Les tondeuses : Gazon maudit
Société

Les tondeuses : Gazon maudit

Pour certains, la tonte du gazon peut s’avérer une expérience douloureuse alors que, pour d’autres, il s’agit d’un moment de détente à l’abri de l’insoutenable silence de la banlieue. Dignes, debouts sur la verte prairie et enfumés d’un nuage bleu provenant de l’échappement d’un moteur à deux temps, nous avons testé trois tondeuses à gazon motorisées. Du sérieux, vroum, vroum.

Dotée d’un système de propulsion, la grosse Lawnboy se déplace rapidement, mais nous force à négocier les virages avec prudence.

Plus chétive, mais ô combien plus facile à manier, la petite Lawnboy est conçue pour les banlieusards à tendance sportive ayant soif d’action.

Simple, maniable et traditionnelle, la Toro conviendra aux puristes et tondeur

C’est le coeur sur la main, un franc sourire illuminant son visage, que le très sympathique (et compréhensif) Pierre Garneau, propriétaire de BDM minimécanique à Saint-Augustin-de-Desmaures, nous a accueillis et guidés à travers les méandres de son atelier. Nous conseillant trois modèles distincts, il a tenté de nous expliquer certains détails techniques à propos desdits engins qui, malgré notre concentration, n’ont qu’ajouté à notre confusion. Qu’à cela ne tienne, nous avions déjà en tête une batterie de tests qui, nous en étions convaincus, départagerait les fortes des faibles.

Veuillez noter que ces tests ont été effectués sous la supervision de professionnels et qu’il pourrait s’avérer dangereux, voire fatal, de tenter ne serait-ce que l’une de ces épreuves. Vous l’aurez compris: n’essayez pas ça à la maison!

Le test de la relève
Comme on le sait, la tonte de la pelouse est une responsabilité que le père (ou la mère) espère refiler à sa progéniture dès que sa croissante stature le permettra. Pour cela, il est impératif que la tondeuse soit maniable et sécuritaire. N’ayant ni adolescent taciturne ni petite personne sous la main, nous avons testé les engins à genoux, s’esquintant les rotules au nom du droit sacré à l’information.

1) Avec cette grosse Bertha, pas évident de tenir le levier de sécurité, de procéder à l’allumage et de presser le second levier activant la propulsion. Plutôt lourde et difficile à manier, la grosse Lawnboy conviendra mieux à l’amant de la tonte, pour qui cette activité n’est pas synonyme de corvée et qui n’aspire pas à transmettre sa flamme de sitôt.

2) Son guidon, plus facile à tirer et à pousser, ainsi que la maniabilité conférée à la chose par l’asymétrie des roues font de la petite Lawnboy l’engin idéal pour la relève.

3) À l’instar de la tondeuse précédente, la Toro est plutôt facile à actionner. Son allumage en deux coups maximum (d’ailleurs garanti pour 5 ans) ne vous obligera certainement pas à sortir pour procéder à l’activation du moteur. Une leçon d’indépendance pour les rejetons.

Le test de séduction
Solitude. Seul sur son terrain, le tondeur se morfond tel un Michel Houellebecq au Club Med. Puisque toutes les techniques sont bonnes (rien n’excède cependant la force évocatrice du chien quand vient le temps de draguer les filles dans les lieux publics), voyons laquelle de ces trois tondeuses à gazon peut servir le mieux les âmes esseulées.

1) Une chaîne dorée au cou et vêtu d’un pantalon sport, le tondeur sachant tondre avec classe pourra attirer le même type de femmes avec sa grosse Lawnboy qu’il le ferait avec sa Cadillac Eldorado. Massive et polluante, elle plaira à celles qui recherchent le confort avant tout.

2) Économe, presque inodorante, la petite Lawnboy démontre que vous avez non seulement du goût mais aussi un sain rapport à l’argent, et que vous recherchez une esthétique épurée. Parfait pour attirer les jeunes artistes en fleur cherchant mari idéal.

3) La Toro est rouge, très rouge. Symbole de virilité et de puissance, cette couleur est aussi synonyme de jeunesse et d’ouverture d’esprit. Facile à manier, vous pourrez aussi faire essayer votre tondeuse aux dames de passage. Pour obtenir les faveurs de femmes indépendantes.

La course en ligne droite
Pas besoin de trop d’explications pour ce test. La formule suivante suffira: temps=argent=bonheur. Non?

1) 3,43 secondes sans propulsion et 3,35 secondes avec propulsion. La bête est grosse et lourde.

2) 4,28 secondes. Nous soupçonnons que, malgré ses entraînements hivernaux en classe souffleuse AA, notre testeur se soit laissé abattre après le premier essai. Temps peu concluant.

3) 3,20 secondes. Ayant enfin repris du poil de la bête, le testeur termine en force. Une vraie tondeuse de course.

Le test de la boulette
Consiste à mesurer les capacités de la tondeuse à déchiqueter et/ou à propulser en lui faisant tondre une feuille de papier 8 1/2 sur 11, chiffonnée selon des standards très précis.

1) Contrairement à ses deux collègues, qui travaillaient selon le nouveau mode environnemental de tonte où on laisse le gazon coupé sur le sol afin qu’il serve d’engrais, la Silver pro était réglée en mode de propulsion. Elle n’affiche donc qu’un faible taux de neuf morceaux de papier déchiquetés, mais les a propulsés sur un mètre.

2) Elle a déchiqueté sa boulette en 27 morceaux. Pas mal, mais nous sommes convaincus qu’elle aurait pu faire mieux.

3) En plus d’être assoiffée de travail (nous avons craint pour nos pieds durant un moment), la Toro est visiblement un engin perfectionniste: 42 morceaux vigoureusement déchiquetés et consciencieusement gardés sur les lieux de la tonte.

Le test de la tasse
Consiste à déterminer les vibrations émises par la tondeuse en observant le comportement d’une tasse de café remplie à ras bord, disposée sur la base de la tondeuse.

1) On peut lui reprocher son manque de subtilité, mais il n’en demeure pas moins qu’avec son vaillant moteur, elle a démontré qu’elle pouvait brasser la tasse avec beaucoup d’aisance, sans trop la faire danser et ainsi menacer qu’elle ne renverse son contenu.

2) Elle s’est distinguée par son côté pratique: en mettant un peu de lait dans le café, nous nous sommes aperçus qu’elle mélangeait le tout à la perfection. Sachez joindre l’utile à l’agréable en lui faisant mélanger vos drinks (de préférence après la tonte).

3) Nous lui avons découvert un talent artistique insoupçonné. En effet, non seulement ses vibrations n’étaient pas assez puissantes pour déstabiliser la tasse, mais les ondes générées dans le liquide nous ont tiré les larmes: de splendides cercles concentriques devant lesquels nous sommes restés en pamoison plusieurs minutes durant.

La course à obstacles
Ce test éminemment complexe, où la tondeuse est soumise à un parcours en zigzag, permet de déterminer son rendement et sa maniabilité sur un chemin non-linéaire.

1) Elle a offert les meilleurs temps, en mode manuel comme en mode de conduite assistée, avec respectivement 19,63 et 19,48 secondes. Fort maniable, elle prend très bien les courbes sans les moindres dérapages, grâce à la disposition asymétrique de ses roues, propre aux Lawnboy. Son poids force toutefois son maître à un effort supplémentaire.

2) Son allure sportive et aérodynamique lui permet de foncer dans le gazon à toute allure sans pour autant négliger la tonte. Sa légèreté lui joue parfois de mauvais tours, notamment dans les virages les plus serrés où elle a tendance à déraper par moments. C’est d’ailleurs ce qui explique son temps de 20,67 secondes. Très attachante pour les sportifs (nous avons d’ailleurs surpris notre testeur en train de disposer des dés en minou sur le guidon).

3) Bonne dernière avec un temps de 20,97 secondes. Peu agile dans les courbes, elle a tendance à lever le nez pour compenser sa perte de vitesse, ce qui néglige quelque peu la tonte. Pour le tondeur relax.

Le test du baladeur
Consiste à déterminer le niveau de bruit généré par chaque tondeuse en vérifiant à quelle intensité nous devons écouter la musique de notre baladeur lorsque nous sommes à proximité.

1) Notre testeur aura dû régler le volume de son baladeur à 8,5 pour être en mesure d’entendre le segment musical servant à nos analyses. Déconseillée aux oreilles sensibles donc, mais recommandée à ceux qui désirent se venger de leurs voisins les matinées de week-ends.

2) Laisse entendre notre échantillon musical au niveau 7, ce qui est déjà beaucoup plus tolérable que le grondement de sa grande soeur.

3) Son doux ronron, très harmonieux et très régulier, laisse entendre la musique au niveau 6.

Appréciation générale
1) Dotée d’un système de propulsion, la grosse Lawnboy se déplace rapidement, mais nous force à négocier les virages avec prudence. Imposante et luxueuse, elle est le reflet d’une certaine réussite et satisfera ceux qui veulent afficher leur rang supérieur au sein des classes sociales.

2) Plus chétive, mais ô combien plus facile à manier, cette tondeuse est conçue pour les banlieusards à tendance sportive ayant soif d’action. Idéale pour le rallye et les courses à obstacles.

3) Simple, maniable et traditionnelle, la Toro conviendra aux puristes et tondeurs de la vieille école. Subjugué par sa simplicité, notre esprit de travailleur acharné nous induit à proposer la phrase suivante qui, bien que primaire, traduit avec justesse notre sentiment: "Ça fait la job."


Circuits pédestres
Histoires d’arbres

Par Frédéric Denoncourt

Le Conseil des monuments et sites du Québec (CMSQ) organise chaque année, depuis six ans, des circuits pédestres afin de faire découvrir des versants parfois méconnus de l’histoire et du patrimoine de la capitale. Cette année encore, des visites guidées permettent de découvrir les arbres anciens de Québec.

Deux circuits sont au programme cet été pour les amoureux des arbres. Celui du quartier Montcalm et celui du quartier Saint-Jean-Baptiste. L’objectif des balades est d’aider à identifier et à reconnaître les caractéristiques spécifiques des arbres anciens de la ville.

La guide, Suzanne Hardy, de l’entreprise Enracine’art, est spécialisée en patrimoine floristique. Elle parcourt le Québec à la recherche d’arbres anciens, afin d’assurer leur protection. En tout, une vingtaine d’espèces sont présentées lors de la balade du quartier Montcalm, parmi lesquelles, le noyer noir, l’orme d’Écosse, l’érable de Norvège, le chêne rouge et plusieurs autres. Madame Hardy décrit avec passion et humour l’histoire de chacun des spécimens tout en étayant ses particularités, de son mode de reproduction, qui est monoïque (si l’arbre, ayant des fleurs mâles et femelles, s’autoféconde) ou dioïque (si l’arbre possède des fleurs mâles ou femelles exclusivement), à sa vitesse de croissance, en passant par les caractéristiques de son tronc et de ses feuilles, ses besoins en hydratation, ses aptitudes à résister aux conditions urbaines et aux diverses maladies, ses origines (indigène ou importé, le plus souvent sous le régime français), sa durée de vie, etc.

On apprend, par exemple, que des écarts impressionnants existent sur le plan de la longévité entre les espèces. Le ginkgo, qui a la particularité d’être présent sur tous les continents, peut vivre des milliers d’années (on trouve des spécimens de plus de 4 000 ans en Chine et au Japon). Très résistant aux maladies et aux insectes, on en aurait même trouvé des spécimens ayant survécu à Little Boy, la bombe nucléaire lancée sur Hiroshima, c’est tout dire… À l’opposé, d’autres espèces, telle l’aubépine, qui atteint rarement 100 ans, sont plus fragiles. Parmi les plus vieux arbres de la ville se trouve un frêne d’Amérique âgé de 225 ans, qui prend place face à la résidence des Dominicains sur la Grande Allée.

On a aussi l’occasion d’admirer et de mieux connaître une des plus belles espèces, l’orme d’Amérique, qui est par contre menacé. Considéré comme idéal en milieu urbain à cause de sa hauteur, il fut sévèrement touché par la maladie hollandaise de l’orme (qui se manifeste par un champignon qui obstrue les vaisseaux de sève), arrivée au Québec au début des années 1940 par un bateau en provenance des Pays-Bas. On évalue à 700 000 le nombre d’arbres qui sont morts entre 1940 et 1955; la maladie n’est toujours pas éradiquée.

Par ailleurs, les cyniques se surprendront à observer des traits communs qu’ont certaines espèces avec certains êtres humains. Ainsi, le noyer cendré a la particularité de ne tolérer (par la sécrétion d’une toxine), dans un rayon de 10 mètres, ni végétation, ni même… ses congénères.

Dans l’ensemble, la sortie est intéressante et permet d’apprendre une foule de petites choses (parfois anecdotiques) sur le sujet. Petit bémol cependant: la balade dure au-delà de trois heures, aussi est-il bien difficile de ne pas éprouver une certaine lassitude au bout de deux heures; on aurait tout intérêt à réduire du tiers la durée de l’activité. Les commentaires des participants allant d’ailleurs en ce sens, il est, semble-t-il, fort possible que cela soit corrigé.

Les gens intéressés (groupes de 10 personnes minimum) peuvent communiquer avec le Conseil des monuments et sites du Québec (www.cmsq.qc.ca) au 647-4347 ou par télécopieur au 647-6483 et de l’extérieur au 1 800 474-4347. Le coût par personne est fixé à 15 $. Bonne balade.


Circuits pédestres
Révéler les morts

Par Nicolas Houle

Depuis trois ans, le Conseil des monuments et sites du Québec offre une marche relatant l’histoire des cimetières du Vieux-Québec. Un itinéraire qui permet de voir qu’on ne repose pas toujours en paix.

Vous connaissez sans doute le parc Montmorency, situé au croisement de la côte de la Montagne et de la rue des Remparts. Ce bel espace vert n’a pas toujours été le carrefour des touristes, des rêveurs ou des amoureux. Il a déjà été certes un lieu de repos, mais pas du tout au sens où on l’entend aujourd’hui. À l’hiver 1608-1609, Champlain, dont plusieurs hommes avaient rendu l’âme des suites du scorbut, y créait ce qui allait devenir le tout premier cimetière de Québec.

Le parc Montmorency n’est pas le seul lieu de sépulture qu’a compté le Vieux-Québec, loin de là. Au total, cinq cimetières publics ont été installés sur le territoire, sans compter ceux des communautés religieuses. La majorité de ces sites ont été fermés, les corps relocalisés, si bien qu’aujourd’hui bien peu d’indices – comme cette croix que l’on trouve au parc Montmorency – trahissent encore ce que ces lieux historiques furent autrefois. Quand les a-t-on fermés? Pour quelles raisons? Où sont maintenant les dépouilles? Autant de questions auxquelles l’archéologue Paul-Gaston L’Anglais se propose de répondre par le biais d’une marche de près de trois heures, s’arrêtant à cinq sites historiques. "C’est l’histoire des cimetières, depuis leur ouverture jusqu’à leur fermeture, en mélangeant données historiques et archéologiques, résume-t-il. Le tout est précédé d’une introduction qui permet de connaître la perception qu’avaient les gens de la mort aux époques anciennes et tous les rites qui étaient associés à la mort elle-même, autant les services funèbres que les inhumations tel que ça pouvait se dérouler à l’époque de la colonie."

Depuis sa naissance, l’activité, qui se déroule maintenant à la brunante, connaît un franc succès. Il faut dire qu’elle n’est pas si macabre qu’elle en a l’air et que la mort, devenue une espèce de tabou, exerce une véritable fascination sur le public. On y apprend par exemple comment les conditions hygiéniques de l’époque ont forcé le déplacement des corps des défunts, surtout qu’on avait la mauvaise idée de les enterrer trop en surface. Des anecdotes étonnantes aussi: pas moins de 800 corps ont déjà été enterrés à l’intérieur de la basilique Notre-Dame. Des religieux bien sûr, mais aussi des laïcs qui, en échange de quelques deniers, se sont acheté un repos éternel dans un lieu sacré.

Pour Paul-Gaston L’Anglais, cette marche permet de mieux comprendre la relation que nous entretenons aujourd’hui avec la mort. "On est à une période où on voudrait prolonger la vie aux dépends de la mort alors que la mort est quelque chose de tout à fait naturel, explique-t-il. Ça s’inscrit tout à fait dans la pensée victorienne du XIXe siècle, où tout devait être beau et romantique; alors on a exclu la mort et son mauvais caractère. Tout ça vient de cette période-là. Ça explique en partie pourquoi les cimetières sont loin et pourquoi on n’a à peu près plus de contact avec la mort."

Le 9 juin, au Parc Montmorency
Réservations au 647-4347


Nouveauté vélo: le cruiser
Vitesse de croisière

Par David Desjardins

Vous aimez le vélo mais abhorrez le fluo, la technologie ultramoderne ou le look insipide des hybrides aux couleurs mornes. Une seule solution s’impose: le cruiser. Stylé, racé et largement inspiré des vélos de la première moitié du siècle, cet engin devrait devenir le vélo urbain par excellence de tous ceux qui recherchent la différence.

Le monde de la bicyclette est, sans contredit, l’une des industries de loisir et de sport qui connaît le plus de changements d’une année à l’autre. En seulement 10 ans, le vélo de montagne a connu une expansion au-delà de toute attente, faisant de la bicyclette le loisir premier des Québécois. Après la télévision, il va sans dire.

Depuis, c’est l’avalanche technologique, la spécialisation et la surenchère. Vélos de cross-country, de descente, hybrides, trial ou même de route ont connu les bienfaits d’une course à l’innovation dans laquelle les nombreux fabricants se sont lancés. Malgré tout, ce sont toujours les bicyclettes de type hybride qui connaissent le plus de popularité. En effet, la plupart des combattants du dimanche n’appréciaient guère la position fort inclinée et plutôt inconfortable qu’offrait le vélo de route traditionnel, mais ne prisaient pas non plus la petite dimension des roues (26 pouces) et la largeur des pneus du vélo de montagne. Ainsi naquit l’hybride qui, au grand plaisir de plusieurs, combine la position décontractée du vélo de montagne à un système de propulsion et à des roues apparentés aux modèles de route.

Mais là n’est pas la curiosité. S’inspirant à même l’inépuisable corne d’abondance de la nostalgie et du bon vieux temps, quelques compagnies, tout de même audacieuses, ont lancé les vélos de type cruiser il y a maintenant quelques années. Ces engins, peu pratiques et conçus dans un esprit essentiellement esthétique (ils ressemblent aux vélos d’avant-guerre), ne risquent cependant pas de s’imposer sur le marché de sitôt, croit Eric Boudreau, propriétaire de la boutique Mont-Vélo: "On risque plus de les voir dans des lieux de villégiature, sur les plages de la Floride par exemple, car ce sont souvent des vélos lourds et munis de systèmes de propulsion rudimentaires, sans trop de vitesses. Ils sont plus populaires à Montréal qu’à Québec puisque les distances sont souvent moins grandes et l’inclinaison des pentes moins importante."

Séduit par le look d’enfer de ces nouveaux modèles, Boudreau n’a pas longtemps hésité avant de faire l’acquisition de ces vélos originaux et particuliers. "Ce ne sont pas des vélos qui demandent énormément d’entretien, confie-t-il, ils n’ont pratiquement pas de vitesses, ou pas du tout, et comportent un système de freinage interne [vous souvenez-vous des freins à rétropédalage de vos vieilles bicyclettes à banc banane métallisé?] et, donc, pas de composantes complexes qui demandent des soins particuliers."

Ceux que nous avons vus, conçus par la compagnie GT, sont réellement massifs et lourds quoique tout à fait séduisants. Leurs formes ne leur confèrent cependant pas une grande maniabilité et leur ergonomie reste des plus douteuses. Jean-Philippe Castonguay, mécanicien spécialisé et cycliste de montagne de la première heure, fut l’un des premiers à se procurer l’une de ces machines. Conquis par leur aspect, il a rapidement constaté que, quoique confortables, ces cruisers simples et économiques demeurent des objets plus amusants à regarder qu’à conduire: "C’est confortable, mais il ne faut pas s’attendre à ce que ça monte les côtes. Je le trouve surtout très beau et je l’utilise uniquement pour des petits déplacements."

Ne vous leurrez cependant pas, il existe aussi, dans le genre, des modèles beaucoup plus sophistiqués et faits de matériaux et composantes qui conviennent mieux aux paramètres topographiques de notre région. "Plusieurs compagnies offrent des modèles plus performants avec des cadres en aluminium et des systèmes de vitesses plus élaborés", confirme Eric Boudreau.

À ce chapitre, la compagnie Electra est l’un des chefs de file dans le domaine des cruisers haut de gamme. Soucieux d’offrir un vélo à l’esthétique s’inspirant du vélo classique américain, les deux immigrants allemands à la tête de l’entreprise souhaitaient aussi créer un vélo confortable, manoeuvrable et performant à l’image de la bicyclette urbaine largement répandue dans les villes d’Europe. Pari gagné pour les néo-Californiens dont la compagnie est aujourd’hui la référence en matière de cruisers et a surtout largement contribué à les populariser.

Bien qu’on ne puisse que difficilement résister à leur style singulier, il peut s’avérer ardu de mettre la main sur ces vélos chez nos concessionnaires, plutôt frileux en fait d’excentricités. Quoi qu’il en soit, la plupart des modèles que vous trouverez en catalogue ou dans Internet peuvent être spécialement commandés par votre boutiquier de sport favori. Peut-être aussi en trouverez-vous un, authentique antiquité, au marché aux puces de votre coin, qu’on vous vendra probablement pour une poignée de monnaie, qui sait?


Lunettes fumées
Plein la vue

Par Alain Bloedt

Longtemps un mal nécessaire, les lunettes de soleil sont devenues aujourd’hui un accessoire incontournable de la mode. L’été 2001 ne fait pas exception puisque les lunettes de soleil s’amusent à vous faire voir la vie de toutes les couleurs tout en vous assurant une protection indispensable contre les rayons ultraviolets (UV).

La grande tendance de l’été est le montage percé, qui s’oppose, comme vous le savez peut-être, au montage cerclé, plus traditionnel, beaucoup moins léger. Portées par les Drôles de Dames (Charlie’s Angels), ces lunettes, au logo toujours bien placé, sont généralement en plastique. Parfois composé d’une lentille unique, ce modèle comprend deux caractéristiques qui en font l’objet à la mode par excellence. La première consiste en l’utilisation de diverses teintes de couleurs pour les lentilles, ce qui permet à l’utilisateur de les conserver dans des lieux intérieurs tels que les musées ou les discothèques. Les nuances exotiques de l’été 2000 sont remplacées cette année par des tons plus subtils déclinés en pastel, tels que le bleu turquoise, le rose, l’orangé et l’incontournable jaune, si précieux pour la conduite de nuit. Notez que ces couleurs claires ne vous feront prendre aucun risque par rapport aux rayons du soleil. En effet, le traitement du verre qui le rend résistant aux UV n’a pas de teinte, car il s’agit simplement d’un procédé de trempage du verre dans une solution chimique. La différence se fera donc sentir sur le plan de l’éblouissement, moins prononcé si vous portez des couleurs plus foncées comme le brun ou le gris.

La seconde caractéristique et non la moindre des lunettes flyées de cet été est leur forme inspirée des mythiques modèles aviateurs de Ray-Ban B15 et G15, utilisés par l’armée américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Coïncidence, au même moment sort le film Pearl Harbor, qui devrait augmenter les ventes de ce modèle aux lentilles en forme de goutte d’eau; des lunettes légendaires qui doivent également leur popularité à leur qualité aussi bien de montures que de lentilles en verre teinté dans la masse.

Continuité rime avec succès
Si les montures en plastique seront encore très en vogue cet été, on retrouvera également des formes classiques et rétro, mais celles-ci auront tendance à devenir plus épaisses. Ce style immortalisé par Jackie Kennedy se décline chez toutes les marques de haute couture.

Tout aussi constantes depuis quelques années mais toujours plus performantes, les lunettes de sport continueront de faire un tabac. Les équipementiers sportifs tels que Adidas et Nike ont définitivement emboîté le pas à des marques de référence, comme Bollé et Oakley, ce qui permet la conception de modèles à la fois plus résistants et plus confortables. Dites en bandeau, ces lunettes ont la particularité d’envelopper la forme du visage afin d’offrir un maximum de vision périphérique et de protection aussi bien contre les UV que contre le vent.

Une autre tendance déjà en vogue mais de plus en plus populaire est le Clip. Réservé aux personnes ayant une prescription, cet accessoire, qui se fixe aux lunettes de correction, permet d’économiser l’achat d’une seconde paire de lunettes. Proposé en modèle magnétique ou à crochets, le Clip ne reste néanmoins, selon les opticiens, qu’une solution passagère, car il n’offre pas les mêmes qualités de vision que des lunettes classiques, laisse passer le jour car il ne colle pas totalement aux lentilles et ne s’adapte pas à toutes les montures.