

Droit de cité : Un homme battu
Éric Grenier
Il y a des petits comiques qui s’amusent à dire que lundi prochain, Claudel Toussaint sera un homme battu.
Une farce suffisamment sagace pour qu’elle mérite d’être prise au sérieux. Parce qu’il y a de bonnes chances que le candidat péquiste laisse échapper la circonscription de Mercier, aux mains des libéraux, lors de l’élection complémentaire. Mais pas pour les raisons que vous pensez.
Ce n’est pas Toussaint qui perdra Mercier, mais bien le PQ, un parti visiblement mal à l’aise entre deux joutes référendaires. C’est ce qui arrive quand un parti n’a plus de raison d’être. Et le PQ n’a plus de raison d’être.
C’est que le PQ existe pour faire la souveraineté-machin chose, soit association, soit partenariat (bientôt, la souveraineté-convergence?). C’est l’objectif, c’est le dogme.
Or, en ce moment, et pour encore longtemps, le PQ ne fait pas la souveraineté. Il ne peut déclencher de référendum. Il ne peut que difficilement promouvoir la souveraineté-association-partenariat-convergence, la fin de non-recevoir du Canada étant plus claire que jamais.
Le PQ n’a plus qu’une option à offrir: celle de l’indépendance, point; ce qu’il ne fera pas, sachant fort bien que cette position le condamnerait à la marge, à peine plus visible que les communistes ou la droite morale des Bérets Blancs.
Quand le PQ ne peut pas faire de référendum sur la souveraineté, ni en parler concrètement, ce parti est piégé, victime de son alliance contre nature.
Dans Mercier, l’alliance qui unissait la droite, la gauche, les nationalistes progressistes et les nationaleux a sauté dans la chicane autour de la candidature du dinosaure Michaud, de ses incantations pour une loi 101 pure et dure, et de la politique du déficit zéro.
Un schisme qui a donné naissance au mouvement qui se dessine autour de Paul Cliche, le candidat indépendant qui travaille depuis belle lurette pour unir la gauche nationaliste hors du PQ.
Pas que Cliche ait des chances de gagner. Il n’en a aucune, et seulement une sur un million de terminer deuxième. Mais il est assez populaire pour faire fondre la majorité de 8 000 voix qu’avait obtenue Robert Perreault en 98. Assez, peut-être, pour permettre aux libéraux, qui présentent une candidate quasi anonyme, de se faufiler.
Une affaire de femmes
Dimanche dernier, un groupe d’une centaine de femmes, venues appuyer le candidat Toussaint, s’en sont prises à la Fédération des femmes du Québec et à sa présidente, Françoise David, qu’elles accusent de ne pas les avoir consultées avant de crucifier Claudel Toussaint, pour vous savez quoi.
Ben voyons, madame Chose, Françoise David devait-elle faire le tour du bottin téléphonique et demander à toutes les femmes du Québec la permission de s’exprimer?
La réponse va de soi; et c’est toute la question de la représentativité des grands groupes d’intérêt qui est cruellement posée dans une affaire semblable.
La Fédération des femmes du Québec ne parle pas aux nom des femmes, malgré les prétentions de ses dirigeantes. Elle parle au nom des membres du conseil d’administration, du bureau de direction et, au mieux, au nom des militantes, mais pas au nom des femmes. Comment parler au nom d’un groupe aussi vaste et éclectique que les femmes? C’est la même chose pour les organisations jeunesse, les groupes de défense du français, tous ceux qui affirment parler au nom de vastes groupes sociaux. Ils peuvent chercher à rallier les intérêts du plus grand nombre, mais n’en sont jamais les porte-étendards.
Alors, quand Françoise David s’exprime, elle donne autant la mesure de l’opinion féminine que les feuilles de thé nous renseignent sur l’avenir. À la seule différence que ce n’est pas toujours con ce que dit madame David.
Un État de curés
De toute façon, avait-on affaire à fouiner comme des dames patronnesses et des curés de village dans les placards du politicien?
Bof, pourquoi pas… Après tout, l’État, à l’initiative de nos élus, le fait allègrement dans les nôtres, non? C’est la nouvelle fonction que lui ont trouvés les politiciens: protéger l’État de ses citoyens. Il y a entre 60 et 100 millions de dossiers détenus par Ottawa et Québec sur chacun des individus québécois. Police, impôt, chômage, douanes, Affaires extérieures, assurance-maladie, etc.
L’État n’a plus l’utilité d’autrefois pour défendre l’intérêt des citoyens contre les menaces extérieures. Il a perdu cette vocation, cédée à de grandes organisations internationales, où nos intérêts font partie du bargaining deal. Alors, toujours à la recherche d’expansion, l’État s’est trouvé un terrain où son pouvoir serait incontestable: notre vie privée.
Tiens, à partir de 2002, l’État fédéral contrôlera vos capacités à diriger un pédalo sur le lac des Castors, ou dans les étangs du parc La Fontaine. Les pédalos, canots, chaloupes motorisées ou non, bref, tout ce qui flotte, sauf dans la piscine (c’est le gouvernement lui-même qui fait la distinction dans sa documentation), devra être enregistré auprès de la garde côtière. Tous les conducteurs de ces embarcations devront obtenir un permis de naviguer, après avoir suivi une formation de trois jours, au cours desquels l’utilisateur apprendra, entre autres, qu’il faut porter une veste de sécurité et ne pas manier l’aviron beurré.
Une chance qu’on l’a.