J'aurais voulu être un artiste…
Société

J’aurais voulu être un artiste…

Pas facile de faire sa vie dans les métiers des arts. Au-delà de la formation, c’est souvent en tant que travailleur autonome qu’on débute dans le marché du travail. On doit ainsi créer ses propres occasions pour réussir à s’imposer sur le marché local, national ou international.

Les diplômés de l’École de joaillerie de Québec en savent quelque chose. "À cette école, on nous a formés, pas à être des techniciens en joaillerie, mais plutôt à devenir notre propre patron", note Valérie Vézina, finissante à cet établissement il y a quelques années. En fait, c’est qu’en plus de l’apprentissage des techniques de la joaillerie, des cours en gestion d’entreprise et en comptabilité ont été ajoutés au cursus de formation.

Ainsi, au sortir de l’école, en compagnie de deux amies, Sophie Bélanger et Catherine Sheedy, elle a préparé un plan d’affaires en vue de lancer une entreprise: les Ateliers Vif-Argent. "On n’avait pas été formées pour travailler comme joaillières dans des entreprises. Si on voulait travailler, il fallait qu’on soit à notre compte", poursuit Valérie Vézina. Le processus n’a pas été facile. "Il faut avoir de la patience, savoir ce qu’on veut, être prêt à faire des sacrifices. Et ça prend beaucoup de temps", relate-t-elle. Ces sacrifices sont rendus possibles par le plaisir qu’on prend à travailler. Il faut dire que pour Valérie Vézina, diplômée en histoire de l’art, ça a été le coup de foudre avec le métier de joaillière. "Ça faisait trois ans que j’étudiais les fondements et les théories de l’art. Ça m’a donné le goût de travailler l’art moi-même, de travailler les métaux", se souvient-elle.

Ce travail de création se retrouve, bien entendu, au coeur de l’entreprise qu’elles ont créée, au coeur du travail de joaillière, qui demande lui aussi patience et surtout minutie. "On travaille avec des choses très petites. Ça ne marche pas toujours comme on veut. De plus, on rivalise tout de même avec des produits qui sont faits à la machine, dont la qualité est souvent irréprochable. Il faut que ce soit la même chose avec ce qui est fait à la main", explique la joaillière.

FAIRE SA PLACE

Cette nécessité de faire sa place est due au statut de travailleur autonome des artistes. Ainsi, selon le comédien Vincent Champoux, au-delà des rôles offerts, des propositions, il faut d’abord et avant tout être prêt à se créer de l’emploi soi-même, à démarrer ses projets, à s’ouvrir aux autres, à faire des rencontres. "Il faut aussi développer plusieurs cordes à son arc", remarque-t-il. Lui s’intéresse également à la mise en scène, à l’écriture ou encore au graphisme. "Et aussi, comme travailleur autonome, il faut vendre le produit que l’on a à vendre… Et le produit, c’est toi", poursuit-il.

Mais comme dans tout bon métier, le plaisir doit être au rendez-vous. "Le plaisir donne la volonté de se dépasser, de faire plus, de faire mieux", note M. Champoux. Dans les dernières années, il a tranquillement réussi à faire son chemin dans le milieu théâtral, tout récemment avec sa création La Chambre d’amis. Mais le métier de comédien requiert aussi "d’être capable de travailler sur soi, de prendre les commentaires et d’être prêt à se voir d’un autre oeil", poursuit le comédien.

Sa vocation, c’est à travers le théâtre amateur qu’il l’a trouvée. "C’est un peu la base d’un cheminement artistique: un noyau de passionnés qui décident ensemble de triper et qui se disent: "On pourrait pousser ça un peu"", explique-t-il. Il décide donc, après un an d’études en création littéraire, de tenter sa chance au Conservatoire d’art dramatique de Québec, où il est accepté. "À l’époque, je n’osais pas penser que j’avais ma place dans le milieu. C’est rendu à l’école que j’ai réalisé que c’était ça que je voulais faire", dit-il. D’ailleurs, il souligne que, pour quelqu’un qui veut jouer sur la scène théâtrale, les écoles comme le Conservatoire ou l’École nationale deviennent pratiquement incontournables.

L’EXPÉRIENCE SUR LE TERRAIN

Toutefois, pour Jonathan Pichette, éclairagiste, c’est d’abord l’expérience sur le terrain qui importe. "Au cégep de Limoilou, 50 % de ce que j’ai appris, je l’ai appris à l’école. L’autre 50 %, c’est avec l’équipe technique que je l’ai assimilé", estime-t-il. Tout au long de sa formation en techniques audiovisuelles, il a ainsi travaillé autant en tant que pigiste au sein d’équipes d’éclairage qu’avec l’équipe technique du cégep. "Disons que si je n’avais pas eu l’école, je ne serais pas où je suis, mais que si j’avais eu juste l’école, je ne serais pas là non plus", poursuit M. Pichette.

Récemment, il a démarré, avec quelques amis, une entreprise d’éclairage, Tek-Show. Forte d’une technologie basée sur les LED, l’entreprise a d’ailleurs rapidement réussi à faire sa place sur le marché, et son équipe a été appelée à composer des éclairages pour plusieurs événements d’envergure, tels le Festival d’été de Québec ou encore les JUNO Music Awards.

Quand on se lance dans le métier, il faut être prêt à y mettre le temps nécessaire, selon Jonathan Pichette. Parfois avec des semaines qui vont jusqu’à une soixantaine d’heures. Au-delà de ce désir du travail, ce qu’il recherche particulièrement chez un bon éclairagiste, c’est une bonne attitude, "dans le sens où il faut que tu sois allumé, passionné". "Ça prend aussi quelqu’un de minutieux, tout en étant créatif: le travail d’éclairagiste, c’est un peu comme celui du peintre", ajoute-t-il.

Dans tout ça, l’essentiel reste de prendre de l’expérience pour éventuellement faire sa place, selon lui: "Il ne faut pas arrêter de s’intéresser. Il faut aller voir les concepteurs du show, s’informer, aller voir les spectacles. On commence au bas de l’échelle, et c’est là qu’on commence à apprendre", ajoute-t-il.

CRÉER LES OCCASIONS

Bien entendu, dans tout ça, il y a une question de timing, d’occasions à saisir, qui n’est pas à négliger, quitte à brusquer le processus de formation. C’est du moins ce qui est arrivé à Nicolas Jobin, fondateur du Consort contemporain de Québec, qui, après une technique en musique au cégep de Sainte-Foy, a quitté le Conservatoire de musique de Québec, où il étudiait en composition, pour pouvoir répondre à l’appel du milieu. "Plus ça allait, plus on me sollicitait pour des pièces pour le théâtre, le cinéma, ou pour des arrangements pour le Consort. J’ai mis les pieds dans le métier un peu plus tôt que prévu", se rappelle-t-il.

Ces occasions, il faut toutefois les générer, les favoriser. "Après le cégep, c’est là que j’ai fondé le Consort. J’ai voulu trouver une façon de me faire jouer. Je me suis fait jouer et il y a des gens qui m’ont entendu et qui m’ont demandé de travailler pour eux. C’est une question de faire entendre ce qu’on fait et d’aller de l’avant", poursuit Nicolas Jobin. Le processus de mise en place du Consort s’est étendu sur deux ans. Le temps de rassembler l’équipe et aussi de mettre en place la machine. "Maintenant, on en est arrivés au point où on peut se concentrer sur la musique", considère-t-il.

Selon M. Jobin, Québec est un terrain d’exercice particulièrement stimulant. "Il faut d’abord reconnaître Québec pour ce qu’elle est: une ville où il y a énormément de possibilités, mais très peu de tradition. Ça devient un peu comme une page blanche pour créer, c’est facile d’arriver avec une place où s’établir. Et on est en mesure d’y toucher un peu à tout", estime-t-il. Mais, pour y arriver, c’est aussi la persévérance qui doit être à l’ordre du jour. "Il faut conserver sa façon de faire, mais aussi s’adapter au public, et persévérer jusqu’à ce qu’il y ait des portes qui s’ouvrent", conclut-il.

Techniques de métiers d’art, Option joaillerie
Cégep de Limoilou (Campus de Québec )
en collaboration avec:
École de Joaillerie de Québec
http://www.climoilou.qc.ca

Conservatoire d’art dramatique de Québec
http://www.conservatoire.gouv.qc.ca/cadq/index.asp

Conservatoire de musique de Québec
http://www.conservatoire.gouv.qc.ca/quebec/index.asp