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Femmes innues en marche : Je marche à toi
22 avril 2012

Femmes innues en marche : Je marche à toi

Mobilisées et inquiètes, des femmes innues marchent jusqu’à nous pour le Jour de la Terre. Leurs craintes sont aussi les  nôtres.

« Lorsque nos ancêtres descendaient le territoire, ils se faisaient fusiller par les gardes-chasse », raconte Clémence Simon, directrice d’un centre d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale à Uashat, une réserve innue de la Côte-Nord, parente avec celle de Maliotenam. « Aujourd’hui, on doit encore lutter, et on se demande si les générations futures subiront le même sort. Est-ce que ça va s’arrêter un jour? Allons-nous atteindre un certain équilibre au sein de la société? »

L’Innue fait partie de ce groupe de femmes autochtones qui a récemment entrepris un long pèlerinage vers Montréal, en prévision du Jour de la Terre. « Ça va bien. On fait de 50 à 60 km par jour. » Sur leur route, aucun garde-chasse, mais beaucoup de soutien. Au départ, elles étaient 14 marcheuses. À moins d’une semaine de leur arrivée, elles sont plus de 40.

Par cette marche, ces femmes du Nord veulent livrer un message au Sud. Sur le Nitassinan, Hydro-Québec poursuit son chantier de la Romaine, sans l’accord de la population locale. « Le Nitassinan est plein de richesses, mais c’est notre territoire. On est en train de nous voler. On a protesté en faisant un blocus sur la route 138. Ensuite, il y a eu des injonctions. C’est un peu comme si Hydro-Québec voulait prendre la communauté en otage, pour éviter de retarder ses travaux. »

« Avec le Plan Nord qui s’en vient, on tente quelque chose pour arrêter ça. On veut être écoutés, compris, respectés. On demande à s’asseoir avec le gouvernement pour lui signifier que les Premières Nations existent. Ça fait longtemps qu’on existe, et ça fait longtemps qu’il brime nos droits. »

À l’occasion du Jour de la Terre, la lutte de Clémence Simon et de son peuple cristallise certaines craintes des Québécois. « De génération en génération, on nous a enseigné de toujours protéger le Nitassinan. Ne jamais le vendre, ne jamais le céder. Si on ne stoppe pas ça, d’autres viendront sur notre territoire pour le détruire petit à petit. Notre peuple est lié au Nitassinan. C’est notre histoire, notre identité. On craint l’extinction de notre nation. »