Mon billet dans la dernière livraison du Trente:
Le doute du public envers l’information est sain. Si tout le monde gobait
crédulement tout ce qui se dit à la télévision ou tout ce qui s’écrit
dans les journaux, il y aurait lieu de s’inquiéter. Le doute du public
nous rend meilleurs. Il nous encourage à la rigueur, à la nuance, à
l’exactitude. Malheureusement, entre le sain doute et le cynisme, il
n’y a qu’un pas.
Or, il me semble que le cynisme est
particulièrement virulent par les temps qui courent. Je ne suis pas en
train de dire qu’il s’agit d’un phénomène nouveau. Le cynisme actuel
est comme les ouragans depuis quelques années. Il n’y en a pas plus,
ils sont seulement plus dévastateurs.
Selon moi, les raisons du cynisme peuvent aussi s’expliquer par un niveau d’instruction qui serait plus élevé dans la population maintenant, qu’auparavant. Les années d’études, d’un bon pourcentage de la population, rend les gens plus apte à analyser par eux-mêmes les informations transmises par les grands médias et à mieux percevoir les informations biaisées ou sensationnalistes. Un bon exemple serait la couverture du canular à l’UQAM hier après-midi alors que pendant des heures les journalistes de RDI s’acharnaient sur des témoins qui n’avaient rien vus, ni rien entendus, pour tenter de faire d’un évènement anodin, une tragédie. J’étais sidéré de les voir travailler. Il ne faut donc pas se surprendre du cynisme de la population.
Moi ce qui me sidère par rapport à la manière de travailler des gens de l’information continue, dans cette (autre) affaire de pétard mouillé (pardonnez-moi l’expression), c’est de VOIR des journaliste professionnel de la télévision fonctionner comme la police… sans protocole d’intervention.
Bref, le journaliste et le policier font la même job : enquêter sur le terrain.
Le journaliste dans le but de faire la lumière sur l’affaire en cours – si « affaire » il y a, afin d’informer le public.
Le policier, lui, dans le but de protéger le public.
Ainsi, le droit du public à une information juste, prouvée et vérifiable par les faits se perd dans un chaos indescriptible retransmis en direct parce que :
a) on entre en ondes sans matériel dans les mains ;
b) on diffuse des rumeurs en guise de faits ;
c) on montre les reporters en train de chercher le scoop au lieu de montrer le scoop au moment où on l’obtient ;
d) on cherche à sortir le scoop avant la compétition sans prendre le temps de lui donner une valeur ajoutée, un angle nouveau ou un regard critique pertinent.
Bref, les journalistes électroniques qui couvrent la nouvelle pour les réseaux de nouvelles continues souffrent du syndrome de Tintin.
On les voit vivre des aventures en direct ou en différé sans jamais consulter ou écrire dans leur calepin.
Bienvenue dans l’ère Hergé où les médias cherchent à toucher le plus grand public possible, le public de Tintin : les gens de 7 à 77 ans.
Est-ce ça du journalisme ?
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Non, pour moi, le journalisme correspond à la principale critique qu’un journaliste du Times faisait concernant la machine Ted Turner, CNN (Channel News Network).
Le journaliste américain disait en gros ceci : ce que je vois à CNN me fait penser au brouillon de mon article de la semaine dernière publiée avant même qu’il ne passe par le chef de pupitre.
Et c’est probablement ça que Patrick Lagacé voulait dire hier en frappant sur son texte de marde, finalement… non ?
Bon flash que ce « Syndrome de Tintin! » On pourrait développer.
De mon côté, hier j’étais cloîtré dans mon condo avec iTunes allumé et quelques vieux succès en fond sonore, j’écrivais mon roman dans un environnement le moins « pollué » que possible par l’activité extérieure. Donc, c’est seulement à l’heure du souper, au moment de lire quelques sites d’information et de regarder le bulletin de nouvelles, que j’ai eu conscience de l’Affaire de l’UQÀM. Et c’était déjà terminé. Pas de quoi s’énerver le ponpon.
Personnellement, je suis rarement l’information continue exactement pour cette raison: dans 99% des cas, on n’a aucun besoin d’être informé à la minute près du développement d’une situation. Le 11 septembre 2001, c’était drôlement utile, l’information continue. On a d’ailleurs bousculé la programmation des chaînes généralistes pour se consacrer à la couverture de l’événement.
Sinon, le plus souvent l’individu qui s’intéresse à l’actualité peut fort bien attendre tranquillement le bulletin de nouvelles de 18h, ou avoir le compte-rendu final dans le journal du lendemain, sans se sentir coupable de quoi que ce soit.
L’histoire d’hier l’a démontré. Et je pense que ce ne sera pas la dernière fois.
Personnellement, je suis abonné à l’alerte courriel de LCN, lorsqu’il survient quelque chose de gros, LCN m’envoie une alerte: http://lcn.canoe.ca/
Et je n’ai pas reçu d’alerte LCN hier concernant la fausse alerte à l’UQÀM.
Mario Roy sur le pétard mouillé.
http://blogues.cyberpresse.ca/edito/?p=946
Pour un retour à la définition du mot «cynisme».
http://www.ledevoir.com/2008/12/09/222141.html
Je suis en partie d’accord avec Mr Parisien. Le « cynisme » vient en grande partie d’un meilleur esprit critique face aux médias. C’est pas encore parfait, il y a encore bien des gens pour s’appeurer quand un « jounal » crie à l’apocalypse d’après une « analyse » bâclée de l’eau des piscines municipales.
Pour ma part, ce qui m’horripile avec les médias, c’est la chasse au « Human Interest ». Il y a une crise politique en Thailande, plutôt que d’avoir un entrevue de qualité avec un spécialiste en question sud-asiatique, les médias perdent du temps pour discuter au téléphone avec des touristes québécois qui n’ont évidemment aucune idée de ce qui se passe. Par ailleurs, pourriez-vous m’expliquer la pertinence des entrevues avec la mère sanglotante d’une victime d’acte criminel ?
Ouin, ok.
Je suis assez d’accord avec Mario Roy sauf que… encore une fois, il ne faudrait pas tombé dans l’extrême opposé.
Simplement fouillé autre chose que le « colis suspect », autrement dit allez sur place VOIR quel type de résistance les autorités policières opposent au journaliste envoyé sur les lieux.
Si on vous met dehors immédiatement et qu’on vous branche un porte-parole avec un micro collé sur une table de conférence de presse et qu’on vous part une cassette, vous enquêtez.
Si on vous lance en riant que vous pouvez cherchez partout en ne dérangeant pas trop les cours votre complot prolétarien, eh bien, vous savez qu’il n’y a rien à chercher.
À moins que… à moins que ce genre de stupidité (répercutée à l’extérieur des murs avec toute la force tectonique des médias et des escouades policières) ne donnent naissance à un prochain épisode beaucoup moins rigolo.
Alors, on a affaire à un simple exercice organisé par les autorités policière de concert avec l’administration afin de tester les mesures de sécurité en envoyant un signal à quelques excités de la « révolution prolétaire ».
Petit rappel : ce n’est pas la première fois que le quadrilatère Berri-UQAM est l’objet de remous politico-social.
Que ce soit l’intervention des policiers au cours d’une manifestation « de la bouffe pas des bombes ».
Que ce soit lors de la mise à la porte d’un collectif d’étudiant manifestant un peu trop fort son désaccord envers l’administration de l’UQAM après la publication d’un essai intitulé « L’essor de nos vies ».
Que ce soit lors de l’interdiction des chiens aux sans-abri de la place Émilie Gamelin.
Que ce soit lors de la supervision de l’ATSA.
Bref, ce quadrilatère de Montréal est l’épicentre de bien des remous… et on pourrait rappeler aussi que Normand Baillargeon, collaborateur du Couac – un version de bien moindre qualité du Canard Enchaîné et de Charlie Hebdo -, y enseigne et que l’anarchie, les nouvelles en provenance de la Grèce, de l’Espagne, de la France et d’autres pays européens fait boule de neige en ce moment.
Et, justement, curieusement, on n’entend pas d’alerte de la part des autorités concernant les évenements qui se passe chez nos voisins grecs…
Et pourtant, on devrait quand même se méfier un peu.
Bizarre, non ?
Non.
Puisqu’au Québec, ce qui nous protège contre ce type de manifestation, c’est la température.
Bref, non seulement la température décourage les gens de voter pour ou contre le gouvernement mais, en plus, en bonus, elle empêche les gens de manifester !
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Ce qui me donne l’idée de poser le prochain syndrome : le syndrome de Colette (Provencher).
Si vous voulez savoir si ça va chauffer dans les rues de Montréal prochainement, vous écoutez les prévisions météo de Colette et vous prenez des notes :
– si elle annonce du beau temps, vous vous mettez en état d’alerte ;
– si elle prévoit du froid intense, vous donnez congé à votre staff ;
– si elle prévoit de la neige pour toute la journée, envoyé un seul reporter enquêter sur place (dans le quadrilatère des Bermudes de la pensée citoyenne de Montréal), et vous envoyez le meilleur.
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Une fois rendu là, disons que le gars revient d’un voyage à Calgary, vous l’envoyez assister à des cours ouverts en audition libre… et vous prenez des notes, beaucoup de notes.
Si vous revenez avec un calepin remplis des noms suivants :
– Karl Marx ;
– Joseph Proudhon ;
– Jean Jaurès ;
– Grachus Baboeuf (c’est possible) ;
– Pierre Kropotkine ;
– Michael Bakounine ;
– Henry David Thoreau (je l’espère) ;
– Frank Douglas (j’imagine, because les American White Niggers…) ;
– et bien d’autres que j’oublie volontairement – et qui n’appartiennent en rien à la Go-Gauche conventionnelle.
Et si, en plus, vous revenez avec des témoignages d’étudiants convaincus que ces hommes sont le fer de lance d’une nouvelle révolution citoyenne, vous allez VOIR plus loin auprès des professeurs qui enseignent ce genre de rengaines en s’appuyant sur des théories de la conspiration qui relient à la fois le passé et le présent, Pinkerton et Garda, par exemple.
Je vous le jure, si vous n’êtes pas convaincu, vous allez faire la même chose au Cégep du Vieux-Montréal.
Même manège, même enquête.
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Enfin, tout ça pour dire, en fait, que les théories du complot vont dans les deux sens.
Si vous soupçonnez votre élite (journalistes, gouvernements, etc.) d’être au service d’un compolot capitaliste pour rayer la race humaine de la terre (VOIR de Hiron Heel écrit par Jack London), ne vous surpenez pas trop si, en retour, les autorités vous soupçonnent de vouloir récupérer la crise économique (qui met au défi toute l’élite politico-économico-médiatioco actuelle et officielle) afin de faire du grabuge inutile.
Voyez-vous, monsieur Proulx, je crois qu’il y a bien des têtes blanches universitaires et collégiennes qui abusent de leur autorité de professeur pour véhiculer des idées qu’ils ne comprennent guère mieux eux-mêmes.
Et c’est ça, le prochain type de journalisme d’enquête qu’il faudrait faire, peut-être à l’Actualité ? afin de mieux comprendre la jeunesse actuelle.
Peut-être que si l’éducation n’arrive pas à devenir un enjeu électoral majeur au Québec, peut-être que les journalistes peuvent nous dire simplement, en quelques feuillets ceci :
– qu’est-ce que nos jeunes apprennnent à l’école, aujourd’hui, en 2008 ?
– pourquoi les conseils étudiants sont remplis de gens qui se foutent totalement de la démocratie, sauf en temps de grève ?
– est-ce que les parents ont abandonnés l’éducation aux seuls mains des technocrates de Québec en même temps qu’ils ont désertés les élections scolaires ?
– est-ce que les commissions scolaires invitent les parents à participer, comprendre et intervenir dans le processus d’implantation de la réforme en cours et toujours pas terminée ?
– est-ce que le cervotariat qu’on produit en ce moment met en péril une société du savoir qui produit des étudiants robotisés par leurs cours magistraux plutôt que rendus individuellement autonome par les outils pédagogiques et théorique qu’on leur remet afin d’interragir avec leur espace de travail, leur milieu familial, leur environnement global ?
Vous en voulez une belle enquête qui pourrait donner des résultats effrayant compte tenu du taux d’analphabétisme fonctionnel effarant qui sévit au Québec ?
En voilà une… bien plus utile qu’un vulgaire palmarès des écoles, des collèges et des universités.
@ Xavier K. Richard
Le problème avec Jean Dion, c’est qu’il cite à comparaître Diogène le Cynique en oubliant de parler de Socrate.
Il cite aussi Alexandre « le Grand » – qui était bien petit il me semble, physiquement – en oubliant de parler de son coach : Aristote.
Bref, Jean Dion ne se rend même pas compte qu’il récupère la pensée d’un itinérant célèbre afin de faire reluire le blason du fils spirituel d’Aristote.
Ainsi, la réponse – que Jean Dion ne donne pas dans son texte – à la réplique légendaire de Diogène le Cynique, c’est celle-là :
– Si Alexandre n’était pas le plus puissant des Grecs, il aurait aimé être cet homme-là.
Ce qui veut dire quoi ?
Ben, c’est simple, il s’agit d’un bel exemple de récupération politique datant de la Grèce Antique.
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Autre « détail », Diogène le Cynique se moquait aussi de Socrate, le maître dépassé par l’auteur de la République – Platon, pour ne pas le nommer – en plumant les poulets.
Qui se rappelle encore de Diogène aujourd’hui ?
Jean Dion.
Qui se rappelle Alexandre le Grand, Aristote, Platon et Alexandre le Grand ?
Tout le monde.
Mais qui les connaît vraiment, ici… et/ou en Grèce ?
Alors, vous avez le choix :
a) le pouvoir platonique (vous fondez vos espoirs sur la République) ;
b) le pouvoir socratique (vous fondez vos espoirs sur le journalisme critique) ;
c) le pouvoir cynique (vous fondez vos espoirs sur le laissez-faire économique et le je-m’en-foutisme théorique).
L’un de ses choix n’excluant pas les autres, vous pouvez écrire votre prochaine chronique. Peu importe pour quel journal vous travaillez, bien entendu… 😉