Dépollution de la rivière Saint-Charles : D'égouts et des couleurs
Société

Dépollution de la rivière Saint-Charles : D’égouts et des couleurs

Transmis au comité exécutif de la Ville de Québec en décembre 1996, le rapport des commissaires faisait état de la situation déjà catastrophique de la Saint-Charles. En effet, elle était et demeure l’une des rivières les plus polluées en Amérique du Nord, particulièrement contaminée par les coliformes fécaux, à tel point qu’il est recommandé d’éviter tout contact avec son eau.

Ce même rapport, fruit d’une concertation entre chercheurs, écologistes et gens d’affaires, identifiait d’ailleurs clairement le noud du problème: la présence de coliformes fécaux s’explique par les débordements d’égouts qui surviennent en moyenne 50 fois par été, lors de pluies abondantes. Ceci est imputable à un réseau inapte à absorber l’augmentation du débit en temps de pluie, qui rejette une partie des eaux usées directement dans la rivière .

La solution passe donc par la construction de bassins de rétention souterrains pour intercepter et conserver les excédents de pluie. Ce trop-plein d’eau pourrait ensuite être acheminé vers l’usine d’épuration. Ce volet de dépollution constitue la première étape essentielle vers la renaturalisation du cours d’eau.

Cette infrastructure, fort coûteuse, a provoqué la création du comité: «Il s’agit d’un comité de promotion, essentiellement d’un lobby. Des personnes d’influence font la promotion du projet auprès des décideurs gouvernementaux et paragouvernementaux ainsi que des entreprises privées», précise Lyse Poirier, conseillère municipale responsable du dossier de l’environnement au comité exécutif.

La dépollution de la rivière est un projet d’envergure estimé à plus de 90 millions de dollars. À la Ville de Québec, on rappelle que le gouvernement provincial avait déjà signé, en 1967, une entente qui stipulait qu’il devait dépolluer la rivière, mais que «cet engagement est demeuré lettre morte». Dans ce contexte, le ministre responsable de la région de Québec, Paul Bégin, a été rencontré et la ministre des Affaires municipales, Louise Harel, le sera bientôt. La stratégie est claire: «Il s’agit essentiellement de vendre le volet dépollution à des publics cibles, car de gros montants d’argent sont nécessaires», admet Lyse Poirier.
En ce qui concerne la cohabitation des pollueurs (nommément l’usine Daishowa) et des groupes environnementaux dans le comité de promotion, les membres insistent sur l’urgence de la situation et sur le nécessaire appui de l’industrie pour permettre une sensibilisation accrue de ce secteur.

Le président de la Fondation de la faune du Québec, Bernard Beaudin, qui siège au comité de promotion, reconnaît néanmoins que les industries «doivent aussi améliorer leurs propres performances environnementales».

En fait, la Ville de Québec tente de faire fi des querelles qui ont eu cours dans le passé afin d’échafauder un front commun solide. Le comité de promotion cherche de toute évidence à faire pression sur le gouvernement Bouchard – par exemple en rencontrant le caucus du Parti libéral du Québec -, qui serait intéressé à appuyer la demande de subventions. Les impératifs budgétaires liés à la dépollution de la Saint-Charles ont d’ailleurs déjà été soulevés par l’opposition lors des débats en chambre sur le budget de l’an 2000.
Il semble donc y avoir unanimité au sein du comité de promotion sur la pertinence de cette action collective et sur la nécessité d’éviter la discorde. Le contraire aurait été surprenant: peut-être les groupes n’ayant pas été appelés pour y siéger auraient-ils réagi autrement.