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Métro, boulot, dodo

La formule est simple et usée. Métro, boulot, dodo, expression qu’on associe entre autres à ces bobos parisiens qui habitent des appartements confortables et écument les soirées à longueur d’année. L’été dernier, une rencontre avec deux de ces bourgeois bohèmes dans un bar à Paris m’avait un peu chicoté. «Fais-toi pas chier», m’avaient-ils déclaré d’un air parfaitement désabusé. Je suis restée perplexe devant cette image de jeunes personnes dans la trentaine insatisfaites d’un travail pourtant stable.

L’autre jour, attablé à la terrasse du Club social espagnol, Christophe Bergeron, ancien rédacteur en chef de Voir, me racontait son expérience de travail à Sid Lee en tant que rédacteur en chef du blog The Montréal Buzz. La conversation s’est dirigée vers le domaine journalistique en général, le mode de vie «freelance» des pigistes, l’irrégularité des commandes d’articles et l’insécurité d’emploi au sein des entreprises journalistiques. Pour moi, le fait venait d’être confirmé : le métier de journalisme n’est malheureusement pas un roman à l’eau de rose. Il vient avec une réalité qui est parfois dure à accepter.

Wajdi Mouawad, il y a quelques jours, déclarait à Christian : «Je ne supporte pas d’être dans un rapport domestique à la vie. Je ne veux pas faire ce que je fais parce que j’ai tenu pour acquis que c’était bien».

Les concessions sont dures d’un côté et de l’autre. Au fond, dans le monde du journalisme, il s’agit peut-être simplement de choisir ses caprices. Stabilité d’emploi ou travail satisfaisant? «On nous encourage à nous définir non pas par ce qui nous brûle, non pas par ce que l’on aime, mais bien par ce que l’on fait», rajoutait Mouawad.

Dans le contexte actuel, ces propos peuvent presque passer pour idéalistes. A-t-on donc toujours le choix de «ne pas se faire chier»? Métro, boulot, dodo est-il une fatalité à laquelle personne n’échappe?