Webster: « C'est ma révolution culturelle »
Société

Webster: « C’est ma révolution culturelle »

Sa démarche n’a rien de futile. Avec QC History X, Webster (né Aly Ndiaye) se fait guide touristique et transmetteur d’un récit méconnu.

Historien de formation et « rappeur pédagogue », Aly Ndiaye a bâti tout un pan de sa carrière sur ses qualités de vulgarisateur, son goût du partage. Depuis le début de l’été, il propose des visites guidées à travers la cité intra-muros pour raconter le pas si fabuleux destin des Noirs de Québec.

Il faut remonter jusqu’en 1604, quatre ans avant la formation de la ville, pour retracer le premier homme à la peau noire de notre histoire. D’ailleurs, ils étaient peut-être même deux. « Les historiens ne s’entendent pas au sujet de l’Africain Mathieu Da Costa, interprète de Samuel de Champlain. Était-il ici ou non? […] Même s’il n’était pas du voyage, il y a eu moins eu un autre Noir. Lui, il va mourir du scorbut sur l’Île Ste-Croix. Marc Lescarbot faisait partie de l’équipage et il en parle dans son livre L’histoire de la Nouvelle-France. Il va écrire « le sieur de Poutrincourt fit ouvrir un nègre qui avait les parties toutes noires, hormis l’estomac. » Sinon, on ne l’aurait jamais su. »

Puis, les années passent et les explorateurs casse-cou font place aux colons. Guillaume Couillard en est, il donne désormais son nom de famille à la rue de l’Ostradamus, et il sera premier à posséder (comme une meuble, un objet) un esclave noir qu’il avait acheté aux méchants Frères Kirkes – les guerriers qui avaient pris Québec de 1629 à 1632. À leur départ, les Anglais défaits lui vendront Olivier Lejeune, un pré-ado du Madagascar, pour la somme de 50 écus. Ces frères le vendront au traître Le Baillif qui lui le donnera à Couillard avant de quitter pour l’Europe en 1632. Le petit étudiera par la suite à la Seigneurie Notre-Dame-des-Anges, avant de retourner à la maison des Couillard pour y travailler jusqu’à sa mort, dans la trentaine.

À Québec, le 3/4 des esclaves étaient des domestiques vivant en ville. C’était, pour reprendre les mots de Webster, « une mode », de la frime, comme pour une dame de Ste-Foy qui porte aujourd’hui un sac à main Michael Kors. Ça paraissait bien! On raconte par ailleurs que Joseph Papineau (père du célèbre patriote), Marguerite d’Youville et le Louis-Joseph de Montcalm avaient les leurs… « Ce n’est pas reluisant, admet le rappeur, mais c’est important d’en parler pour montrer que notre passé est multiculturel. Ça amène une perspective différente du présent. »

Webster (Crédit: Issam Zejly)
Webster (Crédit: Issam Zejly)

[On ne se souvient pas de cette histoire] à cause de gens comme François-Xavier Garneau qui étaient des racistes, tout simplement. Pour eux, mentionner l’esclavage entachait l’histoire grandiose des Canadiens-Français et la PURETÉ de la race Canadienne-Française.

Fils d’un père sénégalais et du mère québécoise de descendance partiellement irlandaise, Ndiaye n’exclut pas la possibilité d’avoir eu des ancêtres Noirs de son côté maternel. Un fait difficile à prouver par les arbres généalogiques puisque, après tout, les noms n’ont pas de couleur de peau.

Chose certaine: les couples mixtes n’étaient pas si rares autrefois. Pensons notamment aux Frères Williams, coiffeurs-vedette de la haute société de 1870 à 1920 sur la rue St-Louis, dans le bâtiment à la toiture rouge qui abrite désormais le restaurant Aux Anciens Canadiens. Des hommes d’affaires respectés, les fils d’une dame Irlandaise et d’un monsieur Jamaïcain. Il en va de même pour le magna de l’immobilier et ancien esclave John Trimm, ancêtre de la famille Mallettes de Montréal. Un riche veuf qui avait épousé une Blanche après le décès de sa première femme, une fille répondant au prénom de Charlotte qui avait été affranchie en créant jurisprudence.

C’est James Monk, le juge du Bas-Canada qui lui rendit sa liberté en 1798 en réalisant qu’aucune loi ne régissait l’esclavage. Accusée d’avoir voulu s’enfuir de son lieu de travail, Charlotte se verra émancipée et précipitera indirectement la fin du trafic humain chez nous, soit une soixantaine d’années avant les États-Unis.

Le salon de coiffure des frères John et James David Williams dans la maison Jacquet sur la rue St-Louis. Vers 1870. (via qchistoryxtours.ca)
Le salon de coiffure des frères John et James David Williams dans la maison Jacquet sur la rue St-Louis. Vers 1870. (via qchistoryxtours.ca)

En tout, c’est près de 4000 esclaves qui sont répertoriés à Québec et 75% d’entres eux étaient Autochtones, les « pawnees » comme ont les appelait à l’époque. Des gens déportés depuis la vallée du Mississipi qui, c’est terrible à écrire, valaient moins cher que les Noirs parce que leur espérance de vie (un petit 18 ans) était moins élevée.

Les recherches de Webster ont débuté il y a dix ans, un travail de longue haleine. « J’ai commencé en 2006 avec la chanson QC History X et je n’ai pas arrêté depuis. J’ai beaucoup lu. […] Moi je ne fais pas une recherche d’archives en tant que tel, je manque de temps même si j’aimerais beaucoup ça. Je fais de la recherche dans les livres, notamment ceux de Frank Mackay, et je collecte les informations pour les partager avec le grand public.’

Pour voir Québec à travers les yeux de Webster, on lui écrit (littéralement) un courriel via info@qchistoryxtours.ca.

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