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Société

Pop Culture : « Renchausser » l’espoir

Chaque pas qui est fait prend sa source dans un désir d’avancer. Si tu ne ressens pas ce besoin, tu n’avances pas. Tu stagnes. Puis tu t’écrases. En d’autres mots, tu sais que c’est l’espoir qui fait progresser. "Faut renchausser l’espoir/Même s’il nous joue des tours." C’est Richard Desjardins qui te rentre ces deux vers comme des clous dans la tête. ("Notre-Dame des Scories", Kanasuta) Alors, tu te mets à écrire une chronique pour "renchausser" l’espoir. Du mieux que tu peux. Juste au cas où tu serais capable. Juste au cas où l’une de tes phrases aurait une résonnance particulière pour quelqu’un. Le monde aurait un peu changé.

LE PASSE-PARTOUT DE LA SEMAINE

Nous étions nombreux à avoir vu venir le phénomène Passe-Partout. Mais c’est au-delà de tout ce que nous avions prévu – je crois que même les plus folles prévisions avaient sous-estimé la totale adhésion de ma génération à cette étiquette identitaire. En effet, les seuls sons de cloche dissonants dont j’ai eu connaissance provenaient de représentants d’une autre génération… Il y a une telle identification de notre part à cet univers éclaté qu’il est difficile de prendre le recul qu’il faut pour bien analyser la situation. Mais elle prouve sans contredit cette idée d’une tendance exacerbée à la nostalgie qui serait caractéristique de ma génération.

Cette semaine, on se gargarise de nos comptines d’enfants pour célébrer notre passé de poussinots. Et c’est bien ainsi. On a le droit d’avoir un frisson en regardant derrière soi. On a aussi le droit d’aimer ce frisson et de l’alimenter à l’occasion. Avec la sortie du DVD de Passe-Partout, on fait une boucle sur notre passé pour en apprécier quelques bons moments. Peut-être aussi pour que ressurgisse quelque serrement de gorge… Je me souviendrai probablement toujours de mon premier véritable deuil, lorsqu’au lendemain du décès de Fardoche, ma mère avait mis des gants blancs pour m’annoncer la triste nouvelle. Et elle m’avait acheté quelques friandises pour faire passer l’amertume. Passe-Partout, c’était plus qu’une simple émission éducative, n’en déplaise à ses détracteurs.

Je ne me permettrai pas de profiter plus de la déferlante. Car c’est bien beau tout ça, mais il faut prendre garde de ne pas s’égarer: être nostalgique, ce n’est pas être passéiste… Pas que la nostalgie soit mauvaise en soi, mais il faut se tourner résolument vers l’avenir pour éviter un repli dommageable. Passe-Partout, c’était bien beau au début des années 80, mais la télévision a continué d’évoluer depuis. Et nous aussi. Et là s’élargit mon discours à toutes les générations.

UN PAS EN ARRIÈRE POUR L’ÉLAN

Si j’aime replonger dans mes souvenirs d’enfant, il me semble important de savoir se projeter vers l’avenir. Prendre conscience de l’importance de chaque geste que l’on fait. Notre culture – j’entends par cela la façon dont la culture s’inscrit dans notre mode de vie au Saguenay-Lac-Saint-Jean – me semble plus que jamais précaire. J’ai vu mourir de nombreuses initiatives régionales dans le Bas-Saint-Laurent, dans mon jeune temps. Quand je me suis installé à Saguenay, j’étais ébaubi devant la vigueur du fait culturel. Pourtant, j’ai vu des châteaux s’effondrer ici aussi, des initiatives prendre le chemin des oubliettes. Et franchement, souvent, ça m’inquiète.

Tout n’est pas si sombre qu’on cherche parfois à nous le faire croire, grâce, entre autres, à une quantité phénoménale d’artistes et d’intervenants culturels qui font quelques chatouilles à notre culture régionale pour la faire frissonner, la garder alerte. Impossible de tous les nommer – heureusement! -, mais nous pouvons tout de même les remercier. Et surtout, les imiter.

Chaque mot qui est dit, chaque pas qui est fait est un choix qui pourrait avoir une incidence importante sur notre avenir – en tant qu’individu comme en tant que société. Je sais, je sais. Je prêche à des convertis. Si vous prenez la peine de cueillir ce journal, ne serait-ce que pour le feuilleter, c’est que vous êtes déjà sensibles au fait culturel. Vous savez que chaque geste peut servir d’exemple, même de façon inconsciente, pour ceux qui suivent. Rien n’est inutile si on vise plus loin. L’important, c’est de se projeter, de DEVENIR.

Chaque pas qui est fait prend sa source dans un désir d’avancer. Si on ne ressent pas ce besoin, on n’avance pas. Et ce désir ne peut surgir que si on pense à l’avenir. Alors, on se donne rendez-vous.

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