés dans «une île, trois villes», «une île, une ville» ou «trois îles, deux rives, quatre montagnes, une ville», les télécopieurs propageaient la rumeur: «Le Fonds reluque l’aqueduc de Montréal», annonçait le bulletin télécopié de L’Aut’ Journal.

Et il n’était pas question du fond du baril, ni du fond de la question, mais du Fonds de solidarité de la FTQ, qui serait mêlé à un sombre complot de privatisation de l’eau avec Gaz Métropolitain et son actionnaire français, la méchante Suez (sans jeu de mots!).

Au Fonds, on nie la nouvelle: «Comment résumer clairement notre réponse… euh… euh… non, non et non», répond clairement Marc Snyder, porte-parole de la société d’investissement privé de la FTQ. «Le Fonds n’a pas eu, n’a pas et n’aura jamais l’intention de privatiser l’eau de Montréal.»

Selon monsieur Snyder, aucune entreprise n’a jamais fait une telle offre au Fonds. Dans une telle hypothèse, le Fonds aurait à se réinventer, puisqu’il n’a pas pour mission d’investir dans des équipements de services publics.

Et puis, de toute façon, il y a tout de même des limites à la capacité de contorsion idéologique des centrales syndicales! En effet, qui siège au conseil d’administration du Fonds? Gilles Charland, président du Syndicat canadien de la fonction publique, le syndicat des cols bleus de Montréal!!!

Pour une poignée de dollars
Le porte-parole du Fonds n’avait pas terminé sa défense, que la Ville de Montréal nous avisait de la bonne nouvelle: le privé et son capital liquide seront bien inutiles. Le réseau d’aqueduc de Montréal est relativement en bon état. Au point, en fait, que Montréal peut investir toute seule les 125 millions de dollars nécessaires pour sa réfection.

Vingt-cinq millions par année pendant cinq ans, amortis sur vingt-cinq ans, sur un budget annuel de deux milliards de dollars. C’est un plant de bégonia de moins par pot de fleurs. Il n’y a pas de quoi appeler le Fonds…

Le colleur d’affiches
D’ailleurs, la Ville a déjà commencé à économiser pour payer la réfection de son aqueduc: elle ne poursuit plus les afficheurs sauvages qui invoquent la Charte des droits. Le 9 avril dernier, la procureur de la Ville de Montréal, Véronique Belpair, signifiait par écrit au juge que Montréal laissait tomber les accusations contre Jaggi Singh, qui aurait collé des affiches sur des poteaux de la ville. Sans explication autre que la traditionnelle «après étude du dossier».

Jaggi Singh, activiste de son état et époux de plusieurs causes, aurait bien voulu clamer son innocence en invoquant son droit à la liberté d’expression. Mais l’énigmatique parcours de la Ville dans cette histoire en a voulu autrement.
Suivons-le: l’administration municipale élabore un règlement, l’adopte, le fait respecter. Puis, deux policiers interpellent un prévenu surpris en flagrant délit de violation du règlement. Le prévenu avoue avoir collé les affiches, mais appelle la Charte des droits à sa rescousse. Du coup, la Ville ne désire plus faire respecter son règlement et retire les accusations. Logique? Oui, puisque dans une cause à peu près identique, la Ville de Peterborough s’était fait démolir son règlement sur l’affichage sauvage par la Cour suprême, il y a quelques années. Et Montréal tient beaucoup à son image de berceau des libertés civiles…

Chine-Chine
Comme vous le savez, Pierre Bourque a (encore) quitté Montréal pour la Chine. Il y inaugurera les Floralies de Kunming, participera à des rencontres avec son homologue de Shanghai au sujet de la gestion des ordures, puis parlera de la future maison de Montréal dans cette même ville. Prévoyant, le personnel du maire a laissé ce message aux grippe-sous de Montréalais: c’est la République populaire de Chine qui défraie entièrement le voyage. En d’autres mots: ayez l’obligeance de laisser votre indignation au vestiaire.

Évidemment, à ce prix, on se la ferme et on oublie que dans un mois, on soulignera le dixième anniversaire de la place Tianan men. Et dire que Pierre va manquer ça.