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BloguesChez Venise

Pas le choix : je m’indigne

Après mon billet Lisez-vous Lisée, je voulais me taire, en tous les cas, faire silence un moment et revenir à mes romances. Laissez les autres parler de l’affaire politique, ceux qui la suivent de près et qui ont de la gueule pour en parler. Aussitôt ma résolution prise, le Lisée en question se fait sortir du panel du Téléjournal du jeudi de Radio-Canada à 24 heures d’avis.

À 24 heures d’avis ?! Le monsieur aurait fait une grosse bévue en ondes qu’on n’agirait pas autrement. J’ai lu et relu son billet qui expose les raisons de son retrait (rejet). Et sa légitime défense. Maintenant qu’il fait partie, à titre bénévole d’un comité nouvellement formée qui s’est donné la mission de lire des documents du passé afin de mieux enligner la souveraineté, sa présence devient inacceptable. Comme si on apprenait tout à coup qu’il est souverainiste. Souverainiste Lisée ?! Voyons donc, première nouvelle !

Michel David, chroniqueur au journal Le Devoir le remplace. Il serait neutre, lui, parait-il. Donc, on remplace une couleur affirmée souverainiste par du neutre. Par contre, les trois autres panelistes, Liza Frulla, une ex-ministre libérale provinciale et fédérale; Anne Lagacée-Dawson, ancienne candidate du NPD; et la journaliste conservatrice Tasha Kheiriddin du National Post ne sont pas neutres. Indépendantes, mais pas neutres. Et après ça, on veut que je retourne à mes romans ? Bien des romans sont plus subtils que notre réalité radio-canadienne ! Ça m’est apparu clairement, la direction n’attendait qu’un prétexte pour décoller monsieur Lisée, devenu trop convaincant, trop populaire, trop brillant.

« Mais non, Venise, tu as un parti pris. Ce n’est pas ça, ça ne peut être ça, Radio-Canada ne peut pas manquer de subtilité à ce point », me suis-je dit pour me raisonner. Même pas le temps de me convaincre que j’apprends un autre congédiement, la même journée, celui d’Alain Saulnier, directeur de l’information. Plus je m’informe, plus je suis éberluée, et puis complètement atterrée en lisant le texte de la Fédération professionnelle du journaliste du Québec (FPJQ) qui s’inquiète devant ce congédiement complètement inexpliquée. On y retrouve le texte d’adieu adressé à ses pairs du toujours directeur général de l’information jusqu’au 16 mars, date de son départ involontaire. Aucune allusion à une quelconque raison. Geste gratuit qui peut tout laisser supposer : « La FPJQ se demande si les attaques incessantes des conservateurs au pouvoir à Ottawa contre Radio-Canada, qu’ils tiennent responsable en partie de leurs insuccès électoraux au Québec, n’auraient pas un lien avec le départ forcé d’un défenseur de l’indépendance de la société d’État ».

Aille … difficile de retourner à ses affaires courantes comme si de rien n’était !

J’en avais déjà suffisamment pour me tourmenter quand j’apprends qu’on bouge une autre importante pièce sur l’échiquier de l’information : Pierre Duchesne, correspondant à la colline parlementaire. On le prie de revenir à Montréal au mois de septembre. Un reporter de 25 années d’expérience qui couvre les périodes électorales. Tiens tiens … Un hasard ? Monsieur Duchesne est l’auteur de la biographie de Jacques Parizeau en trois tomes (1,759 pages !). Il avait pris un congé sabbatique pour l’écrire.

On en est à trois. Est-ce que le décompte va s’arrêter là ? Est-ce que ceux qui manient les pièces de l’échiquier pensent qu’on regarde la télévision les yeux fermés ? Qu’on est du bon pain, qu’on va se taire et se laisser manger ?

C’est inquiétant. À surveiller. En même temps, je me demande quoi faire. Pétition ? Envoyez son commentaire à Radio-Canada, un à un exprimer son mécontentement ? Je n’ai pas attendu pour le faire mais avec cette impression inconfortable d’avoir versé une goutte dans un océan.

Mais quand on y pense bien, un vote, c’est une goutte. Et on va voter …
Et si on ne va pas voter, eh bien, on a le paysage politique qu’on nous impose.

(Promis, prochain billet, je reviens à la littérature ! 🙂