Le Cheval Blanc : une histoire de bière et d'art
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Le Cheval Blanc : une histoire de bière et d’art

Le bar emblématique de la rue Ontario a presque un siècle d’existence, dont trente ans de brasserie. Une longue histoire mêlant décor de cinéma, artistes émergents et ambiance underground…

« Ici, c’est pas un bar normal! », lance en riant François Martel, l’un des trois propriétaires du Cheval Blanc. Cheveux longs, look décontracté et verbe facile, il a l’allure d’un chansonnier. Après avoir servi quelques bières au comptoir, il vient s’installer à une table, avec sous le bras une pochette pleine de vieilles affiches de spectacle et de souvenirs marquant l’histoire du bar. Le Cheval Blanc est un peu sa maison, et François a une foule d’anecdotes à raconter. C’est qu’il y a servi ses premières mousses en 1986. Il est devenu propriétaire du bar en 2000 après quelques années à en faire la gestion.

Situé au coin des rues Saint-Hubert et Ontario, le Cheval Blanc a ouvert ses portes en 1924 comme débit de boisson. L’origine du nom? « On la sait pas, il y a un flou, répond François. Ça a été le Regency Cafe pendant longtemps. Le cheval blanc était un symbole de paix à la fin de la Seconde Guerre mondiale; à cette époque, beaucoup de bars à travers le monde ont pris ce nom. Ça vient peut-être de là… »

Avant, on y buvait de la Molson, puis le proprio décide en 1987 de se mettre à brasser sa propre bière. « Les bar-brasseries, ça commençait doucement aux États-Unis, mais on a été le premier bar de Montréal à avoir le permis de brasseur artisanal », se souvient François. 1 000 litres sont brassés deux à trois fois par semaine sur place, et une douzaine de sortes de bières sont proposées aux clients.

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« Bienvenue au monde entier »

En 2008, le Cheval Blanc s’agrandit, passant d’une capacité de 85 personnes à 135. La brasserie autrefois située à la cave est relocalisée dans la vitrine pour que les passants puissent voir le travail. La salle n’a pas changé depuis les années 50; pour garder l’ambiance, l’équipe du bar fait appel à une compagnie construisant des décors de cinéma afin de reproduire les mêmes matières.  « L’atmosphère de taverne, notre passé, c’était ça aussi notre identité. On voulait rester fidèles à nous-mêmes et à notre héritage », souligne François.

Ce bar est l’endroit « des amateurs de bières et des amateurs d’ambiance ». Autrefois taverne, le Cheval Blanc proposait de la bière moins chère que dans les bars, fermait à minuit au lieu de 2h ailleurs et avait un petit côté populaire. Une ambiance que les proprios ont toujours voulu garder: « C’est un état d’esprit qui fitte avec la bière. Aujourd’hui, la plupart des bar-brasseries sont plutôt bon chic bon genre… Nous on a tout le temps eu cette mentalité-là, de faire du volume, d’avoir du monde. Il faut que ça bouge et qu’il y ait de l’action! »

La petite phrase du bar, que François répète à l’envi, ça serait « Bienvenue au monde entier ». Les prix sont abordables, de la pinte aux plats de bouffe faite maison. Le bol de chili est ainsi à 5,75$ – « c’est simple, mais ça ment pas quand c’est cuisiné avec amour! » La bière est si peu chère que les proprios se sont quelquefois demandé s’ils ne devraient pas monter un peu les prix, sans quoi les clients pourraient penser qu’elle n’est pas bonne…

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« C’était alternatif, underground, magique »

C’est dans les années 80 que la clientèle commence doucement à changer, et le bar à prendre un tournant plus artistique. « Les gens de goût ou plus cultivés se sont intéressés à la brasserie – il y avait à l’époque les bureaux du VOIR à côté de chez nous. Ils étaient curieux de ce premier bar-brasserie, raconte François. La taverne attire une clientèle artiste, parce que la bière n’est pas chère et que les artistes sont souvent des gens fauchés! »

C’est ainsi que le Cheval Blanc commence à proposer ses premières expos d’art. Photos, dessins, BD, peinture, tout y passe. Pour le choix des exposants, l’équipe du bar y va d’abord en fonction de l’humain derrière l’artiste, l’histoire du gars, son côté sympa plutôt que son talent: « Chez nous c’était alternatif, underground, c’était magique. C’est comme ça qu’on s’est rendu compte qu’on aimait l’art… Sans jamais avoir la prétention d’être une galerie d’art, bien sûr. »

Il y a aussi de nombreux concerts. Mais les artistes doivent s’habituer à l’ambiance; la taverne, c’est pas une salle de spectacle et ça parle pendant que le musicien joue… L’entrée est toujours gratuite, mais on suggère une contribution volontaire – le Cheval Blanc a déjà amassé plus de 700$ au chapeau pour les musiciens d’un concert de jazz.

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Il y a quelques décennies, un ami vient voir le proprio de la part d’un « jeune artiste prometteur mais sans argent », en demandant s’il serait possible de venir tourner gratuitement un clip dans le bar. Ce jeune artiste, il s’appelait Jean Leloup. En 2009, c’est au Cheval Blanc qu’a lieu le lancement du premier album d’un certain Bernard Adamus. Et c’est dans ce même bar que le groupe Godspeed You! Black Emperor fait son premier concert.

Orchestre équestre et Festival du Film Poche

Il faut dire que la musique est importante ici. « Dans l’équipe du Cheval, on a toujours été des artistes. On travaillait trois jours par semaine, on amassait du pourboire, et le reste du temps on faisait nos peintures ou nos chansons chez nous », indique François – qui a lui-même sorti quatre albums. Ça jamme volontiers au bar, et son équipe organise régulièrement des événements artistiques « maison ».

Depuis environ vingt ans, l’Orchestre équestre envahit ainsi le Cheval Blanc à chaque Nouvel an: « C’est un concert d’une vingtaine de chansons présenté par le staff du bar, explique François. C’est toujours gratuit – on a seulement chargé une fois à la porte, car le Mirror avait parlé de notre concert et on avait peur de se retrouver avec des Américains sur la brosse… »

En novembre prochain aura lieu la 12e édition du FFP, le Festival du Film Poche, où tout le monde peut proposer un petit film fait maison, et que le pire gagne. C’est la comptable qui fabrique les trophées. Parce que si les serveurs jouent de la musique, la comptable peut bien dessiner aussi les affiches des événements artistiques… Ici, ça fonctionne comme une famille et chacun fait un peu de tout.

Pour couronner ce siècle d’aventures brassicoles et artistiques, des amis du bar se sont associés pour publier Le livre du Ch’fal Blanc: dix auteurs et dessinateurs y racontent le bar en dessins, poèmes et anecdotes plus ou moins inspirés de faits réels. Mais l’histoire ne s’arrêtera pas là. Cette année, 24 spectacles sont programmés, indique François. Un peu plus qu’à l’habitude. « On veut créer un renouveau autour du Cheval Blanc… »

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