Les Français aussi ont un accent : La France, mode d’emploi
Société

Les Français aussi ont un accent : La France, mode d’emploi

Les Français sont ceci, les Français sont cela. Les Français font comme ci, pas comme ça. Avec son livre Les Français aussi ont un accent, le journaliste JEAN-BENOÎT NADEAU alimente un peu plus l’"affaire Thierry Ardisson" et décortique l’Hexagone comme un anthropologue débarque chez les Yanomani de l’Amazonie inférieure. C’est trop!

Après Céliiiiiiiine, Garou, Lemay, Boulay, Kavanagh et autres binettes du 7 Jours, c’est maintenant au tour du journaliste Jean-Benoît Nadeau de revenir triomphant en sol québécois d’un séjour en France. À la différence près que, lui, il ne s’est pas tapé l’Olympia, mais plutôt des heures de route à parcourir tout l’Hexagone.

Après Denise Bombardier et sa Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde, Jean-Benoît Nadeau vient de traduire dans un livre ce qu’il pense de nos cousins d’outre-Atlantique. Par contre, lui, il le fait avec un peu plus d’humour…

Un peu comme Alexis de Tocqueville, qui a expliqué l’Amérique aux Français, Nadeau, sans se prendre pour lui mais en empruntant sa démarche, s’est donné le mandat d’expliquer la France à l’Amérique, "en portant un regard d’anthropologue débarquant chez les Yanomani de l’Amazonie inférieure"… De cette rencontre de deux ans avec la "Vieille-France" résulte un livre intello-loufoque intitulé Les Français aussi ont un accent (clin d’oeil à Thierry Ardisson), qui en raconte les hauts (la découverte d’un riche terroir et de personnages colorés), les bas (ceux qui se démènent ici pour la recherche d’un appartement ne se sentiront plus seuls), et carrément tout ce qui ne tourne pas rond dans l’Hexagone.

Évidemment, comme bon nombre de Québécois débarquant en France, Nadeau a tôt fait de répertorier dans son bouquin une foule de clichés bien connus: expressions (petit-déjeuner, gosses), douche-téléphone-sans-fixation-au-mur, toilettes à la turque, taxis parisiens. Oui, c’est drôle. Mais est-ce trop facile? Du déjà-vu? "On ne peut pas comprendre une société si on ne s’attaque pas aux stéréotypes existants, parce que les stéréotypes sont la réalité, explique Jean-Benoît Nadeau. Il faut les décoder et les comprendre. C’était mon objectif. Ce n’est pas réducteur. J’ai plutôt essayé de mieux saisir les Français en décortiquant leurs traits."

C’est ainsi que Nadeau est parti, par exemple, des "célèbres" crottes de chiens sur les trottoirs à Paris (!) pour élargir son propos à l’incivisme généralisé des Français (le code de la route qui n’est pas respecté, les gens qui jettent leurs ordures sur le trottoir, etc.), à la police (il n’existe pas de police municipale à Paris, seulement la police nationale qui a d’autres chats à fouetter), à l’administration locale (autonomie restreinte), puis à tout le système politique… "La France a un système centralisé très fort. C’est comme l’Église catholique: un évêque au Québec reçoit ses ordres du pape. C’est comme cela aussi en France." Ainsi, comme il l’écrit, il y a une grande Église (l’État), son pape à deux têtes (président-premier ministre), son esprit sain (la république), sa trinité (Liberté, Égalité, Fraternité), sa curie (le gouvernement), ses évêques (préfets)… "On dit aux Français que les commissions scolaires ont le droit de taxer au Québec et ils virent fou, poursuit Nadeau. Ils ne comprennent plus. Nous avons une liberté politique plus communautaire qu’eux, qui sont dans un système dans lequel la France est gérée comme une colonie de Paris."

Combien de Québécois peuvent se targuer d’avoir séduit un éditeur français avec, entre autres, une théorie basée sur les crottes de chien? Et Payot en plus, sis à Saint-Germain-des-Prés. "Ils ont été intéressés par la regard d’un étranger sur eux", résume l’auteur, qui sait fort bien que les Français aiment se faire dire ce qu’on pense d’eux.

Accent grave
Cette histoire d’amour-haine entre Jean-Benoît Nadeau et la France a commencé en 1998, lorsqu’il a décroché un contrat de deux ans auprès du Institute of Current World Affairs. Son but? Répondre à la question suivante: pourquoi les Français résistent à la mondialisation? "Je m’étais rendu compte que cette question était le préjugé parmi les préjugés, affirme Nadeau. Tous les défauts attribués aux Français étaient contenus dans cette question. Et j’ai vite constaté que c’était une foutaise."

Ainsi, son livre met de côté sa question de départ pour s’ouvrir sur d’autres réflexions. Entre autres, en discutant autant avec des habitants de la France que du Québec, il s’est aperçu que les Québécois éprouvent un complexe d’infériorité à l’égard des Français plus profond qu’il n’y paraît. "Le sentiment d’infériorité se traduit de bien des façons, écrit-il. La télévision française ne se gêne pas pour doubler un Québécois à l’accent un peu lourd. Au Québec, jamais il ne viendrait à l’esprit d’un directeur d’antenne de doubler un Marseillais ou un titi parisien. La raison est simple: la grande majorité des Québécois présume que tout ce qui vient de France est non seulement culturel, mais que c’est la culture, que l’on doit comprendre, parce que c’est forcément mieux. Je sais que c’est une logique de colonisé, mais c’est ainsi."

Selon lui, la France est elle-même responsable de ce sentiment: elle se considère comme LE français, LA source, LA référence. Exemple parmi d’autres, la culture française est définie en France, la francophonie est dirigée par la France, les dictionnaires viennent de France, etc. "Les Français ont un droit de propriété sur cette grande oeuvre d’art qu’est la langue française", écrit simplement Jean-Benoît Nadeau.

D’ailleurs, quoique son livre ait été bien reçu, la tournée médiatique en France ne fut pas toujours facile. Le responsable d’une émission d’Europe 1 a décidé de ne pas réaliser d’entrevue avec lui, prétextant que "les téléspectateurs ne comprendront rien et n’auront pas la patience d’écouter plus de 10 minutes", comme le précise celui à qui l’on a, au pire, reproché ou, au mieux, souligné l’accent.

Pas étonnant alors d’apprendre que la France entretient un culte de la grandeur. "Par exemple, au Canada, s’il prenait l’envie à un politicien de mettre des statues sur un pont et des les faire dorer par-dessus le marché, ce serait la révolte", indique Nadeau. En France, ce geste montre la force de l’État, que l’on aime voir sous toutes sortes de représentations: dans les défilés, dans la stature des hommes politiques, etc.

Pour expliquer ce culte, le journaliste et auteur a créé l’échelle de Nadeau, un "grandeuromètre" pour évaluer la place de chaque citoyen dans la société française. L’échelle va du degré 0, monsieur Tout-le-monde, au degré 5, où l’on désigne non seulement l’individu par un bout de nom ou une abréviation (Bové, Depardieu, PPDA, DSK), mais par un "isme" ajouté au bout de son nom (chiraquisme, jospinisme, gaullisme), indiquant que sa doctrine fait des convertis.

Plus tard au cours de l’année, un autre livre, Sixty Million Frenchmen Can’t Be Wong, permettra à Jean-Benoît Nadeau d’approfondir la chose et d’expliquer aux Américains qui sont les Français. Un thème tout de même plus neuf pour eux: ils ne connaissent pas Ardisson.

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