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Sociofinancement : Mythe ou réalité?
Sociofinancement

Sociofinancement : Mythe ou réalité?

Années grises pour la culture en raison des compressions de l’honorable Stephen Harper et son gouvernement, la deuxième décennie du troisième millénaire est aussi celle de la débrouillardise pour quiconque voulant subventionner son art. Vue d’ensemble des mesures alternatives adoptées par les créateurs de Québec.

Le réalisateur américain Zach Braff l’a fait pour le long métrage qui succédera à Garden State et les artisans du film Veronica Mars aussi. À l’ère du web 2.0, de Facebook, Twitter et les autres, nombreux sont ceux qui se servent du crowdfunding pour apporter de l’eau au moulin. Les plateformes sont multiples: Indiegogo et Kickstarter à l’international, La Ruche et Fonpop plus près de chez nous. Mais les success-stories sont-elles envisageables pour les âmes créatives basées à Québec? Pas si sûr, si on en croit le témoignage du comédien Charles-Étienne Beaulne qui s’en est servi pour mettre au monde son adaptation théâtrale du film Trainspotting présentée à Premier Acte en avril dernier. «Notre objectif était de 2000$ et on est arrivés sur la fesse. Indiegogo à Québec, c’est pas super lucratif. Je suis quand même très content de l’avoir fait, parce que ça a permis à mes amis et membres de ma famille qui ne peuvent pas venir me voir jouer de m’aider. Mais j’hésite à répéter l’expérience, parce que je vais devoir écoeurer les mêmes personnes.»

Ce qui n’empêche pas d’autres artistes d’ici de tenter leur chance. Le cinéaste Elias Djemil est l’un d’eux, puisqu’il s’en est servi pour la production des courts métrages Gens du pays et Le Camarade. La danseuse Marie-Michèle Gagnon – diplômée de l’École de danse de Québec – a quant à elle réussi à amasser un peu plus de 600 livres sterling sur les 4000 demandées en vue de son inscription au programme de danse contemporaine du Trinity Laban Conservatoire of Music and Dance de Londres. «Ce qui est bien avec Indiegogo, et contrairement à d’autres sites, c’est que tu peux récupérer l’argent amassé même si tu n’as pas atteint l’objectif», explique Djemil qui a lui-même été incapable d’atteindre les montants désirés pour ses deux courts métrages. «Le reste, on l’a déboursé de nos poches.»

La fourmillante scène indie rock de Québec n’y échappe pas. Côté musique, les membres du groupe électro jazz X-Ray Zebras se lanceront quant à eux dans le crowdsharing dès cet automne, un dérivé de la production communautaire dite plus traditionnelle. «On va donner un album à ceux qui seront capables de prouver qu’ils ont partagé notre musique sur les réseaux sociaux. Tout ce qu’on leur demande, c’est de nous envoyer un screenshot. En retour, on leur donnera aussi un code de téléchargement pour qu’ils fassent découvrir notre musique à quelqu’un d’autre», explique Antoine Bordeleau, guitariste, chanteur et claviériste de la formation dont quelques membres résident, pratiquent et enregistrent au Pantoum. Autrement dit, leurs fans deviennent leurs mécènes de la plug. L’objectif? Créer un engouement viral pour leur musique mais, surtout, agrandir leur crowd potentielle en vue des concerts.

Les bonnes vieilles sub’

Palliant les portefeuilles culture en cure minceur chez nos gouvernements fédéral et provincial, Première Ovation offre un soutien aux artistes de la Vieille Capitale âgés de 18 et 35 ans. Un organisme chapeauté par la Ville de Québec qui octroie des fonds aux créateurs émergents de tous milieux: danse, littérature, musique, arts visuels, métiers d’art, arts multi, arts médiatiques et théâtre. Elle-même bénéficiaire, la chorégraphe Annie Gagnon est bien placée pour témoigner de ce qu’elle considère comme un très bon coup de l’administration Labeaume. «C’est extraordinaire! Le milieu de la danse est en effervescence à Québec et c’est en très grande partie à cause de ça. Pendant six mois cet hiver, on n’a pas su si ça reviendrait. Et je t’avoue que Brice Noeser, Maryse Damecour, Alan Lake et moi avons eu peur pour nos jobs

Même son de cloche chez la poète Érika Soucy, aujourd’hui coordonnatrice de la division littéraire du programme, qui n’a évidemment que de bons mots à dire sur Première Ovation. Un programme dont elle a pu bénéficier comme artiste avant son entrée en poste, alors qu’elle était en processus de création pour la pièce Domino: «Avec la bourse de 2000$, tu peux prendre un congé de la job un mois pour te concentrer sur l’écriture. En plus, tu es jumelé à un auteur professionnel pour du mentorat. Ce qui est génial, c’est que j’ai été suivie de A à Z. Après la bourse pour l’écriture, j’ai eu une bourse de la section théâtre pour la production du spectacle.» D’ailleurs – et c’est ce que la femme de lettres soutient –, l’idée d’un programme post-Première Ovation serait dans l’air.