Entrevue avec un exorciste : Vade retro, Satana!
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Entrevue avec un exorciste : Vade retro, Satana!

Vous croyez que l’exorcisme n’est qu’un rituel moyenâgeux récupéré par Hollywood pour faire un maximum de fric à l’occasion de l’Halloween? Pour le père JAMES LEBAR, exorciste en chef de l’archidiocèse de New York, il s’agit du train-train quotidien. Entrevue avec un exorciste passionné…

Vous déblatérez dans une langue étrangère durant votre sommeil? Des voix sorties de nulle part vous dictent leurs quatre volontés? Vous jouez avec votre zizi et vous aimez ça? Non, vous n’êtes pas fou, mais bien possédé par le diable, un contretemps fâcheux qui touche chaque année de plus en plus de Nord-Américains. Mais n’ayez crainte, l’Église catholique est là pour vous administrer un traitement-choc dont vous lui donnerez des nouvelles: un bon vieil exorcisme, une méthode qui a fait ses preuves il y a plus de deux millénaires!

Depuis plus de dix ans, le père James LeBar, exorciste en chef de l’archidiocèse de New York, s’affaire à réhabiliter l’exorcisme. Avant lui, les cas d’exorcisme étaient devenus rares et peu documentés. Mais, depuis 1988, année où l’évêque de New York lui a donné la permission de pratiquer l’exorcisme, LeBar et son équipe mènent une véritable guerre sainte contre Belzébuth: pas moins de cinq cents cas de possession par le diable ont été résolus grâce à leurs bons soins.

Exorquoi?
"L’exorcisme est une série de prières qui sont prononcées dans le but de faire fuir un démon qui a pris possession de l’âme d’une personne, m’explique le plus naturellement du monde James LeBar (pendant que je suis en train de me pincer pour me prouver que j’existe encore). Durant l’exorcisme, le prêtre lit ces prières à haute voix. Le démon réagit à ce qu’il entend, et finit par quitter le corps de la victime."

La personne exorcisée peut réagir de différentes façons. James LeBar dit avoir vu des gens tourner sur place à une vitesse incroyable ("un peu comme quand les patineurs artistiques finissent leurs numéros"), des chaises se soulever sans que l’on puisse les retenir, des voix transformées par la présence du diable, des cris affreux…
Invité à l’émission de Paul Arcand la semaine dernière, l’abbé Germain Côté, qui a déjà pratiqué des exorcismes dans la région de Trois-Rivières, avait quant à lui affirmé avoir déjà vu une grosse boule de feu traverser le mur d’une maison pour ensuite exploser dans un grand fracas, projetant dans les airs des tas de plumes de poule… Le démon, semble-t-il, ne se laisse pas chasser facilement.
Selon LeBar, un exorcisme peut durer entre vingt minutes et trois heure; mais il arrive parfois que plusieurs jours soient nécessaires pour véritablement extirper le démon. Il travaille notamment sur le cas d’une femme qu’il doit exorciser toutes les années depuis vingt-cinq ans! Certaines mauvaises habitudes sont difficiles à perdre…

La part du diable
Mais comment faire pour savoir si le Seigneur de l’ombre a véritablement pris possession d’une âme? Comment déterminer si le "possédé" n’aurait pas plutôt besoin de consulter un médecin, de se faire une bonne tisane et d’éviter de prendre la route? "Avant de pratiquer un exorcisme, nous nous assurons que la personne affligée a subi une évaluation psychiatrique et médicale, explique James LeBar. S’il s’agit d’un problème de santé, évidemment, la personne doit recevoir les soins appropriés. Mais si les psychiatres nous disent qu’elle est saine d’esprit, alors nous la soumettons à ce que nous appelons une évaluation spirituelle, histoire de voir si le diable s’est infiltré en elle."

Et pas besoin d’un questionnaire avec choix de réponses pour savoir si Lucifer a élu domicile dans une âme impie: un verre d’eau bénite suffit. L’exorciste fait boire un verre d’eau à la victime sans que cette dernière sache qu’elle est bénite: si elle la recrache sans l’avaler, bingo! le diable est là. Une autre façon de détecter la présence du diable est de mettre la personne possédée en contact avec des objets sacrés de l’Église. "Comme pour l’eau bénite, le diable n’aime pas être mis en contact avec des objets sacrés. C’est souvent dans ces moments-là qu’il se manifeste."

James LeBar relate le cas d’une femme qui allait à l’église chaque dimanche, et qui, un jour, s’est présentée sur le parvis de l’église et a refusé d’entrer. "Le curé avait beau l’inviter à entrer, elle ne pouvait pas. Alors la semaine suivante, je leur ai dit que si la même chose se produisait, ils devaient demander à un autre prêtre d’enlever le crucifix de l’église, et de le mettre dans le réfectoire. La femme se présenta, et refusa à nouveau d’entrer. Le prêtre a donc enlevé le crucifix sans que la femme ne le voie. La femme a pu entrer comme si de rien n’était."

Que pense LeBar du fameux film L’Exorciste, redistribué dans les cinémas la semaine dernière? Hollywood a-t-elle versé dans le sensationnalisme? Selon lui, le film de William Friedkin décrit tellement bien ce qui se passe durant un exorcisme que l’on croirait presque avoir affaire à un documentaire de National Geographic. "À ce jour, c’est la meilleure représentation cinématographique de ce qui se produit durant un exorcisme, dit-il. Le film est basé sur une histoire d’exorcisme qui a eu lieu en 1949. Ils ont exagéré certaines choses, comme la quantité de liquide vert que la possédéé vomit, mais, en général, c’est très réaliste. À la fin du film, par contre, on voit le prêtre qui saute par la fenêtre. Dans la vraie vie, cela n’arrive pas puisqu’il y a toujours un second prêtre qui est là pour aider au cas où le premier prêtre perdrait le contrôle."

Effet d’entraînement
Soucieuse d’accommoder une clientèle de plus en plus éclectique, l’Église catholique vient d’ailleurs d’effectuer une mise à jour de la prière de l’exorcisme, un document qui n’avait pas été modifié depuis… 1614. "En 1614, la radio, la télé et les journaux n’existaient évidemment pas, donc les gens ne savaient pas à quoi ressemblait le diable. Pour compenser, les prières d’exorcisme étaient longues, très descriptives. Cela a été retiré l’an dernier. Aujourd’hui, tout le monde sait à quoi ressemble le diable: la figure rouge, la longue queue fourchue, la cape noire, etc."

LeBar pratique des exorcismes depuis 1988 et, selon lui, il était grand temps que l’exorcisme regagne ses lettres de noblesse: laissé à lui-même, le Maître des Ténèbres commençait à faire de sérieux dégâts. "Au cours des trente dernières années, le diable a eu la vie facile puisque la religion était de moins en moins présente dans la vie des gens. Les individus n’avaient plus la foi, et le diable pouvait s’en donner à coeur joie sans que personne ne s’en formalise. Parallèlement, les cultes sataniques étaient en hausse. Dans les années quatre-vingt, le diable s’est de plus en plus manifesté: de plus en plus de personnes ont eu des comportements étranges et incompréhensibles."

Au début de sa pratique, dit-il, les exorcistes étaient peu fréquents. Mais en 1991, le réseau ABC est venu filmer un exorcisme pratiqué par LeBar. Du coup, des centaines de dévots dispersés aux quatre coins du pays ont découvert que Satan s’était emparé de leur âme, et ont fait appel à LeBar pour retourner dans le droit chemin. "Après la diffusion du reportage, des tonnes de gens nous ont contactés. C’est à partir de ce moment que des exorcismes ont commencé à être pratiqués sur une base courante. Les cas de possession n’étaient pas nécessairement plus courants, mais comme une solution s’offrait enfin à ceux qui étaient possédés, ils étaient plus nombreux qu’avant à chercher de l’aide."

Les gens qui ont recours à l’exorcisme sont-ils tous des croyants qui vont à la messe chaque dimanche, et qui voient le diable dans leur soupe? "Ça peut frapper n’importe qui. La majorité de ceux qui vont voir un prêtre pour obtenir de l’aide sont des catholiques, mais plusieurs personnes nous sont référées par des gens de l’extérieur, des gens qui ne savent plus quoi faire. Par exemple, en Afrique, plusieurs cas ont été rapportés où des habitants non catholiques ont amené un des leurs voir le prêtre parce qu’ils ne pouvaient plus supporter la présence du démon."

Existe-t-il un profil du possédé type? Est-ce un homme, une femme, un enfant? "Cela arrive parfois aux enfants; mais, souvent, ce sont des adultes qui ont laissé le diable s’infiltrer dans leur âme en menant une vie remplie de péchés. Il s’agit aussi fréquemment de personnes riches, car le diable aime s’infiltrer en elles pour pouvoir jouir de toutes leurs possessions. Le diable se manifeste de temps en temps, mais il peut rester là pendant très longtemps. Il contrôlera alors tous les aspects de la vie de la personne possédée."
"Mais les gens qui mènent une vie paisible, dévouée à Dieu et aux principes de la Bible, n’ont pas à s’en faire: le diable ne les approchera pas." Les prétendants à la Maison-Blanche n’ont donc rien à craindre…

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