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Société

Julie Artacho et Sarianne Cormier : Les filles éclectiques

Respectivement photographe et comédienne, Julie Artacho et Sarianne Cormier créent la première communauté multidisciplinaire de femmes artistes de la relève: Nous sommes les filles. Action de grâce.

Par la magie Facebook, la nouvelle vient jusqu’à nos oreilles: un regroupement de jeunes femmes artistes est en train de se constituer avec pour objectif de mettre de l’avant les talents de la relève féminine. À peine mis sur pied – le site a été officiellement lancé cette semaine -, Nous sommes les filles compte plus de 600 fans sur sa page FB. Une gageure et une surprise totale pour ses cofondatrices, la photographe Julie Artacho et la comédienne et réalisatrice Sarianne Cormier. 27 et 28 ans et une jovialité à toute épreuve.

"Déjà 600 personnes qui nous aiment aveuglément, c’est fou, non?" nous balancent-elles d’emblée, café en main et le sourire solidement vissé au visage. Emballant, le projet a suscité l’intérêt d’une centaine d’artistes: actrices, réalisatrices, chorégraphes, photographes, productrices, programmatrices, danseuses, artistes visuelles, performeuses, auteures, dramaturges, designers, joaillières, chanteuses, metteures en scène, parmi lesquelles la chanteuse Katie Moore, la designer Valérie Dumaine, la bédéiste Zviane ou encore Mylène St-Sauveur, qui tient un rôle principal dans le film Sur le rythme. Toutes se font tirer le portrait par Julie et bénéficient pour quelques jours d’une visibilité sur le site Web noussommeslesfilles.com. "Au départ, on voulait faire appel à des rédacteurs pour écrire les bios. Et puis on s’est dit que les meilleures personnes pour parler de leur réalité restaient les artistes elles-mêmes."

Elles déballent l’histoire du groupe: "L’idée a germé à l’automne 2010, raconte encore Julie, qui possède son propre studio de photo, le Zèbre blanc. Dans les mois qui ont suivi, elle s’est imposée tout doucement, mais j’étais occupée à tomber en amour, alors… Et puis j’ai rencontré Sarianne. En fait, on s’était déjà croisées des dizaines de fois sans le savoir, une drôle d’histoire…" Des amis communs, la même énergie, une rencontre autour d’un café font le reste: "Julie avait déjà cette idée de portraitiser chacune des artistes en accompagnant la photo d’un texte explicatif, ajoute Sarianne – plusieurs rôles pour la télévision, le cinéma et le théâtre, une compagnie de théâtre, Les Filles Canons, et bientôt un premier court métrage à son actif. On a créé la structure rapidement, on a envoyé nos premiers questionnaires à nos artistes coups de coeur, et voilà!"

L’union fait la force

Voilà: conçue comme une vitrine pour les nouveaux talents, la plateforme s’impose naturellement comme le premier réseau interdisciplinaire pour femmes artistes. Idée dont Julie et Sarianne, pas franchement féministes mais pas naïves pour autant, conçoivent l’importance: "Pendant ma formation au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, nous étions vingt filles pour trois gars, remarque Sarianne. Je me demande parfois où elles sont passées, et pourquoi on en trouve aussi peu à la réalisation de longs métrages, ou à la mise en scène."

Même constat pour Julie, qui déplore que la photo de mode soit un domaine qui reflète "principalement la vision masculine, dans une industrie pourtant faite au Québec par et pour les femmes". Et de lancer: "J’ai lu un article une fois sur Perrine Leblanc, qui a reçu le Grand Prix du livre de Montréal pour son premier ouvrage, L’homme blanc. Dans les commentaires, un lecteur se demandait si elle aurait été publiée étant moins jolie. Cette fille a fait des années de recherches, de travail, elle est éditée en Europe par Gallimard, je veux dire…"

Le laïus s’arrête là. "C’est d’abord une initiative portée par les projets. J’aime bien la notion de famille artistique, à l’intérieur de laquelle on s’entraide, on échange." Sarianne rigole: "L’union fait la force!" La dynamique séduit: "Avec Nous sommes les filles, ce qui est mis en valeur, ce sont nos oeuvres, explique Anne Émond. La réalisatrice, qui présente cet automne son premier long métrage, Nuit #1, à Toronto, hésite encore à s’inscrire dans le mouvement des Réalisatrices équitables, mais n’a pas tergiversé une seule seconde face à la proposition de Julie et Sarianne: "Il y a les photos de Julie, dont j’adore le travail, et puis le fait que c’est à nous de convaincre le public, d’expliquer pourquoi on devrait s’intéresser à nous. Elles font oeuvre de féminisme par la démonstration, pas par la revendication."

Construire des ponts

Convaincre pour s’imposer. "La seule chose que j’oserais conseiller, c’est de passer à l’action, ajoute Marie-Ève Huot, comédienne et metteure en scène de théâtre. Je me sens privilégiée, cette saison je joue au Théâtre d’Aujourd’hui (dans Princesses, de Catherine Léger), je signe une mise en scène pour le Carrousel, ma compagnie (le Théâtre Ébouriffé) est reçue à la Maison Théâtre. Je travaille 70 heures par semaine et on me donne ma place. Mais je sais que si des femmes comme Suzanne Lebeau ont une voix très forte dans le domaine du théâtre jeune public, dans le théâtre en général, on ne leur fait pas assez confiance, peut-être parce qu’on a peur de la sensibilité féminine."

Même constat d’une époque à l’autre. Discours différent: "La nouvelle génération n’a d’autre choix que d’être proactive. Tout est déjà saturé, nous travaillons souvent dans la précarité. Alors il faut créer, inventer." Avec le réseau comme support: "Les choses changent doucement, les filles sont de plus en plus présentes derrière la caméra, dit Anne Émond. Mais elles ont encore besoin de se soutenir entre elles, et c’est ce qui m’intéresse dans le groupe Nous sommes les filles, la possibilité de trouver des collaboratrices de talent pour mes projets." Marie-Ève renchérit: "La mise en commun des savoirs et des ressources est primordiale et correspond très bien aux modes d’action de la nouvelle génération. Comme disait Isaac Newton, les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts."

www.noussommeslesfilles.com

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