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Société

Gonzalo Lizarralde : La politique du moins pire

Conférencier invité au colloque "Reconstruire Haïti – Horizon 2030", le professeur à l’école d’architecture de l’Université de Montréal Gonzalo Lizarralde, coauteur du livre Reconstruire après les désastres, met en garde contre la tentation à la simplification et l’utopie du "repartir à zéro".

Construire, c’est bien, mais avec ce qu’était Haïti avant le tremblement de terre du 12 janvier et ce que sont les Haïtiens, sans quoi nous courons à la catastrophe. C’est, en substance, le message que compte livrer Gonzalo Lizarralde lors du colloque organisé cette semaine par le Groupe de réflexion et d’action pour la reconstruction d’Haïti. Une tâche "extrêmement complexe", explique le directeur du Groupe de recherche If, grif, qui oblige les puissances occidentales à faire fi de réflexes naturels nuisibles à long terme.

"Le danger est de vouloir simplifier la problématique pour obtenir des solutions rapides et fragmentaires. On le voit déjà à l’oeuvre sur le terrain: une ONG construit une salle de classe, une autre, un centre communautaire, mais elles perdent de vue que tous ces éléments sont inter-reliés. Elles privilégient par ailleurs les projets visibles, au détriment des infrastructures: c’est beaucoup plus sexy de construire une maison qu’un égout! À long terme, même avec les meilleures intentions du monde, cette attitude est dangereuse pour Haïti." Et Gonzalo Lizarralde d’ajouter: "Les habitants qui construisent de manière informelle ne font pas ce type d’erreur: ils suivent une logique pertinente, qui consiste principalement à éviter l’isolement, l’éloignement des infrastructures. Ils s’installent à côté du palais présidentiel, pas sur les terrains éloignés des services!"

Respecter les spécificités

À vouloir trop bien faire, dit-il, on empire les choses: "Pour construire il est tentant d’aller chercher des compagnies fiables afin d’éviter la corruption, endémique, il est vrai, en Haïti. Mais ce faisant, on concentre l’argent entre quelques mains seulement, et d’abord au sein d’entreprises étrangères. On voit déjà venir des firmes canadiennes et américaines sur le terrain. Ces contrats ne bénéficieront pas complètement à l’économie locale. Il est impératif de segmenter les investissements, mais avec une vue cohérente, en engageant aussi le secteur informel. De toute façon, les gens sont déjà en train de reconstruire, alors autant les impliquer, même si c’est plus compliqué et que le coût est élevé. Si on ne le fait pas, au prochain tremblement de terre, on va vivre la même chose."

La solution, selon Gonzalo Lizarralde: encadrer, informer, appuyer, donner du financement aux initiatives locales et ne pas croire qu’on va repartir de zéro. "C’est une utopie totale. Il faut s’appuyer sur les infrastructures déjà existantes, même imparfaites, et respecter les spécificités haïtiennes, en donnant la priorité, par exemple, à la proximité des liens familiaux, ce qui exclut la logique de l’étalement urbain. Au Honduras, on a vu les conséquences des déplacements massifs en périphérie: quatre ans après l’ouragan Mitch, le chômage avait atteint plus de 40 %. La question est: va-t-on tirer avantage de la situation actuelle pour que les Haïtiens commencent à suivre certains standards de construction?"

Reconstruire Haïti – Horizon 2030
Les 4 et 5 mars, à l’École Polytechnique
Ouvert au public. Info: www.haiti-grahn.org.

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