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Société

Alix Laurent : Militant interculturel

La 7e édition de la Semaine d’actions contre le racisme aura lieu du 16 au 26 mars. Alix Laurent, coordonnateur de l’événement, nous parle des nouvelles formes de racisme qui envahissent notre société.

Le racisme, qu’est-ce que c’est?

"Le racisme le plus commun repose souvent sur des clichés: les Noirs seraient paresseux, les Juifs seraient radins, etc. Le plus souvent, c’est de l’ignorance et de la peur. Par exemple, comme les gens ne connaissent pas l’islam, depuis le 11 septembre, ils croient que tous les musulmans sont des criminels et cette méfiance rejaillit sous forme de discrimination. On peut facilement venir à bout de ces préjugés par l’éducation. Le vrai raciste dangereux, c’est celui qui est conscient et qui agit dans un sens politique, comme Jean-Marie Le Pen en France, par exemple."

Votre campagne de publicité semble bien pessimiste: le seul endroit exempt de racisme serait la Lune! Existe-t-il des zones libres de racisme plus terrestres?

"Je crois que tout un chacun aspire à découvrir de tels espaces aujourd’hui. Alors peut-être qu’en dénuant notre esprit de toute forme de racisme, on peut contribuer à créer ces zones. Les institutions publiques, les administrations des villes essaient d’agir dans ce sens. Les villes sont de véritables laboratoires sur ce point: c’est là que les populations se mêlent, se découvrent. Cela provoque des crises, bien sûr, mais cela pousse tout le monde à évoluer, à trouver des terrains d’entente et à s’habituer à la différence. Pendant cette semaine d’actions, nous allons recevoir de jeunes militants des milieux associatifs de Belgique, de Suisse et de France qui vont venir discuter avec de jeunes Québécois afin de mettre au point une liste de critères pour qu’une ville devienne une zone libre de racisme et établir un palmarès des grandes cités mondiales en voie d’y parvenir."

Dans le Québec d’aujourd’hui, comment le racisme se manifeste-t-il?

"Depuis une quarantaine d’années, les gens sont de plus en plus ouverts à la différence. Nous aspirons à une société interculturelle où chaque communauté pourrait vivre harmonieusement avec les autres et il y a des lois pour protéger les droits de la personne. En apparence, tout va bien. Mais en réalité, il y a toujours un problème majeur au Québec: une intolérance ouverte envers les populations autochtones, fruit de l’ostracisme dont elles ont été victimes pendant des décennies. Outre cette question récurrente, on voit apparaître de nouvelles formes de racisme plus subtiles, plus sournoises, moins clairement identifiables. De nombreuses personnes se voient refuser un emploi ou un logement à cause de leur couleur de peau. Il est difficile de lutter contre ces discriminations car elles sont moins ouvertement violentes et les populations les plus touchées sont souvent des immigrants qui ne connaissent pas leurs droits."

Que pensez-vous des crises qui agitent la société québécoise à propos du port du voile ou du kirpan dans les lieux publics?

"Certaines personnes refusent d’accepter les valeurs de la société dans laquelle elles vivent au profit de leur religion. C’est une forme d’auto-exclusion liée au racisme qui se développe dangereusement de nos jours. Un exemple: une femme qui prend le métro avec sa burqa va devenir le point de mire de l’attention de tous les passagers. Elle va penser que la société québécoise la rejette, ne l’accepte pas à cause de sa différence. Les passagers, quant à eux, vont croire qu’en se cachant le visage, elle refuse de communiquer, car le regard est très important dans nos sociétés occidentales. Il y a un équilibre à trouver afin de supprimer les tensions: chacun doit pouvoir s’accommoder raisonnablement aux coutumes de l’autre."

Comment la Semaine d’actions contre le racisme peut-elle changer les choses?

"Ce que nous offrons, c’est un espace de discussion, un temps pour s’interroger sur cette problématique qui fait partie de notre quotidien. Cette année, nous lançons la première édition du Festival de films sur les droits de la personne, il y aura des débats, des conférences, des concerts, des spectacles humoristiques: nous voulons que les gens puissent s’exprimer librement sur ce problème. Je pense sincèrement que cela peut faire évoluer les choses. Lors de la première édition, nous avons remarqué que les gens n’osaient pas parler ouvertement car le racisme, c’est un mot tabou. C’est par le débat qu’on peut faire évoluer le monde. La preuve: c’est comme ça qu’on a réussi à éliminer l’esclavage."

Pour obtenir la programmation de la Semaine d’actions contre le racisme: www.inforacisme.com

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