

Médias : Le grand recyclage
Grand émoi aux États-Unis, où l’utilisation de Martin Luther King dans une réclame de téléphone cellulaire fait couler beaucoup d’encre.
Nathalie Collard
Grand émoi aux États-Unis, où l’utilisation de Martin Luther King dans une réclame de téléphone cellulaire fait couler beaucoup d’encre. Dans un message publicitaire pour la compagnie française Alcatel, on voit et on entend le leader noir prononcer les quatre mots qui l’ont rendu célèbre: I have a dream. La caméra tourne autour de King et le téléspectateur réalise qu’il n’y a personne devant lui pour l’écouter (il s’agit bien entendu d’une image digitalisée).
Puis le narrateur ajoute: "Before you can inspire, before you can touch, you must first connect." Bonjour la récupération! Mais le porte-parole d’Alcatel ne voit pas les choses ainsi. Il affirme que des initiatives comme celles de sa compagnie permettent de transmettre le message de Luther King aux jeunes générations. Tu parles!
Alcatel (je me demande en passant si l’on embauche beaucoup de Noirs chez Alcatel) n’est pas la seule à exploiter l’image du défunt leader. La compagnie Cingular Wireless a utilisé un autre passage du même discours (Free at last, free at last) pour vendre ses services de téléphonie cellulaire.
Inutile de dire que les militants noirs et autres critiques de la société américaine ne voient pas ces publicités d’un bon oeil. Ils vont même jusqu’à dénoncer la famille King qui, à l’ère du branding à outrance, a transformé le nom de Luther King en véritable fonds de commerce. Il suffit d’aller visiter le site Internet (www.thekingcenter.org) à la mémoire de King pour s’en convaincre. Sous la rubrique "shopping", on peut acheter à peu près n’importe quoi à l’effigie du célèbre leader: t-shirts, macarons, tasses à café, calendriers, etc. La preuve que toutes les idées sont récupérables.
Si j’étais militant m’apprêtant à aller manifester au Sommet des Amériques à Québec, je me prendrais un agent. Combien on gage qu’on retrouvera les images des manifs dans une pub d’ici quelques années?
Pour voir la publicité d’Alcatel, rendez-vous sur le site Internet www.adcritic.com
Encore plus de télévision!
Pendant que l’Amérique du Nord se prépare à vivre une autre semaine annuelle sans télévision (du 23 au 29 avril), une organisation américaine a décidé de lancer l’initiative contraire, soit The TV Turn-on-week. Jusqu’au 8 avril, l’association des téléspectateurs pour une télé de qualité (Viewers for Quality Tee Vee) invite la population à regarder davantage de télévision.
Selon la firme Nielsen, les Américains regardent en moyenne huit heures de télé par jour (où trouvent-ils le temps, on ne le dit pas); et seulement 2 % des ménages américains ne posséderaient pas de poste de télévision. Ce n’est pas suffisant, affirme Viewers for Quality Tee Vee, qui propose une liste d’étapes à suivre pour augmenter notre consommation de télévision.
Premièrement, il faut placer la télé à un endroit stratégique et, si possible, en acheter une deuxième.
En second lieu, mieux vaut disséminer des télécommandes un peu partout dans la maison afin d’en avoir toujours une sous la main. On recommande également d’acheter un poste de télé pour la chambre des enfants car, dit-on, la présence de télé facilite les leçons et les devoirs et aide les enfants à dormir.
Il est également recommandé de garder la télé allumée pendant les repas (ça initie la conversation) et de l’utiliser comme gardienne (elle hypnotise les enfants et les empêche de faire des mauvais coups).
Enfin, dans le but de préparer l’avenir, l’organisme propose de déterminer des jours sans lecture afin de s’assurer que les enfants regardent la télé. Et aux parents dont les enfants s’ennuient, Viewers for Quality Tee Vee recommande: dites donc à vos enfants de regarder la télévision.
Pour plus de détails sur cette association et ses activités: www.teevee.org
Du sexe à Canal D!
Difficile de célébrer la TV-Turn on Week au Québec. La période de sondages BBM ayant pris fin, les diffuseurs délaissent leur public et planchent déjà sur la prochaine saison. En attendant, on offre des reprises au bon peuple. Une chance que des chaînes spécialisées profitent de l’occasion pour attirer les télévores qui errent, l’âme en peine.
En attendant la nouvelle saison de Sex and the City, qui devrait prendre l’affiche en juin prochain sur Bravo!, on peut se tourner vers Séries + qui, dès le mois de mai présentera la version française de l’excellent Tales of the City (Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin, début le mardi 8 mai à 21 heures).
De son côté, Radio-Canada présente la version française de The West Wing (La Maison-Blanche), la série dramatique qui a détrôné Les Sopranos au dernier gala des Emmys et qui raconte avec beaucoup d’intelligence le travail de l’entourage du président (qui est un peu trop parfait à mon goût, mais bon). Le premier épisode est prévu pour le 12 avril à 20 heures (il s’agit du pilote de deux heures), puis les jeudis à 21 heures par la suite. Mais Radio-Canada conseille de vérifier votre horaire télé, because les maudites éliminatoires de hockey.
Enfin, Canal D se dévergonde un peu (décidément le sexe est partout à la télé… sauf à Télé-Québec), et nous présente la série Cent ans de sexe, un documentaire en six épisodes qui retrace l’évolution de la sexualité au 20e siècle. Je n’ai pas vu la série (je ne peux donc pas traiter de sa qualité), mais les thèmes abordés semblent intéressants: on parlera des scientifiques et chercheurs qui, comme Alfred Kinsey, ont contribué à vulgariser la sexualité. On parlera également de moralité, et de la façon dont les acteurs hollywoodiens ont servi de baromètre pour le reste de la société. On traitera évidemment des questions de censure, de pornographie, et un épisode complet sera consacré à la révolution sexuelle. Bref, une série prometteuse, du 9 au 14 avril à 21 heures, sur canal D.