Société

Droit de cité : De bien tristes personnages

Il y avait de quoi de vulgaire de voir ce gouvernement marcher sur les cadavres des filles de Polytechnique pour sauver ses ambitions personnelles.

De prendre à témoin les survivants des victimes du 6 décembre 1989, ou de toutes autres victimes, pour justifier son incompétence, sa fourberie, sa malhonnêteté (intellectuelle ou autre), son arrogance, sa sottise, sa fanfaronnade, son irresponsabilité.

Dans le cas d’Allan Rock, c’est encore plus mesquin, puisque sa réaction est entièrement animée par le désir de sauver sa candidature à la succession du palmipède boiteux qui clopine pas mal fort ces jours-ci au 24 Sussex Drive, à Ottawa.

"La vie humaine a-t-elle un coût?" a-t-il rétorqué toute la semaine. Au palmarès de la démagogie, on est sacré champion avec une telle distorsion de la réalité. Comme si nous n’avions qu’un choix: la bourse ou la vie! Que de demander un système de contrôle des armes à feu efficace à prix raisonnable, c’est d’exiger le beurre, l’argent du beurre, et le joli minois de la p’tite crémière.

Pire: il ment carrément, quand il affirme que l’efficacité redoutable de son programme a permis de sauver 1240 vies, sans trop qu’on sache d’où il tire (sans mauvais jeu de mots) cette statistique, puisque aucune étude n’a été effectuée à ce jour sur l’efficacité dudit programme. Elle provient probablement des mêmes fonctionnaires qui avaient évalué ces coûts d’implantation. Comme on dit pour les sondages, cette donnée présente une marge d’erreur de plus ou moins 500 %, 19 fois sur 20. Ce qui nous laisse une marge comprise entre deux et 600 000 vies sauvées.

Son évaluation vient probablement des données de Statistique Canada sur les morts reliées aux armes à feu. Mille trois cents en 1989, contre 1000 en 1999. Or, en 1999, la loi n’était pas encore en vigueur (à cette époque, seulement 10 % des propriétaires d’armes avaient fait parvenir leur demande)! Ce n’est qu’à partir de janvier 2001 que les utilisateurs d’armes à feu devaient être dûment identifiés, et à partir de janvier prochain que leurs armes devront être enregistrées. Pour cette baisse, faudra trouver d’autres explications.

C’était franchement obscène et dégoûtant. Martin Cauchon en particulier, qui s’est servi, comme alibi, de la présence dans sa circonscription du lieu de la tragédie, pour cacher l’incompétence de son gouvernement derrière les familles et amis des victimes, devant tous les kodaks nationaux, réunis pour la commémoration de la fusillade. L’air de dire, on doit avoir bien agi, regardez tous ces éplorés.

Or, malgré ses assurances, pareille frivolité dans la gestion du bien public est peut-être en train de tuer cette idée parfaitement défendable du contrôle des armes.

Que le programme soit efficace, ça se peut, on verra à l’usure. Cependant, il est permis d’en douter, selon les révélations de la vérificatrice générale Sheila Fraser. Le fichier mis sur pied par la Gendarmerie royale du Canada, appelé "fichier des personnes d’intérêt relativement aux armes à feu", qui sert à déterminer l’admissibilité des demandeurs de permis de possession d’armes, n’est pas fiable! La GRC croit, tel que rapporté par la vérificatrice, que beaucoup de personnes figurant sur cette base de données ne devraient pas y être et que d’autres, devant y figurer, n’y sont pas. Autrement, de pauvres diables n’ayant rien à se reprocher, se sont vu refuser le privilège de posséder une arme à feu, tandis que d’autres, qui ne devraient jamais s’approcher à moins de 500 mètres d’une arme, astiquent leur canon aujourd’hui avec la bénédiction du ministre de la Justice. La GRC croit que la piètre qualité de ces données "pourrait entraîner un incident tragique et que le corps policier pourrait par conséquent devoir répondre de ses actions devant la justice".

Les ministres aussi, pourrait-on ajouter.

Prix par prix

Selon le Centre canadien des armes à feu, il s’est dépensé 61 millions de dollars (dont 18 millions à Groupaction) en publicité pour vendre le programme aux propriétaires d’armes à feu. Selon le Globe and Mail, Groupaction a reçu un autre 147 975 $ pour l’étude de sites Web traitant de l’enregistrement des armes à feu (et aucun rapport n’a été remis au gouvernement à ce sujet). Ce qui au départ ne devait être que "deux petites cartes à remplir", comme le disait Allan Rock en 1995, s’est transformé en formulaires de quatre pages (maintes fois amendés pour cause de manque de clarté, ou de mauvaise traduction), où plus de 70 renseignements personnels étaient demandés. Comme: Avez-vous eu un échec scolaire? Une peine d’amour? Toutes vos adresses résidentielles des deux dernières années, etc. Les anciens conjoints (de droit ou de fait) devaient aussi remplir leur part du formulaire (nom, adresse, date de naissance, etc.), et approuver la requête du demandeur. Pour traiter ces données considérables, il en a coûté 227 millions de dollars, plus un autre 332 millions de dollars en salaires versés aux employés qui ont examiné ces demandes. L’administration générale du programme a coûté elle-même 66 millions, soit plus de la moitié du coût originalement prévu.

Avec un "e"

À la question quiz de la semaine dernière, "Qui est Steve Penny?", la réponse est: avec un "e". C’est en effet Steve Penney dont il était question, et non Penny, dont on ne se soucie guère de son existence pour deux sous. Steve Penney était un gardien de but du Canadien sorti d’on ne sait plus quel chapeau (la mythologie urbaine laisse entendre qu’il avait été recruté dans les rangs des livreurs de bière), qui, durant les séries de 1984, avait accompli le double des miracles de José Théodore la saison dernière. Deux ans plus tard, il était échangé aux Jets de Winnipeg (en v’là une autre colle pour les plus jeunes!) et est depuis porté disparu quelque part entre Kapuskasing et Flin Flon.