Spectrum : Coupe le son
Société

Spectrum : Coupe le son

La mort du Spectrum était annoncée depuis un an. Une fois la nostalgie passée, on réalise qu’il pourrait s’agir d’un mal pour un bien.

En sursis depuis trois ans, le Spectrum de Montréal fermera finalement ses portes cette semaine. En 25 ans de spectacles, l’enceinte de la rue Sainte-Catherine a notamment vu passer les Michel Rivard, R.E.M., Radiohead, Jean Leloup, Richard Séguin, Ramones et Miles Davis. Pas étonnant que la nostalgie s’empare de certains artistes, producteurs de spectacles et mélomanes qui y ont vécu leur part de moments magiques. Mais le Montréal culturel de 1983, année où The Police enregistrait au Spectrum un concert télévisé avant de se produire au Stade olympique, n’a plus rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Et force est d’admettre que le Spectrum est devenu désuet.

"À l’époque, il venait répondre à un besoin criant", explique André Ménard, vice-président aux salles et spectacles chez Spectra, qui gère le Spectrum. "Montréal n’avait pas de salle de concert offrant un équipement de son et de lumière. Un groupe pouvait louer la Place des Arts ou le Théâtre St-Denis, mais il devait fournir son kit de son, ce qui gonflait la facture pour un producteur. Au début des années 80, le Spectrum offrait enfin une alternative. Une salle accessible qui, à un montant de location raisonnable, venait avec tout le nécessaire pour tenir un spectacle: des haut-parleurs aux barmaids."

Aujourd’hui, la ville regorge de lieux de diffusion. L’Olympia a été rénové. Les Saints a fait son apparition dans le sous-sol de l’ancien Dôme. Le Club Soda a fait peau neuve. Et en moins de trois ans, La Compagnie Larivée Cabot Champagne, propriétaire des disques La Tribu, a ouvert La Tulipe, Le National et Le Gymnase (qui se remet des dommages causés par l’incendie fatal pour ses voisins: L’ Barouf et le Continental). Ajoutez la cure de rajeunissement qu’a reçue le Métropolis il y a quatre ans, et le Spectrum (1200 places) apparaît comme une salle en piteux état. La sonorisation y est déficiente et le toit coule. Architecturalement, on parle d’une boîte de tôle. Pas d’un bâtiment historique comme le Corona ou Le National.

"Spectra ne voulait pas dépenser pour le rénover, car nous savions que le bâtiment allait être détruit. Les sous (près d’un million de dollars), nous les avons investis en études et en plans afin de reconstruire la salle à son emplacement actuel." André fait référence au Complexe Spectrum qui, après des années de gestation, est mort dans l’oeuf, faute de partenaire financier. Vraisemblablement, c’est un magasin Best Buy qui ouvrira ses portes au 318 Sainte-Catherine Ouest.

L’échec du Complexe Spectrum a rendu André Ménard amer. Désabusé, il ne s’enthousiasme guère des rumeurs persistantes voulant que le Spectrum puisse renaître juste en face, dans un complexe érigé sur l’îlot Balmoral. Propriétaire de la partie sud du terrain, là où se trouve l’édifice Wilder, la Société immobilière du Québec (SIQ) souhaite que l’îlot garde sa vocation culturelle. Selon Pierre-Louis Dufresne, directeur des communications à la SIQ, le gouvernement serait même prêt à vendre sa portion au propriétaire de la partie nord, la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), si l’on respecte cette volonté. Une bonne nouvelle pour le Spectrum puisque la SHDM est liée à Spectra par une entente signée spécifiant que tout projet sur l’îlot Balmoral doit comprendre la construction d’une salle de spectacle en remplacement du Spectrum. "Nous nous sommes engagés à faire les meilleurs efforts pour doter le Quartier des spectacles d’un espace pouvant remplacer le Spectrum et assurer une Place des festivals, soutient Stéphanie Gareau, porte-parole de la SHDM. Mais le financement du projet devra se faire à partir de fonds privés."

"Est-ce qu’ils trouveront les sous?" se demande André Ménard. Un article publié dans Le Devoir en juin révélait que l’entreprise canadienne-anglaise de communications Rogers serait prête à financer l’un des trois projets de construction soumis à la SHDM.

En attendant de savoir si le Spectrum sera reconstruit – on risque de nous faire languir encore longtemps -, une autre salle pourrait naître au centre-ville. Gilles Laberge, qui gère aussi le bar Le Dagobert à Québec, souhaite ouvrir une discothèque de 700 places et une salle de spectacle de 800 places situées dans l’ancien bar afterhours Aria, rue Berri. Mais pour Nancy Ross des Productions Greenland, qui organisent bon nombre de spectacles dans la Métropole, "Montréal a besoin d’une salle d’une capacité de 1000/1500 personnes. Même si le Spectrum n’était pas moderne, les groupes aimaient y jouer. Nous nous rabattons présentement sur le Club Soda (850 places) et le Métropolis (2200 places), mais il est de plus en plus difficile d’y trouver des soirs libres."

"Le Spectrum était trop malade pour poursuivre son aventure, avoue André Ménard. Il serait en meilleure santé sur l’îlot Balmoral, mais en attendant, ça va faire mal au coeur de voir du plywood dans ses fenêtres."

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Spectra soulignera la fermeture du Spectrum le 5 août à 23h lors d’une soirée gratuite. Des extraits vidéo relatant les moments qui ont marqué l’histoire de la salle y seront projetés sur écran géant, et Michel Rivard, le seul artiste à avoir foulé la scène de l’enceinte plus de 100 fois, y fera un dernier tour de piste. La fête se poursuivra ensuite jusqu’aux petites heures, sous les auspices du D.J. Ghislain Poirier.

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