Société

Un talk-show intelligent? : Esprit rentable

La semaine dernière, un grand vent de nostalgie a soufflé sur le Québec. Radio-Canada avait convié les journalistes au visionnement de Salut Couche-tard!, un montage des meilleurs moments du célèbre talk-show de fin de soirée animé par Jacques Normand et Roger Beaulu, diffusé de 1961 à 1970.

«Intelligent, mordant, spirituel, etc.», les compliments ont fusé de toutes parts.

C’est donc remplie d’attentes que je me suis assise devant mon téléviseur dimanche soir dernier. Pour découvrir quoi? Deux bonshommes au parlé pointu (c’était l’époque), un tantinet misogyne (Miss Fromage et compagnie pourraient en témoigner) qui pratiquaient à merveille, il faut le dire, l’art de la mise en boîte. Encore faut-il préciser que leurs textes étaient écrits d’avance et que les scripteurs rencontraient les invités pour scénariser les grandes lignes de leur entrevue. Pour la spontanéité, on repassera.

À la suite de ce visionnement, la nouvelle directrice des variétés de Radio-Canada, Brigitte Lemonde, aurait déclaré qu’elle aimerait bien mettre en ondes un talk-show hebdomadaire intelligent (c’est gentil pour Patrice L’écuyer). Malheureusement, son souhait risque de ne jamais se réaliser.

Il existe sans aucun doute d’excellents projets d’émissions de variétés en circulation. Le hic, c’est qu’avant d’entrer en production, un projet d’émission passe automatiquement entre les lourdes pattes des départements des ventes et de la commercialisation, où l’on se pose la question existentielle suivante: comment allons-nous rentabiliser cette émission?
Le résultat est trop souvent navrant: l’animateur doit porter un t-shirt CKOI-FM (son talk-show est diffusé simultanément à la station de radio), distribuer des soupers gratuits chez Giorgio, interviewer un bonhomme habillé en rouleaux de papier-cul (promotion Cascade), boire dans une tasse Maxwell House et saluer les employés des magasins Rona qui se sont déplacés en studio. Bref, ce n’est plus un talk-show, c’est un magasin à une piasse.

Ce n’est pas tout. L’animateur doit s’entourer d’une armée de recherchistes plus diplomates qu’une équipe de hauts fonctionnaires négociant les accords de paix israélo-palestiniens.
«Tu veux mon artiste? O.K. Mais vous le filmez seulement de profil et si vous vous foutez de sa gueule, les trente autres chanteurs que je représente ne viendront plus jamais à votre show. C’tu clair?» Ou encore: «Le ministre machin serait rrrrrrravi de compter au nombre de vos invités. À condition bien sûr qu’on ne fasse aucune référence à l’actualité.»

Après ça, on se demande pourquoi les animateurs de talk-shows font des steppettes et se lancent à l’eau. Pour animer un talk-show aujourd’hui, il faut faire attention à ce qu’on dit et, surtout, ne froisser personne. Un talk-show intelligent et mordant? Dream on.

La guerre des mots-clés
C’est le temps des REER (air connu). Après avoir envahi les pages de nos quotidiens et nos écrans de télévision, la campagne publicitaire la plus agressive de l’année se déplace sur Internet. Au cours des prochaines semaines, les internautes seront littéralement bombardés de bandeaux publicitaires vantant les mérites des produits financiers x, y ou z. La guerre est féroce, et pour s’assurer de la remporter, les agences de placement média sont prêtes à toutes les ruses.

Un exemple: l’achat de mots-clés. Disons que vous tapez REER sur un moteur de recherche quelconque (certains sites, comme la Toile du Québec, sont immunisés contre de telles pratiques). Pop! Un bandeau publicitaire de la compagnie Bélair Direct apparaît en haut de votre écran. Ce n’est pas un hasard. L’entreprise a «acheté» le mot REER pour une période déterminée. Chaque fois qu’un internaute tapera le mot REER, c’est la pub de Bélair qui apparaîtra. Ensuite, le moteur de recherche vous proposera plusieurs hyperliens relatifs au mot REER. Le premier en haut de la liste est celui du Mouvement Desjardins. Aléatoire? Pas du tout. L’institution financière a, elle aussi, acheté sa place.

Cette guerre des mots est pratique courante en publicité. Un autre exemple: pour la Campagne du porc du Québec, l’agence Carat Stratégem a «acheté» les mots poulet et boeuf sur des sites ciblés. Un internaute qui tapait ces mots sur certains moteurs de recherche, sans doute en quête d’une recette à base de boeuf ou de poulet, se retrouvait donc devant une publicité sur le porc.

Imaginez maintenant que cette pratique se transporte dans des dossiers plus chauds comme l’environnement. Vous tapez le mot pesticide et vous tombez automatiquement sur le site d’une grande entreprise productrice de pesticides qui en profite pour faire des cyberrelations publiques, en vous expliquant les «avantages» d’utiliser tel ou tel produit.
Quant aux sites dénonçant l’emploi de pesticides, des sites opérés par des organismes sans but lucratif, ils se retrouveraient en fin de liste et seraient donc moins susceptibles d’être visités.

On peut parler de contrôle de l’information, non?

Madame Payette récidive
En tournée de promotion pour la publication du troisième tome de ses mémoires politiques, Lise Payette en a profité pour critiquer au passage la qualité de la télévision d’aujourd’hui. De la bouche de celle qui écrit l’insipide téléroman Les Machos, ça fait sourire…

New York: A documentary film
Amoureux de la Grosse Pomme, à vos magnétoscopes: PBS présente un documentaire en cinq parties signé Eric Burns (le frère d’Edward, comédien et réalisateur) sur la métropole la plus excitante d’Amérique. De 1609 à 1931, tous les aspects de son développement sont abordés: architecture, immigration, culture, médias, politique, etc. Dix heures d’entrevues, de photos d’archives et de contenu historique. Petites natures, s’abstenir. Du 14 au 18 novembre, à 21 h.

Les risques du métier
Undercurrents est un excellent magazine hebdomadaire produit par CBC, qui explore les dessous du merveilleux monde des médias avec intelligence et impertinence. Cette semaine, on demande à des journalistes d’enquête jusqu’où ils sont prêts à aller pour obtenir une entrevue. À voir, dimanche 14 novembre, à 22 h 30.