Ne manquez rien avec l’infolettre.
Les squats ici et ailleurs : Maison à squatter
Société

Les squats ici et ailleurs : Maison à squatter

Si les squats sont plutôt rares ici, ils s’avèrent beaucoup plus courants ailleurs. Ils sont même considérés comme une solution viable aux crises du logement en Europe! Voici le vécu (et les trucs!) de quelques professionnels en la matière.

Au Québec, le squat du Comité des sans-emploi de Montréal-Centre est apparu aux yeux de tous comme un événement inhabituel, voire exceptionnel. Pourtant, au même moment, des squatteurs bruxellois réussissaient à éviter l’expulsion, des squatteurs polonais investissaient des immeubles de Bialystok, des squatteurs milanais voyaient leur immeuble partir en fumée et des squatteurs londoniens organisaient un mini-festival. Et la liste des événements liés à des squats est encore beaucoup plus longue… C’est que, ailleurs dans le monde, habiter un lieu vacant sans la permission de son propriétaire représente une pratique plutôt courante, particulièrement en Europe. Devrait-on s’en inspirer?

"Des gens de tous les âges, et pas seulement des jeunes, choisissent ce mode de vie, affirme Martin Loods, porte-parole de Squatters Embassy, un groupe de squatteurs d’Amsterdam. Une dizaine de milliers de maisons sont squattées aux Pays-Bas. C’est normal, car il y a un grave manque de logements sociaux ici." Tiens, tiens, tiens: on connaît la chanson, n’est-ce pas? Loods a participé à plus d’une dizaine de squats, surtout autour du centre-ville d’Amsterdam. Selon lui, malgré les hauts et les bas, les squats constituent de véritables institutions aux Pays-Bas. "Ce sont des espaces qui deviennent vraiment intéressants et agréables, même pour les enfants, souligne-t-il. Tout le monde s’y intéresse. Les gens y travaillent et s’amusent. Ce sont des petits laboratoires alternatifs."

La même effervescence se manifeste dans les squats d’Angleterre. Ces derniers prennent des formes variées et répondent même à des clientèles spécifiques. Par exemple, un squat appelé Eclectic abrite un regroupement de femmes dans un ancien bar de danseuses top-less (!); et l’Okasional constitue un lieu de rencontre pour les amateurs de philosophie et de musique. Et c’est sans compter les abris des groupes anarcho-punk, bien sûr. "Il existe 30 000 squatteurs au pays. Beaucoup d’immeubles vacants à Londres permettent d’aider les gens qui ne peuvent se permettre des loyers dont les prix sont toujours en hausse", affirme Lou, membre du regroupement de squatteurs Equality Housing Cooperative et du Advisory Services for Squatters (ASS), un collectif de travailleurs qui offre des conseils aux squatteurs qui désirent investir un immeuble. Pour venir en aide aux apprentis, l’ASS publie le Squatters Handbook, un how to subversif (voir encadré pour des conseils). "Nous recevons énormément de demandes d’aide par année, indique-t-elle. Beaucoup de gens pauvres adoptent cette façon de vivre, faute de mieux. C’est vraiment courant." Tant et si bien que, selon les chiffres de l’ASS, environ 250 000 personnes ont squatté en Angleterre à un moment ou à un autre durant les 12 dernières années.

Crise du logement
En Angleterre, squatter n’est pas un crime: la pratique est légale, contrairement à bien des pays, comme le Canada. De simples ententes doivent toutefois être conclues avec les autorités et les propriétaires, sans quoi des expulsions peuvent survenir. Les lois européennes varient toutefois à ce sujet, certains pays étant plus répressifs que d’autres. "Nous disposons de bonnes conditions pour faire du squat, déclare Lou. Les squatteurs peuvent même aller devant la cour et réclamer la possession de l’immeuble après 12 années d’occupation." Cela vient de survenir, en juin dernier, alors qu’un artiste de 36 ans, Jack Blackburn, a vu la cour l’enregistrer comme propriétaire d’un immeuble du quartier Brixton, dans le Sud de Londres, après y avoir vécu plus de 12 ans.

En France, les artistes de tout acabit constituent les pionniers des squats. Ces derniers sont même rebaptisés "squ’arts": AlterNation à Paris, Belle-de-Mai à Marseille, le Pamplemousse et les Tanneries à Dijon en sont quelques exemples. "Il s’agit d’une donnée fondamentale du paysage culturel." Voilà comment un rapport gouvernemental, déposé en juin dernier, décrit les "squ’arts". Ce rapport contient même des recommandations visant à les appuyer et les soutenir tellement leur apport à la vie culturelle est important.

Dans d’autres pays d’Europe, la solution semble avoir déjà été trouvée. Une nouvelle pratique à l’égard des squats, qui pourrait même être appliquée ici, commence à être employée dans diverses grandes villes européennes. Pour éviter les expulsions et pouvoir vivre sans trop de soucis légaux, les squatteurs signent des baux précaires ou des conventions d’occupation. "Sans avoir à débourser un sou généralement, ils s’entendent avec le propriétaire et les autorités pour occuper les lieux et assurer la sécurité et la maintenance, affirme Martin Loods. Cela peut durer un temps, jusqu’à ce que le propriétaire ait un projet concernant l’édifice. C’est mieux que de se faire expulser par la police!" Chacun y trouve son compte dans ces ententes: le squatteur a son toit et le propriétaire voit son immeuble sauvé de la décrépitude.

Une telle tolérance ne constitue pas toujours la règle à l’égard des squats. "Les gouvernements de certains pays emploient parfois des anti-squatteurs, des personnes qui veulent prendre des contrats de location de court terme à bas prix, simplement pour éviter que l’immeuble soit envahi par les squatteurs, indique Loods. Parfois, il y a une répression policière contre les squatteurs. C’est une lutte de tous les instants."

Si les squatteurs du Comité des sans-emploi de Montréal-Centre ont organisé une action pour réclamer plus de logements sociaux et dénoncer la gentrification, ceux d’Europe invoquent les mêmes raisons pour justifier leurs actions. "Le squat est une solution à l’itinérance, la pénurie de logements abordables, la gentrification qui fait grimper le coût des loyers, la spéculation immobilière, énumère Lou. Ici, on ne squatte pas pour le plaisir: c’est une façon de se loger, c’est tout. C’est même une action politique pour démontrer que le logement est un droit, et non un privilège."¸

C’est d’ailleurs le slogan qu’affichent plusieurs sites Internet traitant des squats dans les pays occidentaux. Sur l’excellent site de Squat!Net (www.squat.net/fr/index.html), un groupe de Berlin, toutes les activités liées aux squats sont répertoriées. Celui de Montréal y trouve même une place de choix. "Tu parles, si on connaît le squat de Montréal! s’exclame Lou. Nous avons suivi cette affaire sur Internet. Il paraît qu’il y a une crise du logement chez vous? J’espère que les gens qui vivent des problèmes de logement deviendront des squatteurs. Faites comme nous!"


Conseils de pros
Le groupe anglais Advisory Services for Squatters et plusieurs autres groupes pro-squat d’Europe publient des petits guides pour aider les squatteurs en devenir. Voici des trucs colligés ici et là dans ces how to plus qu’instructifs.

– Premier conseil de base: toujours choisir un lieu vacant, évidemment. Il faut investir les lieux le jour, sinon les voisins pourraient alerter les policiers, qui ne seraient pas très tolérants.

– Il est important de connaître l’identité du propriétaire de l’immeuble et ce qu’il a l’intention d’en faire. Évitez les immeubles susceptibles de faire l’objet d’un projet quelconque et opter pour ceux dont le propriétaire semble assez peu se préoccuper. Des immeubles vacants appartenant au gouvernement ou à de gros propriétaires connus sont à privilégier, car ils ont peur de l’image négative qu’ils vont projeter s’ils font appel à la police pour évacuer des démunis…

– Il faut pénétrer dans l’immeuble sans faire de dommages, sinon cela pourrait être considéré comme une entrée par effraction. Il suffit de trouver une fenêtre ou une porte par lesquelles il est possible d’entrer sans tout casser.

– Une fois à l’intérieur, une chose doit être faite au plus vite: changer les serrures. Il faut faire de l’immeuble le sien, après tout. Il est également conseillé d’apposer une pancarte sur la porte indiquant que vous n’êtes pas des criminels, mais des personnes en manque d’un logement abordable.

– Pour prouver que vous êtes les nouveaux résidants de l’immeuble, demandez à quelqu’un d’y envoyer une lettre par la poste à votre attention. C’est une preuve crédible.

– Durant les premiers temps de l’occupation, toujours demeurer présent ou laisser une radio ouverte en cas de départ. Il est conseillé d’aménager au plus vite la maison. Le tout afin de démontrer que l’endroit est maintenant bien habité. Il faut éviter de faire trop de bruit (surtout durant la nuit) afin de ne pas inquiéter le voisinage. Aménager le terrain adéquatement reste une bonne idée: cela attirera la sympathie (et le soutien, surtout!) du voisinage.

– Si les policiers arrivent, il ne faut pas ouvrir la porte, à moins qu’ils ne détiennent un mandat. Rassurez-les en leur disant qu’aucun crime ne se commet à l’intérieur. Expliquez-leur poliment qu’aucun voleur n’est dans l’immeuble, que vous recherchez plutôt un endroit où vivre. Il est important de spécifier que personne n’a forcé la porte et que les entrées étaient ouvertes.

– Si le propriétaire arrive, il faut négocier avec lui pour rester sur place. Voici comment: dites-lui que l’endroit est vacant depuis un certain temps et que vous pouvez assurer la sécurité des lieux. Promettez-lui (et faites-le) de maintenir les lieux propres et sécuritaires. Il faut lui donner des garanties. Cela peut le convaincre.

– Pour obtenir le téléphone et l’électricité, il suffit de prouver que vous résidez dans l’immeuble. Ces services ne pourront pas vous être refusés, à condition que vous payiez, évidemment.

– Enfin, il faut garder des liens avec des organismes communautaires (ici, le FRAPRU, par exemple) et récolter des appuis.

Bonne chance!