En 1967, le photoreporter français Jean Rey débarque à Montréal pour huit jours; il y reste huit mois. Faut dire que le Québec de cette année-là n'a rien de banal. Pour ce globe-trotter humaniste, sensible aux rapports entre la petite et la grande histoire, quel beau terrain de jeu que ce bout de pays qui s'ouvre au monde, transformé en quelques semaines par une expo universelle aussi ambitieuse que ludique, mais aussi par le passage d'un général au sens de l'histoire aiguisé.
Dans 1967, le Québec entre deux mondes, qui vient de paraître aux 400 coups, Jean Rey nous donne une centaine des plus belles photos jamais réalisées sur la métropole d'alors, dont plusieurs sont parfaitement inédites (à l'époque, le photographe envoyait ses pellicules à Paris avant développement, et c'est tout récemment qu'il a lui-même vu le fruit de son lointain travail).
Rey s'intéresse à Terre des Hommes évidemment, mais aussi aux rues d'une ville en mutation, aux sports qui passionnent les Montréalais (on trouve quelques photos extraordinaires de matchs des Alouettes ou des Canadiens), aux quartiers pauvres et leurs enfants aux yeux rieurs.
Il y a les photos mais aussi les textes, dont le récit savoureux que fait Jacques Godbout du voyage de Gaulle, ou encore l'incursion très poétique de Michel Rivard dans une enfance à courir sur des trottoirs «craqués de fissures».
J'ai reçu le livre au bureau hier et l'ai lu d'un trait. J'en ressors avec la curieuse impression que Montréal n'a jamais appartenu au futur autant qu'il y a quarante ans.
Vous avez raison quand vous dites qu’en ’67 Montréal se conjugait au futur.
Jusqu’à un certain point.
A cette époque j’étais coloc avec trois filles,une juive,une tchèque et une québécoise,qui travaillaient toutes les trois à L’Expo,et dont les chums étaient eux aussi des employée de pavillons de divers pays présents.
Cette ouverture sur le monde,en dehors des Îles de l’Expo,
elle se conjugait au présent.
Cela dans le quartier Côte-des-Neiges,à mon avis le baromètre changeant par excellence de la mondialisation à venir.
L’avenue Côte-des-Neiges n’a guère changé.Je l’ai surnommé
« L’Avenue de tous les peuples ».
En ’67,c’était l’immigration des Antilles et des Caraïbes qui enjolivait notre laine trop pure et trop blanche,ensuite,ce furent l’Asie du sud,et maintenant,le Maghreb.
Echoppes sans prétention,petits restaurants non-gentrifiés,et intégration des enfants dansles écoles,les biblios et les centres communautaires,je reste ébloui devant le spectacle de tous les peuples en déplacement en transmigration.
Et tout cela sans grande violence,contrirement à ce que croient les xénophobes des quartiers pure-laine de MTL.
pas de pavillonsa,pas d’Expo,ni de grand chiard,juste l’avenir qui passe devant vous,et qui me donne parfois l’impression,moi spectateur québécois,d’en être peut-être exclus…