Société

La semaine des 4 jeudis : Esprit de bottine

En ce temps de l’année où rien ne trouble son indifférence, le Québécois débonnaire sera tenté de marquer une pause salutaire dans sa complexe réflexion sur les affaires du monde.

Refusant, tel un Mexicain solitaire assommé par le soleil de midi, de sombrer dans les affres de la diatribe et de l’argumentation, il préfère, tel le regretté père Gédéon, résumer ses compétences à quelques élans de proverbiale sagesse populaire afin de philosopher sereinement sur tout et sur rien, la canicule, et le baptême du petit Dion.

Oui, c’est enfin l’été chaud et le temps est à la légèreté. Et quoique insoutenable le reste de l’année, elle fait parfois merveille d’à-propos.

Jugez-en par vous-mêmes au regard de ces sujets d’actualité, car comme le disait mère-grand: "Rien qu’à voir… on voit bien", un commentaire particulièrement approprié aux demandes d’équipement de nos radiologistes. Tout comme:

"Rien ne sert de courir, il faut partir à point."

Le philosophe amateur saura utiliser (sans en abuser) cette formule au premier degré afin de commenter les performances de Bruny Surin aux Championnats du monde et sa fuite précipitée des Jeux de la Francophonie.

"Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse."

Est une morale qui sied bien à la dépression de Mariah Carey, à sa dégringolade et à sa pré-retraite du show-business américain pour cause de pseudo-épuisement.

"On n’est jamais mieux servi que par soi-même."

Voilà une formule particulièrement heureuse pour se consoler des malheurs de Raymond Malenfant, seul et unique locataire avec bobonne de son dernier motel – Universel (sic) -, situé aux abords d’un périlleux boulevard.

"La fin justifie les moyens."

Sera jugé fort approprié pour permettre au passionné de politique nationale de stigmatiser la récente réunion des premiers ministres et les redondantes demandes de transferts aux provinces de l’argent fédéral réclamés par Bernard Landry et ceux-là mêmes qui veulent briser notre beau Canada.

"Toi aussi mon fif."

Cette citation attribuée à Jules César lors de son assassinat s’avère hautement appropriée dans le cadre des célébrations de la fierté gaie, sorte de carnaval excentrique auquel prennent part chaque année de plus en plus de personnalités du monde de la politique et du spectacle. Mario Dumont, Allan Rock, Michel Girouard et Gilles Duceppe.

"L’argent n’a pas d’odeur."

L’homme de bon goût n’hésitera pas à avoir recours à ce grand classique de la sagesse populaire afin de commenter les émanations nauséabondes émises par les industries Alex Couture, récupérateur de charognes animales qui empestent régulièrement la ville de Charny.

"Il n’y a pas de fumeur sans feu."

Suggère à la police du tabac qui sillonne désormais les bars de la ville d’Ottawa de fouiller les poches de possibles contrevenants à la recherche de briquets et d’allumettes prohibés.

"On ne prête qu’au riche."

Le vieux proverbe sied à merveille au chapitre final de la saga Vidéotron-TVA, dont l’acquisition par Pierre Karl Péladeau a été favorisée par la Caisse de dépôt, moteur de la vie économique québécoise. (Quelques jours plus tard, Vidéotron procédait à des congédiements massifs.)

"Autant en emporte le vent."

S’avère un classique qui se place judicieusement dans une conversation portant sur les scandaleuses réticences des Américains et des Canadiens à ratifier l’accord de Kyoto sur la pollution atmosphérique.

"L’enfer est pavé de bonnes érections."

Voilà un excellent commentaire pour résumer les déboires de Gary Condit, sénateur de la Californie, dont la possible implication dans la disparition d’une stagiaire avec laquelle il entretenait des relations intimes déchaîne la presse américaine.

"Ce que femme veut, Dieu le veut."

Voilà une formule appropriée pour commenter les réclamations des femmes en matière de prêtrise.

"Loin des yeux, loin du coeur."

Est un proverbe que l’on évitera de servir à ceux qui espèrent, chez eux dans l’angoisse, une place sur la liste des chirurgies cardiaques de 2002.

"N’éveillez pas le chat qui dort."

Rappellera ces mystérieux cas de rage féline apparus cet été dans le nord-est du Québec alors que…

"Le petit vient en mangeant."

Rappellera de merveilleux souvenirs à cette femme qui a accouché à la sortie d’un restaurant, cet été.

Comme tous ceux qui regrettent que leurs compétences se perdent, j’ai voulu mettre à profit cette propension au slogan, je me suis dit que je ne pourrais jamais mieux exercer mon art que dans un poste de scripteur au Téléjournal de Radio-Canada. Je voulais écrire moi aussi ces subtiles introductions, ces formules-chocs de bon goût, rédiger ces manchettes (genre "Hydro-Québec: le courant ne passe pas") qui font grincer des dents et donnent envie de flinguer sa télé.

Malheureusement, je n’y ai pas eu de réponse. Tout le monde était, comme moi, en vacances. Je m’y reprendrai en septembre. L’esprit de bottine se garde longtemps, bien au chaud.