Société

4 jeudis : Festival des cannes

Dans son bulletin parlementaire du printemps 1999, distribué de-ci de-là, Jean-Paul Marchand, député fédéral de Québec-Est, poursuit efficacement un p’tit jeu de massacre bien en vogue à l’égard de ses collègues sénateurs canadiens en relevant quelques cas particulièrement croustillants d’absentéisme au travail.

Mais d’abord quelques faits:

Un sénateur siège (sic) jusqu’à 75 ans, après quoi il emporte dans la tombe une pension de 48 000 dollars. Opérons une division approximative: sur un budget annuel de 60 à 90 millions, chaque sénateur coûte donc 580 000 dollars par année au contribuable.

Que faire de nos jours avec un tel salaire de misère? Heureusement, bon nombre de vieilles croûtes et vieux croûtons reçoivent déjà une pension à titre d’anciens ministres. C’est le cas du beau Serge Joyal, snob collectionneur d’art, de Pierre DeBanné, de la sémillante Thérèse Lavoie-Roux. Des gens qui, en outre, sont demeurés en affaire en présidant ou en participant à la direction de grandes entreprises. Un peu de lobbying ne fait jamais de tort.

Parlons de ces petits privilèges qui font les bonheurs de la vie quotidienne: pour un sénateur, les membres de sa famille et pour les amis qui disposent de son code téléphonique, les appels interurbains sont gratuits. En 1991, une centaine de sénateurs ont grossi une facture d’appels de 5,5 millions de dollars, soit 53 000 dollars par personne! Ça jacasse au Sénat.

Coquets, nos amis disposent en outre d’un tailleur et d’un coiffeur en tout temps et peuvent faire fabriquer sur mesure les meubles de leurs bureaux. Moi, ce qui me branche c’est le Bauhaus.

Absentéisme: nous connaissons tous Andrew Thompson. Cet ex-chef du parti libéral de l’Ontario, exclu péniblement du Sénat en 1998, qui touche toujours sa pension, ne représente que la pointe de l’iceberg. En 1994 et 1995, la sénatrice Dalia Wood n’a participé à aucune des séances de la Chambre.

Président de Brascan et membre du conseil d’administration de Coca-Cola, John Trevor-Eyton a participé à 7 des 87 séances sénatoriales tenues entre février 1996 et mars 1997.

Plus près de nous, Jean-Claude Rivest et Lise Bacon, probablement plus occupés à donner leur avis sur la chose politique à la télé qu’ailleurs, ont séché plus de 25 % des réunions sénatoriales.

Tout cela n’est peut-être pas neuf. Mais l’effet de ces statistiques sur nous, humbles travailleurs, reste étonnant. On a soif, on a chaud, on ne supporte plus la lumière. On dit de gros mots comme si on avait été mordu par un chien baveux. Appelez l’Institut Pasteur, la rage est revenue.

Pas besoin d’être en fin de parcours pour se barrer les pieds. Notre ministre de l’Éducation, par exemple, ne semble pas porter sur terre.
Vendredi, ce papa de deux charmants bambins glisse sur les jouets des petits.

À la célèbre question piège «Enverriez-vous vos enfants à l’école publique?», il ne répond que des conneries. «Ce n’est pas une question de système… Ça dépend de la proximité de l’école… si on y connaît quelqu’un, un professeur, un enseignant», répond-t-il agacé. Menteur. En voici un autre qui, comme ses prédécesseurs, n’est pas foutu d’accorder sa confiance au système qu’il représente et ça, c’est proprement dégueulasse.

Voyons! Les enfants de ministre fréquentent l’école privée parce que le ministre en a les moyens, et parce que c’est là qu’il a étudié. Et parce que le ministre se prend pour l’élite; et parce que, en 1999, l’école privée se targue encore de former l’élite. C’est le Séminaire de Québec qui, ce printemps, citait des célébrités passées entre ses murs afin de justifier sa vocation. Plamondon, Gilles Vigneault, René Lévesque, ce sont des gens de talent, des êtres exceptionnels. Mais le petit trou du cul de Ville Vanier bénéficiera-t-il d’une p’tite subvention pour fréquenter l’élite?

Ça écoure aussi, ces prétentions surannées. Surtout lorsqu’elles sont défendues par des étudiants privilégiés.

Au-delà de ce manque de pragmatisme, peut-être compréhensible pour un multimillionnaire, le ministre s’intéresse, comme Claude Ryan en son temps, à des questions de rhétorique ultra-rétrograde telle la discipline. Il ne dit rien sur la mission sociale de l’école depuis qu’elle a pris la place des parents. Rien sur le soutien parascolaire nécessaire afin de soulager des enseignants débordés. Rien sur les enfants qui ont la tête vide parce qu’ils n’ont pas déjeuné. Rien. On se croirait revenu en 1960.
Quand le ministre sera seul à se lever tous les matins dans son demi-sous-sol, seul à chauffer deux toasts au Cheeze-Whiz, seul à fouiller dans sa petite monnaie pour payer les classes vertes et les photos de fin d’année, seul à acheter du linge trop grand chez Croteau pour qu’il dure, seul à faire le lavage, le séchage, le repassage, la couture et la vaisselle, seul au CLSC avec ses morveux, on en reparlera.

Le ministre aurait peut-être intérêt à réfléchir à la manière dont l’école pourrait soulager un peu la misère banale des quartiers défavorisés, avant de parler de discipline. Va-t-il ajouter un Joe-Louis aux berlingots de lait distribués dans les écoles?

Qu’il descende sur le terrain rencontrer les profs, transformés en intervenants sociaux, ceux-là savent de quoi ils parlent.

Parlant de Joe-Louis, je m’en voudrais de ne pas mentionner que Vachon a inventé son deuxième petit gâteau tout en anglais: le Hop & Go. Ça n’a pas l’air de déranger les défenseurs acharnés de la langue qui discutent de virgules. Pensez-vous… la grosse maman Vachon, une bonne Québécoise de souche, Beauceronne de surcroît, un des fleurons de notre industrie, présente sur les marchés internationaux…

Fin de la valse-hésitation des gouvernements envers les réfugiés du Kosovo. À Valcartier on manouvre, tandis qu’à Trenton quelques familles débarquent au bout de la piste les yeux creux, la tête ailleurs, inquietes et fatiguées. À peine ont-elles foulé le sol de leur patrie temporaire qu’un hystérique de la propagande leur distribue de petits drapeaux canadiens… pour la photo. Les réfugiés les prennent, distraits et hagards, perdus, désintéressés. Merde, on n’est pas à la fête du Canada. Ce serait pas mal de leur foutre la paix aux réfugiés. Sheila Copps frappe encore. Maudit que c’est opportuniste et cheap! Elle et ses amis manquent de classe. Maintenant que la Bible est traduite en micmac, il faudrait peut-être en profiter pour lui rappeler la parabole du Pharisien.