Un calme étonnant règne dans les bureaux de Voir. Je m’en suis rendu compte dès le premier jour, lorsque Tristan m’a fait visiter les bureaux parfaitement propres et ordonnés du septième étage. J’ai tout de suite reconnu les stations de travail filmées intégralement dans l’émission Voir et la pile de centaines de livres sur le bureau de Tristan (où je suis installée) attendant patiemment d’être lus.
J’ai toujours imaginé les bureaux de Voir désordonnés, chaotiques presque, où tout le monde se lance des sujets, où le café coule à flots et où les heures limites flottent dangereusement devant les écrans ouverts.
Vraiment, je suis passée à côté de la plaque. Autour de moi, tout semble bien en place, les articles rentrent à temps, les sujets sont planifiés d’avance. Il n’y a pas de machine à café (du moins, pour le moment), et la seule trame sonore est les «trois, deux, un… action!» venant de la réalisatrice de l’émission de cuisine qui se déroule à côté de la salle de rédaction.
C’est plutôt à un travail interne que se livrent les journalistes du Voir. Le chaos y est, mais ailleurs.
J’ai même presque ri lorsque Tristan, sortant de son bureau l’autre jour pour m’acquitter d’une tâche, m’a déclaré d’une voix calme: «On est un peu dans le jus». L’ironie de la situation m’a faite penser aux canards: à la surface, ils avancent sans efforts. Sous l’eau, ils nagent frénétiquement.
Je vous laisse avec des odeurs de poulet mariné venant du studio-cuisine qui parfument tout l’étage. J’espère pouvoir y goûter d’ici la fin de la journée.