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Solo de clavier

2013, une année charnière

Je crois que la pire chose que l’on peut écrire sur un album n’est pas qu’il est terrible ou juste moyen, mais bien qu’il est «charnière».

Vous connaissez? On parle ici d’un disque où l’on constate surtout un changement de cap pour l’artiste en question. Voulez-vous un exemple récent? Prenons Reincarnated de Snoop Lion, dans les bacs depuis avril dernier. Le LP aura permis au rappeur enfumé de s’aventurer vers une carrière reggae… qui a été accueillie plutôt tièdement (d’où son flirt avec le funk depuis décembre?). En étant considérée comme «charnière», l’oeuvre devient, en fait, un point de transition l’éloignant dangereusement de sa mission première : inspirer les mélomanes ou, du moins, les faire taper du pied.

Et, pour moi, 2013 a été particulièrement «charnière» pour plusieurs volets musicaux.

Bien que l’année a été riche en parutions intéressantes (notons Modern Vampires of the City de Vampire Weekend, Chic de ville de Daniel Bélanger ou encore L’alchimie des monstres de Klô Pelgag), c’est toutefois le marketing musical qui remporte ma palme remise à l’ingéniosité en allant dans tous les sens. Distiller le secret entourant un disque au fil des semaines précédant son lancement aura réussi aux Daft Punk, Justin Timberlake et Arcade Fire, mais se sera incroyablement retourné contre Anik Jean par la bande.

De l’autre côté, balancer la production sans prévenir à la Beyoncé ou Sexe iIlégal a aussi séduit mélomanes et médias. D’accord, Sexe illégal l’a promu à sa façon – en agaçant les médias sur leurs réseaux sociaux -, mais le jeu n’aura duré que quelques heures… et je voulais vraiment mentionner le duo et madame Carter dans une même phrase. Est-ce qu’une des deux stratégies l’emportera finalement sur l’autre en 2014? À voir…

Marasme semblable du côté des genres musicaux alors que le GAMIQ et l’ADISQ avaient, encore une fois, quelques gagnants en commun dont les Soeurs Boulay et Gros Mené. Pas de mal, bien sûr, mais permettez-moi tout de même de glisser une petite suggestion: pourquoi ne pas lancer un dialogue, voire une collaboration, entre les deux entités afin de limiter les doublons, voire ratisser plus large? Je parle ici d’une complicité entre deux «camps» à l’image de l’album de la vainqueure de La Voix Valérie Carpentier qui aura décidément rassemblé la crème de la scène «alternative» (comme Arianne Moffatt, Alex Nevsky et Alex McMahon) à sa cause définitivement pop et, avouons-le, pas pire pantoute au final.

Assisterons-nous à davantage de combinaisons de la sorte en 2014 ou est-ce que le clivage entre ces différents paliers (musique populaire et alternative, artistes dans l’ombre ou encore projetés de force sous les feux) sera encore plus creusé? À suivre…

Les médias couvrant le quatrième art ont aussi plongé à pieds joints dans l’ambiguïté.

Aux États-Unis, par exemple, on a vilipendé et célébré les moindres frasques de Miley Cyrus tout au long de l’année pour ensuite grimper dans les rideaux lorsqu’on la considérait comme personnalité Times 2013. Le retour de Bertrand Cantat avec son duo Détroit a également fait jaser en Europe et au Québec; différentes tribunes servant de second tribunal pour l’ex-Noir Désir. De retour chez nos voisins du sud, un scandale sexuel impliquant R. Kelly et une mineure est revenu hanter le chanteur près d’une décennie après l’affaire. Pourquoi maintenant? Parce que Black Panties, l’album qu’il vient de lancer, est sexiste, voire quasi pornographique? Pourquoi pas avant, quand le bonhomme pataugeait dans le kitsch avec sa saga Trapped In The Closet, disons? Gros haussement d’épaules…

En attendant de voir comment l’année musicale 2014 va se dérouler, les premières parutions prévues, elles, promettent déjà. Bien qu’à ce jour, il n’y ait pas vraiment d’oeuvres qui s’annoncent fédératrices avant même leurs mises en marché, plusieurs «seconds albums» d’artistes fort imaginatifs et «premiers albums» de groupes roulant leur bosse depuis un bon moment laissent présager une douzaine de mois plus casse-gueule que… charnière.

Et c’est tant mieux!

Jour de paie

C’est, évidemment, le festival du party de Noël qui se poursuit.

Ainsi, ce vendredi, l’étiquette Dare To Care tiendra sa traditionnelle réception des fêtes au Divan orange. Comme chaque année, il faut être tiré à quatre épingles. Au même moment, au Cagibi, les artisans derrière la boîte de promotion Passovah se succèderont à la console.

Le lendemain, dirigez-vous au mysterieuxetonnants.com à 19h alors que le collectif derrière la baladodiffusion et émission de radio s’offre un nouveau «spécial de Noël» produit en format web-télé. Si vous vous sentez plus aventureux, Pierre Lapointe présente le spectacle pour son album Punkt à la salle André-Mathieu à Laval.

Sur ce, je vous souhaite beaucoup de santé, du succès dans vos études, de la chance dans vos amours et – surtout – plein de chansons qui susciteront un «Hey! C’est ma toune!» bien criard.

À l’année prochaine!