Voïvod: Retour sur le concert donné lors du Festival de Jazz de Montréal (30 juin 2019)
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Voïvod: Retour sur le concert donné lors du Festival de Jazz de Montréal (30 juin 2019)

Lors de l’annonce, nous étions dubitatifs face à la présence de Voïvod pour le Festival de Jazz. Je m’imaginais de féroces férus de jazz, allant voir tout ce qui se retrouve dans la programmation et qui se retrouvent devant une avalanche de décibels métalliques. Ou le contraire, une présence fortement métallifère qui ne comporterait que les amateurs typiques du genre métallique.

En mettant le pied au Club Soda hier soir, je me suis rendu compte qu’il y avait un peu des deux. Le fanatique voïvodien attendait patiemment au bar aux côtés d’une tête bien blanche, portant un flamboyant polo.

C’était intéressant de voir ce type de dualité mais à la fermeture des lumières, tout est redevenu normal. En ouverture, le guitariste René Lussier et son comparse percussionniste Robbie Kuster avaient la lourde tâche d’ouvrir pour les légendes du thrash metal.

Si le Festival des Musiques Actuelles de Victoriaville est un évènement qui vous fait chavirer, vous avez pu apprécier l’aventure sonore du duo. Très éclaté et imprévisible, Lussier utilise l’archet et sa guitare pour provoquer des rythmes saccadés. Les percussions de Kuster suivent les coups de semonce de Lussier qui s’exécute avec une certaine hargne sur son instrument.

L’accueil se veut chaleureux et poli de la part de la foule. Il faut souligner la bouille sympathique de Lussier. Ses interventions se veulent amicales et amusantes mais en général, la jasette est courante pendant la performance du duo.

Sur leurs réseaux sociaux, Voïvod nous a laissé sous-entendre qu’une surprise serait présentée lors du concert pour le Festival de Jazz. Dans une courte vidéo, nous pouvions voir un quintette de cuivres s’exécuter mais il restait à savoir à quelle fréquence ce quintette serait utilisé.

De plus, il fallait se demander si Voïvod allait adapter sa prestation pour n’offrir que son matériel le plus progressif et accessible, question de se coller au festival.

Lorsque le directeur du Festival, André Ménard, est venu présenter le groupe, nous avons eu la réponse rapidement. Amateur de metal et du groupe, il était évident qu’il n’avait offert aucune limite au groupe québécois. Sa brève locution était surtout axée sur le fait qu’il avait remporté son pari en confirmant qu’un groupe comme Voïvod avait sa place sur la programmation. Fier et excité, il a laissé place aux musiciens qui se sont élancés sur Post Society.

Chewy, Snake, Away et Rocky étaient sur scène et l’emprise musicale se voulait puissante. Aucune présence des cuivres, ce sera pour plus tard!

Attentif, le public surveillait les moindres gestes des musiciens. Avec le temps, Voïvod est devenu une machine excessivement bien huilée et précise. Leur metal est soigneux et concis. Depuis la sortie de The Wake, le groupe a donné de nombreux concerts et s’est retrouvé sur des tournées majeures, mettant le groupe au défi à chaque soir.

Que ce soit sur une pièce plus dansante comme The Prow, plus pimpante comme The Unknown Knows, plus introspective comme Into my Hypercube ou plus ravageuse comme Voïvod, le groupe laisse la barre bien haute. Le plaisir d’être sur scène est toujours aussi palpable. Les nouvelles pièces comme Iconspiracy et Obsolete Beings se moulent à merveille avec les classiques que sont Overreaction et la succulente The Lost Machine, confirmant l’homogénéité du matériel du groupe.

Gagnant du Juno pour l’Album Metal de l’année avec The Wake, il restait un exemplaire du trophée à remettre. Effectivement, le réalisateur de l’album, Francis Perron, n’avait pas encore reçu sa précieuse statuette. Sans tambour ni trompette, le tout a été réglé hier soir, sous de chauds applaudissements!

Mon coup de cœur est allé à l’interprétation virulente de Psychic Vacuum. Les parties de batterie de Away se voulaient excessivement fluides, la voix de Snake possédait cette parcelle courroucée. La basse de Rocky était massive et potelée et la guitare de Chewy aurait pu épiler un porc-épic.

Juste avant d’entamer The End of Dormancy, Snake a fait un brin de jasette, le temps que le quintette de cuivres puisse s’installer. Question de donner un sens encore plus profond à leur présence au Festival de Jazz de Montréal, le groupe a cru bon de donner un petit « kick » additionnel en incorporant des cuivres sur cette pièce majeure du dernier album.

Tel un chef d’orchestre, Mongrain a effectué les gestes d’usage pour que le « Voïvod Big Band » puisse s’exécuter. La peur demeurait dans le fait que le tout puisse sonner comme étant bourré ou inopportun. Est-ce que la fusion allait avoir lieu ou allions-nous assister à deux entités différentes qui jouent des mélodies décalées?

C’est avec un grand sentiment de soulagement, autant de la part de la foule que des musiciens, que nous avons pu se laisser bercer par cet amalgame musical. La recette collait, la mixture possédait cette virtuosité délectable et aucun moment ne semblait poussé ou inadéquat. Sur la mesure finale, l’extase était au rendez-vous et les sourires étaient visibles.

Dan « Chewy » Mongrain est le petit génie derrière ce coup plutôt fumant et ingénieux. Il est facile de l’imaginer, papier à musique sur la table. Il est assis avec un café en train de mettre sur des partitions les notes qui seront jouées par cette série de cuivres. Moment unique ou à répéter? La balle est dans votre camp!

Incontournable demeure le salut à Piggy. C’est avec Astronomy Domine que la soirée a pris fin, nous laissant sur scène, un Voïvod victorieux mais surtout, confiant. Avant de repartir en tournée avec des machines de death/thrash comme Revocation, des techniciens du death que sont Psycroptic et des barbares de la vieille école que sont Skeletal Remains, il demeure essentiel qu’un groupe aussi différent que Voïvod puisse partir sur les routes, avec un large sentiment d’assurance!

Pari gagné pour le Festival de Jazz qui ouvre enfin, ses portes au metal!

À quoi peut-on s’attendre pour l’an prochain? Une soirée technique avec des groupes d’ici comme Gorguts ou Beyond Creation? Une plonge vers le metal cérébral d’Arcturus ou de Borknagar? Ou on pousse l’audace en accueillant Ulver?

Avec un Club Soda aussi rempli, le public a prouvé que le metal peut être très… jazzy!

www.facebook.com/Voivod/

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      Photos : Wayne William Archibald