Grand Corps Malade |
Jeudi prochain, on retrouvera sur le site du Voir un article de ma plume sur le Français Grand Corps Malade. Un jeune homme sympa que j'ai eu la chance de rencontrer en personne lors de son passage en ville en septembre dernier. Premier slammeur à dépasser la notoriété locale, Fabien Marsaud a vendu plus de 350 000 (!) exemplaires de son premier album, Midi 20. Oui, c'est un disque plutôt attachant et son écriture est forte, mais musicalement, je trouve ça très vide. Je dois être l'un des seuls critiques à ne pas avoir donné une note parfaite (ou presque) à l'album (lire ma critique au http://www.voir.ca/musique/disque.aspx?iIDDisque=11709). Bref, pas tout à fait ma tasse de thé même si j'admire la plume du jeune artiste.
Enfin, en surfant sur le Web, j'ai découvert cette parodie de Grand Corps Malade signée Groland. Pas mal comique. http://www.youtube.com/watch?v=65ihu-hRZcw
Je ne suis pas très certain de ce que j’avance… mais Houellebecq a fait du spoken word, lui aussi, non?
Était-ce trop versifié et accompagné de musique pour ne pas être considéré comme du « slam »?
Peu importe, lorsque j’ai entendu un extrait de ce que fait Grand Corps Malade à la radio… et, mis à part l’absence de musique, c’était très semblable dans sa forme d’expression.
Mais, je dois avouer que Grand Corps Malade remet à la mode la versificiation rythmé par le souffle, ainsi que le son qui revient comme l’écho. Comme s’il redonnait à la rime sa fonction naturelle dans une déclamation… celle d’appuyer formellement une image qui nous fait raisonner ou qui fait vibrer le monde autrement: harmonieusement.
Et la raison pour laquelle j’ai pensé à Houellebecq immédiatement en l’entendant… c’est que Houellebecq chante la mort d’une civilisation harmonieusement en appelant curieusement ses poèmes d’un nom étrange, si on pense à la profondeur des bas-fonds explorés par ces textes.
« Présence humaine », n’est-ce pas antynomique comme appellation contrôlée lorsqu’on l’appose sur un bon cru audio millésimé comme celui-là?
À l’opposé, nous voici en présence d’un artiste qui transpose en sublimant une réalité tout aussi crue et douloureuse par la seule force de sa voix, sans recours à aucun artifice, et qui présente une réalité sous le couvert d’un aveu d’handicap ou d’insuffisance physique que l’on comble, à la Cyrano de Bergerac, avec une dose d’élégance morale insistante… On dirait même qu’il se présente au monde comme un excellent golfeur qui voudrait se mettre à la hauteur des gens normaux afin de leur faire traverser un paysage étrangement harmonieux.
Suis-je en train de m’égaré si je me risque à faire ce type de rapprochement entre les deux artistes?
Quelque chose me dit que le retour de la rime dans le paysage poétique de manière synthétique à de beaux jours devant lui…
J’ai découvert Grand Corps Malade lors des Francofolies de La Rochelle en France l’été dernier. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et j’ai été admirablement surpris !
Les textes sont tellement bien écrit, de la pure poésie urbaine. C’est terre à terre, compréhensible de tous. Il y a des figures de style, mais pas d’envolées incompréhensibles. Son humour est fin, typiquement français. Il est très vrai que la musique se fait plutôt rare. C’est qu’en fait, le concept du slam, c’est de réciter des textes de maximum trois minutes, généralement sans musique. Pour les besoins de la cause, il s’est permis sur « Minuit 20 » du piano, des guitares sèches et un peu de percussion. Il vous faut absolument écouter « Les voyages en train » qui est à mon avis l’une des plus belle chose à entendre.
En terminant, ce qui rend Grand Corps Malade encore plus attachant, c’est ce handicap qui devait l’empêcher de marcher. Aujourd’hui, il se promène dans les café parisien, avec sa canne, pour réciter les textes qui lui auront finalement sauvé la vie.
Dans mon top de l’année 2006…