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Angle mort

Comment devenir un écrivain célèbre

Dans les rayons du Chapters où je flânais, le titre du bouquin a tout de suite attiré mon attention. Comment je suis devenu un écrivain célèbre, traduction du premier roman d'un auteur américain inconnu, Steve Hely (Éditions Sonatine, 2011).

L'histoire: un loser reçoit une invitation pour le mariage d'une ancienne flamme. Parce qu'il ne veut pas se pointer à la cérémonie en tant que minable, il fomente l'idée de devenir un écrivain célèbre. De cette façon, l'ancienne flamme saura quel bon parti elle a laissé tomber. Notre bougre étudie donc les palmarès des best-sellers et édicte une liste de "règles" pour écrire un livre populaire. Il pond un bouquin en respectant sa recette. Un torchon imbuvable, certes, qui obtient néanmoins le résultat escompté.

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Ces jours-ci, on décharge dans les librairies une bonne part des 4000 nouveaux titres québécois publiés chaque année.

On sait déjà que dans le lot, seuls quelques miracles trouveront suffisamment de lecteurs pour se hisser jusqu'aux palmarès des ventes. Ce ne seront pas forcément de grands livres. Peut-être, mais d'un point de vue commercial, ce n'est pas un prérequis.

Inspiré par Comment je suis devenu un écrivain célèbre, j'ai voulu soumettre les palmarès au tordeur, histoire de voir s'il s'y cache quelques leçons utiles aux futurs écrivains célèbres.

J'ai donc décortiqué les tops 50 des ventes au Québec pour les années 2007, 2008 et 2009, soit les plus récents fournis par l'Observatoire de la culture et des communications. Que retrouve-t-on parmi les 150 titres les plus vendus au cours de ces trois années? D'abord, 74 livres québécois.

Oui, sur environ 12 000 nouveaux livres d'ici publiés en trois ans (4000/an multiplié par trois), 74 d'entre eux seulement se sont retrouvés dans un palmarès annuel des meilleures ventes.

Parmi les heureux élus, on dénombre 34 romans, 17 livres de recettes, de mieux-être ou de psycho-pop, 7 biographies, 6 guides automobiles et 10 autres genres d'ouvrages (essais, BD, etc.).

Premier constat: si vous voulez devenir un écrivain célèbre, écrivez un roman.

Les Patrick Senécal, Chrystine Brouillet, Michel Tremblay, Anne Robillard et Pauline Gill sont tous parvenus à placer trois romans dans ces trois palmarès.

Ces écrivains établis excellent dans leur domaine. Certains ont même le monopole d'un genre. Ainsi, tous les romans d'horreur des palmarès sont sortis de la tête de Patrick Senécal. Les seuls romans fantastiques sont ceux d'Anne Robillard. Chrystine Brouillet a l'exclusivité des romans policiers.

Deuxième constat: si vous voulez écrire un roman populaire, oubliez les "genres". Le marché québécois semble trop restreint pour permettre à plus d'un auteur d'avoir du succès dans un genre relativement pointu.

Cela dit, concentrons-nous sur les écrivains qui ont à peu près émergé de l'anonymat au cours de ces trois années. On en compte six. Ensemble, ils ont publié huit best-sellers. Nommons-les: Nadine Descheneaux, India Desjardins, Nicolas Dickner, Stéphane Dompierre, Rafaële Germain et Marie-Sissi Labrèche.

Contre toute attente, leurs huit romans partagent quelques similitudes. Écrivains en herbe, prenez des notes.

Cinq de ces six auteurs ont écrit au "Je". Ces romans comprennent presque tous une dose d'humour et la plupart sont des récits à saveur autofictionnelle. Par ailleurs, ces six auteurs ont tous produit des romans de moins de 300 pages, à l'exception de Rafaële Germain qui a étiré jusqu'à 528 pages son Gin tonic et concombre.

Sur les huit romans, seuls ceux de Dickner et Dompierre ne s'adressent pas en priorité à un public féminin. Les héros de six romans sur huit sont d'ailleurs des héroïnes.

Voilà donc ce que la relève littéraire a pondu: de l'autofiction courte, féminine, drolatique, écrite à la première personne du singulier.

Ru, de Kim Thúy, paru fin 2009, est trop récent pour faire partie de ces palmarès. C'est néanmoins LE phénomène littéraire de l'heure au Québec. Un tirage mondial de 100 000 exemplaires. De l'autofiction courte, féminine, drolatique, écrite à la première personne du singulier.

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Pour devenir un écrivain célèbre, vous savez quoi écrire.

Maintenant, si vous aviez l'intention d'écrire une brique assommante, un thriller politique déprimant ou quelque chose du genre, j'espère que ces conseils ne vous auront pas découragé. Écrivez ce que vous voulez, mais faites-le d'abord pour vous-même.

Car vous êtes votre premier lecteur. Et au Québec, en 2011, il y a de bonnes chances pour que vous soyez aussi votre dernier.

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