Droit de cité : Expos: cessez le massacre
Société

Droit de cité : Expos: cessez le massacre

Eh Oui! C’est triste, mais c’est comme ça. Vient un moment où rien ne sert de s’acharner sur le sort inéluctable d’une bête mourante, aussi aimée soit-elle. Il faut l’achever.

Il est donc temps d’abattre Youppi. Je veux dire, de mettre fin à l’aventure du baseball à Montréal. Car nos Expos expirent. Le rendement de l’équipe, tant sur le terrain que dans les gradins ou dans le livre comptable, est pathétique. Ils sont une ode au misérabilisme, un Titanic de traîne-misère, le ratage ultime.

Dans le grand bol, règne une atmosphère d’abandon. Je crois même que ça sent un peu la Russie, celle de la Sibérie, de Vladivostok, voire de Pyongyang par une pluie froide de novembre.

Ce n’est pas le congédiement de Felipe Alou qui m’inspire cet appel à l’euthanasie commerciale. De toute manière, en quoi le congédiement de Felipe est-il le dernier coup de marteau sur le dernier clou de la boîte à chaussures des Expos? Avec 4000 spectateurs en moyenne aux matchs, pas besoin d’aide pour mourir. Même avec un club des ligues mineures, dans un bled perdu comme Kalamazoo, une moyenne de 4000 spectateurs serait aussitôt qualifiée de fiasco et on fermerait boutique.

Si Alou était populaire, ce n’était certainement pas auprès des amateurs de baseball. Car, depuis son départ, les assistances au stade ont augmenté de 25 %! Elles sont passées de 4000, en moyenne, à plus de 5000. On a même dépassé les 6500 dimanche.

Avec cette agonie qui n’en finit plus, nous découvrons qu’il y a pire que l’absence d’un club des ligues majeures pour l’image de Montréal: il y a la présence d’un club qui ne marche pas. C’est qu’il s’en dit, des vilaines choses sur Montréal dans les rangs du baseball professionnel. Les journaux de toute l’Amérique en parlent. Vous qui avez l’épiderme sensible du colonisé chaque fois qu’un étranger porte un regard sur nous, qui ameutez le monde entier parce qu’un journal X dans un pays Y a écrit sur nous, ça doit être gênant!

Il n’y aucune chance, dans la logique économique du baseball d’aujourd’hui, que les Expos puissent survivre. Des villes plus grosses, plus riches que Montréal (comme Toronto, Oakland et Miami) ont également de la difficulté à faire vivre leur club. Au surplus, il y a la valeur de notre dollar. Les revenus des Expos sont en dollars canadiens, et leurs dépenses, en dollars américains. Ainsi, avec une piastre à 65 cents US, les Expos (comme le Canadien, du reste) subissent l’équivalent d’une surtaxe de 35 % sur toutes leurs dépenses, sans égard à leurs revenus. Une véritable dragée toxique pour une entreprise. Le partage des revenus entre les clubs? Les Expos tirent déjà la majorité de leurs revenus des autres équipes!

Si j’étais Pierre Bourque, j’implorerais le baseball majeur de dissoudre l’équipe, avant même la fin de la saison. Sinon, les Expos vont avoir raison de notre moral de Montréalais, encore fragile après la profonde dépression des années 80 et 90.

Les Misérables de Montréal
Il a été dit que Montréal était une ville trop sophistiquée pour apprécier les taouinseries qui sont le pain quotidien du baseball, au pays de l’oncle George.

Si les Expos devaient demeurer ici, alors changeons le baseball, c’est tout! Voici quelques idées que j’offre gratis au père Loria et à son avorton de beau-fils afin de donner un peu de tonus au spectacle.

D’abord, il faudrait remplacer Youppi par une installation de Michel Lemieux: des ombres chinoises holographiques assistées par ordinateur, représentant le mythe de Sisyphe (parce que c’est un peu ça, le baseball: condamné à perpète à pousser une balle sur le monticule, non?).

L’organiste devrait faire place à D.J. Mistress Barbara. Plus d’hymnes nationaux, mais un jam de tam-tams. Le traditionnel Take me Out to the Ball Game de la septième manche serait remplacé par une pièce du Buena Vista Social Club. Fini, le règne de la Laurentide; que du houblon d’importation et de microbrasseries.

Il devrait y avoir une section gaie aux couleurs de l’arc-en-ciel. Le jeu Devinez l’assistance, malheureusement disparu cette saison pour des raisons de probabilité trop élevée, deviendrait Devinez de quelle région du Maroc vient la sauce de nos chiches-Kebabs (ne répondez pas de la vallée du Rif, ça va avoir l’air louche, surtout si vous avez tendance à afficher votre penchant pour le chanvre). Au moins la moitié du stationnement intérieur du stade devrait être convertie pour accueillir les vélos.

Pas de Journées de la tuque, où les 20 000 premiers spectateurs reçoivent un bonnet gratuit. Elles seraient remplacées par les Journées nouvel homme, alors que les 20 000 premiers gars se verraient offrir une jupe portefeuille (que l’on porte par-dessus le pantalon) signée Dubuc, aux couleurs de leurs favoris.

Côté gestion, il n’y aurait plus de conseil d’administration. Les décisions seraient désormais prises par le Comité social et pacifique pour une action citoyenne et humaniste en faveur de la protection de la forêt boréale en territoire cri et de l’avancement de la coopération entre les peuples des Amériques contre la discrimination faite aux femmes de la terre, le CSPACHPFBTCACPADFT.

D’autres idées? Écrivez-moi, je les retransmettrai.