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La dernière lettre : X

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Monsieur Lysée,

Durant 46 ans, j’ai voté pour le Parti Québécois, et le 24 septembre, par anticipation, j’ai voté Québec Solidaire. Et pourtant, comme chef, dans ma tête et dans mon cœur, je ne pouvais rêver mieux que vous, Jean-François Lisée.

Et puis, est survenue à brûle-pourpoint durant le débat cette question visant le fonctionnement de Québec Solidaire, question déconnectée de la santé et directement connectée à la stratégie : faire trébucher Québec Solidaire qui se portait bien, malgré la canne de Manon Massé. Mon réflexe a été de vous défendre, c’était impossible que vous ayez des pensées aussi mesquines, devant monsieur et madame tout-le-monde et, surtout, devant votre mère. J’ai même trouvé une excellente raison expliquant votre agissement : la déformation professionnelle. Des questions cruciales n’avaient pas été posées à QS, il était de votre devoir de les débusquer, on ne retire pas aussi facilement une tête de journaliste de celle d’un politicien. Après le débat, tout allait entrer dans l’ordre.

Erreur, vous avez continué d’attaquer et avec des peccadilles, allant jusqu’à avancer que la plateforme de Québec Solidaire était absente de leur site, ce qui s’est bien sûr avéré faux. J’en ferais pas la nomenclature, ce serait entrer dans votre jeu.

Par la suite, a débuté une salve de questions des journalistes vous demandant quel moustique vous piquait. Pour vous donner une chance de vous réveiller. Malheureusement, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut rien entendre, particulièrement si sa définition de chef est : celui qui détient le dernier mot. Peut-être avez-vous le dernier mot, monsieur Lisée mais le citoyen a la dernière lettre, le « X » et vous risquez de l’apprendre à la dure le 1er octobre.

Je cherche encore à comprendre, et peut-être vous trouver des excuses. Si vous étiez mu par un désir sain d’éclairer le citoyen, eh bien, laissez ce rôle immédiatement. Le citoyen québécois aime les débats propres, vous devriez déjà le savoir. Illuminer ce qu’il a à proposer, y mettre toute son énergie et ne pas perdre de temps à lancer de la boue dans la cour de l’autre. Laissez aux journalistes le loisir de faire leur travail, et s’ils ne le font pas, ne pas le faire à leur place.

Votre stratégie de picorer Québec Solidaire était un risque à prendre, disent certains. Il fallait risquer le tout pour le tout. Un risque, ça se prend ensemble, en tendant l’oreille vers la majorité pour entendre le moindre murmure. Avec un facteur « risque », on avance prudemment, à moins d’avoir la fibre d’un gageur professionnel. Un chef est aussi un porte-parole et je n’ai vu dans aucune communication du Parti, qu’il allait être de mise de s’attaquer à Québec solidaire pour gagner.

J’étais membre du Parti Québécois et vous avez perdu mon vote. Remarquez, je ne dis pas le Parti Québécois a perdu mon vote, vous avez perdu mon vote.

Vous serez probablement déçu de moi, que je n’aies pas compris votre limpide et efficace stratégie, à cela, je réplique : nous voilà quittes. Parce que je suis moi aussi déçue que vous n’ayez pas compris que le citoyen désire de l’énergie propre, dans tous les sens du mot.