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Gourd et l'Université de Foulosophie : Une semaine de fou avec des anarchistes
Société

Gourd et l’Université de Foulosophie : Une semaine de fou avec des anarchistes

Du 26 mars au 2 avril, le Symfolium de l’Université de Foulosophie accueillera cinq membres de Christiania, une communauté anarchiste en plein centre de Copenhague.

En 2004, François Gourd s’est rendu à Christiania, un quartier anarchiste et autonome en plein centre de Copenhague, au Danemark. Christiania compte 850 habitants depuis 1971. Pour François Gourd, cofondateur des Foufounes électriques, militant du Parti Rhinocéros, enthousiaste entarteur et Rectum de l’Université de Foulosophie, il s’agissait de l’accomplissement «du rêve de l’anarchie utopique et organique», d’un «paradis sur terre».

«Y a pas une voiture qui rentre là-dedans, le pot et le hash sont en vente libre et ils fonctionnent par consensus.» Interdits, les gilets pare-balles, et il est mieux de ne pas courir, pour éviter de se faire prendre pour un voleur.

Tout n’est pas nécessairement rose au paradis de Copenhague, cependant. Comme l’explique Maja Kruse, qui habite à Christiania depuis une dizaine d’années, la communauté rencontre son lot d’obstacles, principalement politiques. Selon le gouvernement en place, l’État tentera de marginaliser ou de faire fermer Christiania. La communauté a d’ailleurs dû récolter des dons autant chez elle qu’à l’international pour acheter le terrain et, théoriquement, la paix. C’est un processus juridique plutôt long qui n’est pas encore terminé.

Les raids policiers ne se font pas rares, surtout sur Pusher Street (on comprend pourquoi), et les interventions des forces de l’ordre sont cycliques. «Pendant la période touristique, ils nous laissent plutôt tranquilles, parce que Christiania est une attraction touristique au Danemark», explique-t-elle. Mais pour ce qui est de la légitimité territoriale, du droit d’y habiter, ils ne subissent plus de harcèlement, car ils jouissent d’un droit acquis.

Cette année, François Gourd amène un morceau de ce paradis à Montréal pendant la Semaine de la Foulosophie, une sorte de festival ludique de la libre pensée qui prend d’assaut la ville de Montréal. Chaque année, François Gourd et son frère d’armes, le comédien Stéphane Crête, accueillent un nouveau fou en leur rang, qu’ils honorent avec le titre de Grand Rectum de l’Université de Foulosophie. Ils ont reçu de grands noms dans le passé, comme Alejandro JodorowskyFernando Arrabal ou, plus récemment, le docteur Patch Adams. Cette année, cinq ambassadeurs de Christiania viendront participer au Synfolium de l’Université de Foulosophie.

L’horaire des cinq ambassadeurs de Christiania est plutôt chargé. Dès leur accueil traditionnellement loufoque à l’aéroport des fous alliés de la Foulosophie, la semaine est réglée au quart de tour: dîner-événement chez Armand Vaillancourt, projection du documentaire sur Patch Adams, cabarets en leur honneur, conférence ludique sur Christiania ou spectacles que Mia, Anna et Andreas organisent. Il s’agit d’une semaine pendant laquelle la pensée est plus libre que l’horaire.

La libre pensée, bien qu’elle se veuille critique, n’est pas négative. François Gourd mise sur la folie créatrice plutôt que destructrice. Stéphane Crête en rajoute: «Comme on est en action plutôt qu’en réaction, pour nous il s’agit plutôt d’annoncer que de dénoncer.» Bref, entre les «très honorables qui ne le sont pas» et qui se succèdent dans l’arène politique, l’Université de Foulosophie se veut ludique, héritière de Diogène, Rabelais et Coluche, et se moque ouvertement d’une société «malade», comme François Gourd la qualifie.

Après l’arrivée d’un docteur l’an passé, qui sait, c’est peut-être pour la guérir un peu, cette société malade, qu’on amène du sang neuf provenant d’un corps étranger en pleine forme. C’est peut-être aussi pour rire, le temps d’une semaine de fou.