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Debout! : Dr Paul Saba
Société

Debout! : Dr Paul Saba

Vous trouvez que le monde ne tourne pas rond? Participez à son redressement! Toutes les deux semaines, afin de vous inspirer, nous vous présentons un activiste qui remue ciel et terre pour changer les choses et améliorer la vie.

Dr Paul Saba
46 ans
Président de la Coalition des médecins pour la justice sociale, qui regroupe cent quarante intervenants du milieu de la santé.

Sa cause: l’amélioration du système de santé
Tâter le pouls du système de santé. Scruter ses rouages au microscope. Diagnostiquer ses maux.

À la fois comme omnipraticien et militant, le docteur Paul Saba se voue à la santé et s’en fait le défenseur. Depuis la création de la Coalition des médecins pour la justice sociale en 1997, il dénonce tous azimuts différentes tares qui contaminent le réseau québécois de la santé.

«Le problème en santé n’est pas un problème d’argent», a affirmé le ministre des Finances Bernard Landry plus tôt cette année. De quoi rendre malade le docteur Saba. «Le gouvernement pense que le problème se réglera tout seul. Ça n’a pas de bon sens! Depuis 1995, le budget de la santé a diminué de 20 %. Il faut y ajouter deux milliards de dollars. C’est urgent.»

Malgré les difficultés du réseau, Paul Saba tient mordicus à un système public. Pas question de privatisation. «Actuellement, des cliniques privées louent leurs locaux à des chirurgiens pour procéder à des interventions mineures. Les patients déboursent pas moins de quatre cents dollars de l’heure pour des chirurgies couvertes par le Régime d’assurance-maladie du Québec. C’est un pas vers la privatisation, vers un système à deux vitesses. C’est inadmissible.»

Le docteur Saba s’élève également contre la construction de méga-hôpitaux à Montréal. Du béton qui ne soulage rien, selon lui. Le militant mise davantage sur les soins à domicile. «Il faut avoir des gens pour faire de la prévention et le suivi des malades à la maison. Cela désengorgerait les hôpitaux et offrirait des conditions plus humaines aux patients.»

Depuis les premières heures de la Coalition, le docteur Saba revendique le retour à la gratuité des médicaments pour les plus démunis, disparue avec le nouveau régime d’assurance-médicaments en 1997. «Des personnes âgées et des assistés sociaux ont à faire des choix difficiles: se payer de la bouffe ou des médicaments. Depuis 1997, envron 20 % des personnes défavorisées ont cessé leur médication. C’est catastrophique, mais c’est sans compter le prix trop élevé des médicaments. Il faut que les compagnies pharmaceutiques, qui accumulent des millions de dollars et qui vont chercher des subventions, contribuent à faire baisser leurs prix d’environ 10 %.»

Sa vision du militantisme
Malgré un horaire chargé comme omnipraticien et professeur de médecine familiale à l’Université McGill, le docteur Saba trouve tout de même le temps de militer à temps partiel. «C’est une nécessité pour moi. Et ça devrait l’être pour tous les gens dans le meilleur des mondes. Il ne faut pas rester passif devant une situation que l’on trouve injuste. Souvent, les gens se plaignent et ça s’arrête là. Je les encourage plutôt à agir. Car si personne n’est là pour militer, qui dénoncera les injustices?»

Pour devenir un militant exemplaire, ajoute-t-il, il faut avoir foi en ses valeurs et refuser de les voir sacrifier. À l’image du discours d’un prêtre, le docteur Saba estime que militer, «c’est être un bon Samaritain et ne pas accepter que son prochain soit écrasé». D’après lui, le fondement du militantisme réside dans la volonté de donner une voix à ceux qui n’en ont pas. «Je vois beaucoup de démunis qui ne sont pas écoutés. Alors je leur demande de témoigner dans des conférences. Car lutter sans écouter ceux qu’on défend, c’est inutile.»

Outre des conférences et des manifestations, le docteur Saba lutte à coups d’études. «Nous regardons ce qui se fait ailleurs et établissons des statistiques. C’est souvent avec des chiffres que les militants peuvent gagner de la crédibilité.» Qui dit crédibilité dit aussi capacité à confronter le gouvernement. «Les militants rappellent aux députés qu’ils doivent travailler pour les gens qui les ont élus. Ils sont les mieux placés pour défendre les intérêts de la base, car ils n’ont aucune volonté d’accession au pouvoir.»

Avec un salaire enviable et des conditions de travail avantageuses, le docteur Saba pourrit certes laisser à d’autres sa bataille. Il refuse toutefois la passivité. «Si je veux vivre avec moi-même et dormir la nuit, il faut que je me dise que j’ai lutté pour aider les autres. C’est vital.»

La Coalition des médecins pour la justice sociale:
726-9580

Demain matin, 5 mai, le docteur Paul Saba sera interviewé par Marie-France Bazzo dans le cadre de l’émission Indicatif Présent,
diffusée à la Première Chaîne de Radio-Canada
(95,1 FM), dès 9 h 10.