Rémi Côté de PRC Music : Un long fleuve tranquille… et métallique! (Entrevue)
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Rémi Côté de PRC Music : Un long fleuve tranquille… et métallique! (Entrevue)

Les grands penseurs de l’industrie musicale croient fortement que le marché du disque se meurt. Que ce sont les plateformes numériques qui dressent le portrait face au futur de la musique. « Le format CD va disparaitre dans 5 ans! » est une phrase que l’on entend depuis au moins 15 ans. Question d’y aller avec le vent en pleine tronche, Rémi Côté, créateur du label PRC Music, continue de signer des groupes, de sortir des albums et de prendre de l’expansion. Est-ce parce que le public métallique se veut plus fidèle au format physique? De son bord du fleuve, Rémi Côté prend le temps de nous expliquer comment il gère sa machine qui, en 2018, est sur les chapeaux de roues!

Dans un premier temps, il serait important que tu puisses te présenter, étant donné que l’on connait toujours moins les gens qui sont en arrière de la scène ou dans ton cas, derrière un bureau!

Je suis un fan de metal depuis l’âge de 10 ans. J’aurai bientôt 49! Mes cousins m’ont corrompu au metal en me faisant découvrir des classiques comme British Steel de Judas Priest et Sabbath Bloody Sabbath, de Black Sabbath. Le premier disque que mon père m’a acheté, à ma demande, était Back in Black d’AC/DC.  Le noël suivant, mes parents ne m’ont acheté que des disques pour Noël. J’ai reçu la collection d’AC/DC, du Rush, du Styx. Quelques Led Zeppelin. Tout ça, avec une table tournante neuve, juste à moi! Donc j’ai grandi dans la musique rock et heavy.  Au secondaire, ça s’est amplifié et c’est devenu une véritable addiction.  J’allais au Rock en Stock à toutes les semaines y dépenser mon argent de poche. Je suis impliqué dans la scène locale depuis 1985-1986. J’ai participé à quelques fanzines et j’ai fait de la distro de démos. Les gens me connaissent surtout pour mon magasin de disques Profusion: Le Metalstore que j’ai opéré pendant presque 8 ans avant de le vendre. En quelques années, ce petit magasin était devenu un endroit culte à Montréal. Le gars à qui j’ai vendu a fermé le magasin, deux ans après. Dommage. J’ai eu aussi quelques labels auparavant, mais rien de trop convaincant mis à part Great White North. On a même eu un bureau en Europe! Il y a eu aussi PRODISK, avec lequel j’ai refait les Obliveon, Negativa et bien d’autres. J’aime garder ma vie privée, 100% privée. Je préfère rester anonyme plutôt qu’être à l’avant plan. C’est l’une des raisons de la vente du Profusion. Avec les  labels, je laisse parler la musique.

Depuis deux semaines, tu ne cesses d’annoncer de nouvelles signatures pour ton label, PRC Music. Peux-tu nous dresser un portrait global face à tes nouvelles signatures?

En fait, le but est de me concentrer sur l’évolution du label au niveau distribution et de bien nous situer en tant que label. De bien établir les bands et tout le reste, comme au niveau des concerts et des tournées. J’aime planifier les choses en avance car avec ma job, ma femme avec qui je suis depuis 20 ans, ma maison que je retape, c’est de la job. Ma maison est une vieille centenaire. Je fais aussi des voyages, ce qui est une autre passion! Avec ça, il y a mes enfants, qui sont deux Bergers Australiens! J’ai une vie bien remplie. J’ai fait 24 productions en 2017, incluant un vinyle. Ça m’a quasiment tué! J’en ai 20 en 2018 et je vais tomber à la normale en 2019 avec 10 ou 12 productions. C’est ce qui devrait être la norme pour les années suivantes. Mais il y a de plus en plus de travail car PRC a grandi énormément et je préfère maintenant pousser et travailler avec les groupes en équipe, prévoir les trucs bien en avance et travailler avec la même gang, le plus possible. Donc, avec le nombre de groupes sur le label, nous aurons assez de nouveau matériel pour sortir 10-12 albums par année pour les prochaines années. Maintenant, on va se concentrer sur les ventes de disques, la promo et les tournées pour notre écurie. Ça va être très difficile d’entrer dans notre clan dorénavant car l’entente est parfaite. La plupart des groupes comprennent ce qu’est PRC MUSIC. C’est du « tous pour un, et un pour tous » si tu vois ce que je veux dire. Les dernières signatures sont un mélange de coups de cœur et de stratégie, mais les membres des nouveaux groupes comprennent où on s’en va avec cette galère qu’est devenue PRC MUSIC. Pour finalement répondre à ta question, si tu connais PRC MUSIC depuis un bout, tu dois te rendre compte que généralement, on ne fait pas comme les autres. Et comme j’aime une multitude de styles de musique, il y a de tout sur PRC. Si tu prends les nouvelles signatures une par une, il y en a pour tous les goûts. Il y a du grind, du death metal, du thrash, du doom, du d-beat et du crust. Ça reflète mes goûts musicaux, mais aussi par le fait que dans la vie de tous les jours, je garde une ouverture d’esprit a tous niveaux. Ou presque!

J’ai comme l’impression que tu vas à contre-courant, étant donné que de nombreuses personnes tentent de nous faire avaler que le marché du disque semble… mort. Toi, tu confirmes que tu mets sous contrat des formations d’ici, qui demeurent peu connues pour le commun des mortels. Je me demandais si tu étais un gars de risque, d’instinct ou, même… les deux?

Je suis un gars de musique avant tout. Si j’aime un groupe, et que les membres sont compatibles avec ma vision des choses, c’est gagné! Je ne signe pas de groupe en me disant que « celui-là va vendre 2000 copies » ou autre chose du genre. Si tu prends Chadhel, par exemple. C’est tellement extrême, que même dans notre créneau, ça ne sera pas facile à vendre! Mais je suis tombé raide à l’écoute de quelques morceaux car le groupe est phénoménal. Point! Donc, à mon humble avis, il mérite d’être entendu et mon travail est de faire découvrir leur musique aux fans du genre en plus d’avoir du plaisir à travailler avec le groupe. C’est ça ma paye. Si tu savais le nombre d’heures que je passe sur PRC MUSIC dans une semaine. Tu me traiterais de fou! Mais c’est passionnant! Pour moi ce n’est pas un risque quand j’aime le groupe, sa musique et sa démarche. Ce qui est un risque pour moi, c’est plutôt d’embarquer dans un truc que je n’aime pas au départ. Ou lorsqu’il il y a quelque chose qui me déplait. J’aurais été capable de sortir des groupes de plus d’envergure, avoir voulu. Mais tu vois, il y aurait eu des compromis, des égos, beaucoup plus de « business » que de plaisir. En bout de ligne, je ne prends jamais de risque, tout est calculé, mais à ma façon. Le bottom line n’est pas ma préoccupation première.  Et puis j’aime aider des groupes à sortir de l’anonymat, je trouve ça gratifiant. Je souhaite à tous mes groupes de se faire signer sur Metal Blade, demain matin. Pas pour le spotlight, mais bel et bien pour propager leur musique encore plus!

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Quel est le processus qu’un groupe doit suivre face à une signature avec PRC Music?

Je ne sais pas trop quoi te dire là-dessus. Comme j’aime rester sain d’esprit, je commence toujours par demander aux membres des groupes sur PRC s’ils ont du bon monde à me présenter. Si les groupes avec qui je m’entends bien me disent : « Touche pas à ça », c’est certain que je ne vais même pas écouter la musique. Les groupes du label me connaissent maintenant, ils savent ce qui me fait suer ou triper. Ça doit connecter au niveau humain avant tout. Je n’ai pas de temps à perdre avec de gros égos, des rockstars de fin de semaine ou du monde qui change d’idée ou même de style à chaque quinze minutes. Alors j’écoute les chums et s’ils me disent « Hey, tu dois signer ce band-là », je fais des recherches sur le groupe, j’entre en contact avec le band et voilà! C’est très rare qu’il y a une signature à l’écoute d’un démo. Mais il y en a. Pour 2019, j’ai quelques coups de cœur comme I, Apokalypse, Chadhel, Accursed Spawn et Sights of War. En fait, je me fous si ton groupe a 25 000 likes sur ton Facebook! Si ça ne fitte pas au niveau humain, c’est non. Donc finalement, ce n’est pas facile. Essayez-vous avec des démos!

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tu n’as pas ton bureau des opérations à Montréal, ni même à Québec. Peux-tu nous expliquer ton choix face à ton emplacement qu’est la belle région de Trois-Pistoles?

J’ai vendu le Profusion en 2011, je suis partis vivre aux États-Unis pour quelques mois, question de décanter et prendre du recul, pour pouvoir m’enligner vers autre chose au retour. J’avais cette vieille maison centenaire dans le Bas St-Laurent pour nos vieux jours. On a juste pris la décision de foutre le camp hors de la ville, une fois pour toute. J’habitais à Rawdon, en montagne, sur le bord d’un lac. J’aimais l’endroit mais voyager à Montréal, matin et soir devenait une vraie corvée. Travailler dans le public est une autre chose, ce n’est pas toujours évident. Donc ma conjointe, Lucie, et moi avons opté pour une vie plus paisible. Je pêche de la truite à 2 minutes de la maison. Le set up est assez différent de la rue Ontario, admettons! Avec internet, on travaille de partout. J’ai passé 5 semaines à Cabarete, en République Dominicaine, cet hiver. Et j’ai travaillé sur des trucs, sur le bord de la piscine, à la plage! Donc le Bas St-Laurent est parfait pour moi. Je suis entre les deux plus grands centres, Rimouski et Rivière-du-Loup. J’ai la paix, on ne manque de rien et on fait avancer PRC MUSIC au rythme qui convient à notre vie de tous les jours. Jamais je ne retournerai dans la grande ville. J’y passe une journée ou deux, et j’ai juste hâte de revenir respirer l’air frais du fleuve.

Vois-tu ton label comme un label de transition qui permet à un groupe de s’établir tranquillement pour, par la suite, tenter une escapade vers une compagnie majeure?

Oui, absolument! Et je vis très bien avec cette idée-là. La première production de PRC MUSIC a été le premier Beyond Creation. Peu importe ce que les gens disent, c’est certain que cela a aidé le groupe au début car j’avais déjà des contacts. On a passé 1000 CD rapidement. Il y a aussi Black Crown Initiate qui a fait du bruit, assez rapidement. J’ai un groupe sur PRC qui part pour un label bien plus gros et je sais qu’il y en aura d’autres. J’ai fait deux albums avec Whipstriker et ils sont maintenant avec Hells Headbangers Records. C’est parfait comme ça! Tant mieux! Si demain Spirit of Rebellion signe avec Nuclear Blast, je vais être très content pour eux autres. Car tu vois, de nos jours, ces labels-là comme Metal Blade ou Nuclear Blast ne signent pratiquement plus de groupes qui n’ont jamais été signés. Des groupes qui n’ont jamais fait de la tournée à fond. Si tu n’as pas un historique imposant, dommage. Mais tu oublies ça. Donc, un groupe doit faire ses classes et souvent, le petit label a beaucoup de contacts. Ça ne peut qu’aider! Mais ce n’est pas tous les groupes qui visent ce genre de deal. La majorité des groupes avec qui je fais des affaires sont des pères de famille dans leur rang et ils vivent bien avec leur groupe. Ils font de petites tournées, sans ne jamais partir plus qu’une semaine ou deux. Il y a des gens pour qui PRC MUSIC est juste parfait. Ça fait 15 ans que je connais Franck Camus de Hybreed Chaos, il a tout fait avec moi. J’ai fait jusqu’à maintenant six projets avec Dominique, le chanteur de Doom’s Day. J’en suis à trois albums avec Saccage et j’en fais un quatrième en 2019. Spirit of Rebellion a trois albums sur PRC. Un tremplin? Oui. Jusqu’à un certain point. J’aime bien aider les groupes à viser plus haut, mais c’est vraiment cool quand, mettons Dhan de Saccage m’envoie un mail en disant : « Rémi, on a un nouvel album qui sortira en 2019 » et que j’ai juste à répondre « Cool Dhan, juste à me dire quand vous voulez ça out » et c’est fait. Pas de contrat, juste une bonne entente. Du plaisir et du riff! Et dans leur cas, de la bière en masse!  

Quels seraient tes meilleurs coups avec ton label, même sous ses anciennes appellations comme Prodisk ou Great White North?

Avec Great White North, je te dirais que l’ouverture du bureau en Europe a été quelque chose de fort pour moi. Me ramasser à Amsterdam avec mes partners européens, à dealer des sorties de death metal dans le Red Light, c’est spécial mettons! Haha! Au niveau musique, Dahmer. On a passé 3000 ou 4000 copies de la discographie studio, sans même faire de la promo. PRODISK, j’ai tripé à refaire le catalogue d’Obliveon, même si on a perdu énormément d’argent avec la faillite du distributeur Fusion III. Negativa, sans aucun doute, pour toutes sortes de raisons. Mais la meilleure shot a été le premier album de Profugus Mortis. Ça très bien marché ça aussi. 3000 ou 4000 copies vendues, je ne me souviens plus. Avec PRC MUSIC, je tripe sur tous les bands, donc je vais y aller avec un coup de cœur perso : la signature toute récente de Soothsayer! J’aime ce band-là depuis leur premier démo. De pouvoir sortir un album d’un band que j’ai vu 5 ou 6 fois en spectacle dans les années 80 et de me dire que 30 ans après mon énorme coup de cœur pour ce démo, je travaille avec eux. C’est comme revoir des vieux chums du secondaire 30 ans plus tard. On ne se connaissait pas, j’ai passé une soirée avec le band dans leur local à Québec à discuter. On a le même âge et on parle le même langage.On a décidé qu’on ferait de la musique ensemble. Celui-là me fait chaud au cœur, je suis bien content.

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Question d’ordre un peu plus émotive, dans le sens qu’elle implique Negativa. Le groupe a sorti son seul et unique mini-album avec toi. Est-ce qu’il existe du matériel enregistré, des démos ou même un album quasi-complet qui ne verra probablement jamais le jour?

Oui, effectivement, ça touche une corde sensible. Moi et Steeve, on était des chums depuis 1990. J’étais le gérant de Purulence et quand Steeve s’est joint à Gorguts, on est resté de bons chums. Negativa, on a comme travaillé là-dessus lui et moi, avant même que ça soit Negativa. Il voulait faire du black metal et il m’a demandé de l’aider avec son projet Thy Ceremony. Au début,  Il voulait un drummer qui entrait au poste. Comme il était un grand fan d’Obliveon, et que les gars étaient mes chums, je lui ai proposé d’entrer en contact avec Alain Demers. Il était, à nos yeux, et dans le temps, un des meilleurs drummers au Québec. Alain a embarqué dans le projet et il me semble qu’ils avaient monté trois pièces. Je vais te dire une chose. À la base, Thy Ceremony était comme un buzz à la Immortal mais à la sauce Hurdle. De voir Alain blaster sur les riffs incompréhensibles de Steeve, c’était beau à voir. Plus tard, Negativa a finalement sorti de l’ombre et j’étais pour gérer le band mais Maurice Richard est apparu dans le décor. J’ai finalement juste sorti le CD. Après ça, c’est comme tombé mort. Steeve a eu des problèmes personnels et ça presque tombé dans l’oubli. Un moment donné, Steeve me téléphone en me demandant si je pouvais me rendre à Sherbrooke pour discuter avec lui de ses plans avec son nouveau band et même, un peu plus. Je me rends à Sherbrooke, je vais à une pratique de son nouveau band qui était complètement dément. On s’est ramassé, plus tard, dans un parc pour discuter de Negativa. Il voulait qu’on travaille ensemble, que je gère le groupe et que je sorte le premier album sur mon label. Il y a un autre démo de 4 pièces, il me semble. C’est avec une chanteuse et ce n’est jamais sorti. Steeve voulait refaire les voix sur cet enregistrement-là et sortir ça avec le premier EP, en attendant que le « vrai » premier album sorte. J’avais le OK de refaire tout son matériel et le premier album était à moi. J’allais aussi gérer le band et les trucs solos à Steeve. Au final, on décide de ne pas attendre et de refaire une nouvelle impression du premier EP. On fait tout ça au téléphone car je suis dans le Bas St-Laurent et il est à Sherbrooke avec une nouvelle job. Il aime ce qu’il fait et on n’a pas vraiment le temps de se voir. J’ai reçu le pressage du mini-album deux ou trois jours après avoir eu la nouvelle que Steeve était décédé. Je n’ai pas fait de pub, rien pour annoncer le repress. Je me suis assis dessus pendant des mois. J’ai finalement commencé à distribuer ce pressage plusieurs mois après son départ. On s’est vu pour la dernière fois au parc, à Sherbrooke. On s’est parlé quelques semaines avant la date de merde que fut la date de son opération. Y’a pas une journée où je ne pense pas à mon chum. Je vais represser ce merveilleux EP à un moment donné. Juste pour véhiculer son grand talent, le plus possible.

Donc, tu organises un genre de festival pour ton label, le Metal Bash. Que peux-tu nous raconter sur cet évènement?

En fait, le Metalbash no 1 a été une décision de dernière minute. On avait signé le groupe suédois de rock progressif Montgolfière. Il venait en tournée au Québec en juillet, avec Opusculus, le groupe de mon vieux chum Thierry Alexandre Zambo. On a finalement organisé le show à la sauvette pour permettre aux bands du label de rencontrer nos Suédois. On est tous en contact, les groupes et le team PRC, via une page Facebook privée où je donne les nouvelles, les infos et tout le reste. Les groupes peuvent facilement se contacter pour des shows, des places à coucher ou pour du gear lors de concerts ou tournées. Donc à la base, c’était pour le fun. Et du fun, on en a eu!!! On se reprend cette année et je sais déjà que celui de 2019 sera beaucoup plus gros. Il sera sur deux jours et dans une salle plus grande. 2019 sera peut-être le dernier. Mais honnêtement, avec les groupes qu’on a sur le label en ce moment, je pense qu’on a de quoi faire un beau weekend bien heavy! Non?

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