Restos / Bars

Nonya : Le bonheur d'être ailleurs

Il y a des endroits qui attirent le bonheur. Cette adresse, 151, avenue Bernard Ouest, en est le meilleur exemple. À l’époque de La Bastide qui y avait poussé, les fines fourchettes y connaissaient en effet des extases quasi érotiques avec les cuisines successives d’Alexandre Loiseau et de Jean-François Vachon. Sans parler des évanouissements occasionnels des clientes (ou de clients amateurs de rugby comme mon ami Daniel) suivant le pas chaloupé du Gros Pierre, le patron à l’œil velouté qui y vendait de grands plats, bijoux parfumés au piment d’Espelette. Aujourd’hui, on y trouve Nonya, temple de la cuisine indonésienne. Et les émotions sont tout aussi fortes avec une cuisine très différente.

Il y a quelques années, on avait découvert Nonya dans un presque bouge du boulevard Saint-Laurent, puis dans une horreur de la rue Sainte-Catherine. Dans ces deux erreurs de logement, la cuisine de Nonya flottait malgré tout. Belle, aérienne, légère, parfumée, exotique comme on les aime. Cette nouvelle adresse – la dernière, espérons-le – reflète bien toutes les qualités de la maison. La simplicité figurant en tête de liste de celles-ci, suivie immédiatement par la richesse.

Nonya est le seul restaurant indonésien digne de ce nom à Montréal et au Québec; les patrons pourraient se contenter d’y proposer les plats folkloriques qui font les beaux jours des plages de Java et de Sumatra. Ils ont plutôt décidé de choisir des spécialités plus familiales ou des interprétations dépouillées de grands plats. Dépouillées ne voulant pas dire plates, loin de là.

Cuisine très parfumée, assez simple quand on analyse le tout, mais très attirante pour nous puisque élaborée avec des éléments qu’il est difficile de trouver chez nous, lorsque ce n’est pas carrément impossible. Test de la soirée, deux tables d’hôte à 25 $: "Choisissez pour nous, chère Madame, nous vous faisons confiance et il n’y a qu’une seule chose que nous détestions: les poireaux vinaigrette, plat qui ne figure pas, je crois, au palmarès de la cuisine indonésienne."

Arrivent donc quelques jolis petits bols pour y verser la soupe d’asperges blanches et crabe, parfumée à l’huile d’ail; intéressante mise en situation. Suivent, sur une assiette blanche rehaussée d’une feuille de bananier sculptée, trois petites brochettes de poulet grillé, servies avec concombres et carottes marinés et accompagnées de sauce aux arachides. J’ai dû retenir mon invité, très impulsif, qui voulait absolument manger la feuille de bananier – purement décorative, entendons-nous – tant le plat était savoureux.

Quelques rondelles de calmars frits – magnifique friture – marinés dans une sauce sambal oelek et basilic frais et servis avec une vinaigrette de galangal. En plus des vertus qu’on lui prête habituellement (favorise la digestion, soigne les maux d’estomac, purifie le sang), le galangal est censé "exercer une action favorable sur le fonctionnement des organes de reproduction féminins". Personnellement, j’ai très bien dormi au sortir de ce souper, merci de vous inquiéter; quant à mon ami Jean-Pierre qui partageait ma table ce soir-là, je n’ai pas encore osé l’appeler; je vous en reparle dans neuf mois. Vous devriez toutefois savoir que mon amie Aline, la dernière jeune femme que j’ai vue suçoter du galangal, a donné naissance, le 13 janvier dernier, à Nathan, un magnifique Québécois aux senteurs délicates d’huile de teck, qui ressemble déjà à Stéphane, son papa. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus.

En plats principaux, canard confit et agneau grillé. Viennent se poser sur la nappe deux belles cuisses de canard à la balinaise servies avec légumes du marché et une splendide bolinette de sauce de soja douce et de sauce piquante. Du côté de mon convive, une autre assiette, toujours décorée d’une feuille de bananier, sur laquelle trônent quelques brochettes d’agneau grillé, accompagnées de carottes et de concombres marinés et d’une sauce aux arachides garnie de tomates concassées et de petits oignons, le tout étant servi avec un savoureux bouillon de curry d’agneau. Entre les deux plats, une grande assiette de riz blanc, très parfumé et un peu collant.

Comme dessert: quelques bouchées de gâteau au beurre étagé, cuit longuement avec des épices spekkoek (recette hollandaise). Non, non, non, pas comme les brownies que vous avez mangés à Amsterdam la dernière fois… Un petit bol de pouding au riz noir, servi tiède dans une crème de lait de coco et un amusant gâteau tapioca à la banane en papillote de feuilles de bananier.

Repus, heureux, légers et divertis. Que demander de plus? On en profite pour contempler le décor qui a été adapté pour refléter la nouvelle nature de la maison. Très réussi. Y compris cette très belle grande photo de petits enfants indonésiens qui décore le mur derrière le bar.

Ah, un dernier détail. Le service chez Nonya est accompli avec cette douceur et cette délicatesse qui font que l’on aime aller au restaurant pour, aussi, se faire servir. Le grand talent des deux jeunes cuisiniers, Yvan et Sambas, est joliment épaulé en salle par le travail de leurs sœurs, Stéphani et Fransisca. Hé que j’aime ça, pouvoir, de temps en temps, vous en trouver un comme celui-ci. Et vous le recommander chaleureusement en sachant que vous aimerez.

Nonya
151, avenue Bernard Ouest
(514) 875-9998

Ouvert en soirée du mardi au dimanche. À midi, sur réservation pour groupes seulement. Aux beaux jours, la terrasse va faire un malheur. Table d’hôte, donc, à 25 dollars; à la carte, préparez une quarantaine de dollars par personne avant boissons, taxes et service. En indonésien, "Merci beaucoup" se dit "Terima kasih".

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