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Théologie Médiatique

Biz et Rebello : Des nuits de Gethsémani

Restez-ici tandis que je m’en irai prier là-bas
-Évangile de Matthieu, 26:36

Pas facile d’être un humain. Je devrais dire «pas facile» tout court… Sans doute, les fourmis ne se posent-elles pas de questions sur la facilité. Pas plus que les hippopotames ou les girafes. J’imagine –mais je n’en sais rien- que les girafes ne disent pas qu’il est difficile d’être une girafe. Quand on est une girafe, on est une girafe et ça suffit. Mais être un humain, c’est difficile.

Surtout quand l’humain est confronté à un idéal. Lorsqu’il suit un messie, qu’il croit en quelque chose qui lui paraît vrai, persuadé que la fin est proche et que cette fois, ça y est, encore quelques pas, et nous y arriverons. Ensuite, vient le doute: oui, mais, comment? Se pourrait-il que nous ne marchions pas dans les bons sentiers? Se pourrait-il qu’à force d’y croire nous courions à notre perte? Et s’il fallait changer de direction? Pire! S’il fallait changer d’idée?

Dans la mythologie chrétienne, c’est Judas, apôtre de Jésus, qui porte l’odieux de cette remise en question. On connaît le récit. C’est le baiser et la trahison. Je t’embrasse et, du coup, dans l’instant, je te trahis. On le sait, Judas livra celui qu’il suivait à ceux qui allaient le mettre à mort. Nous vivons tous, un jour ou l’autre, ce genre de nuit de Gethsémani. Le nier, c’est être un con. Les cons ont en effet quelque chose d’inhumain.

Vous connaissez la suite et, il faut bien le reconnaître, si ce n’était de Judas, vous n’auriez jamais entendu parler de Jésus. C’est fort quand même, la trahison.

Depuis quelques jours, les médias nous présentent des récits assez semblables à ces histoires anciennes. D’une part François Rebello qui, ayant embrassée sa chef Pauline Marois, est passé du côté du camp ennemi, laissant en quelque sorte cette dernière, une fois de plus, se faire crucifier par l’empire des sondages. D’autre part, Sébastien Fréchette, comédien qui jouait naguère le rôle de Biz dans Loco Locass, passait hier du côté de l’empire Star Académie, lui qui proférait, il y a quelques années à peine, les promesses de la rébellion à venir, lançant des «médiatribes» contre les royaumes médiatiques comme d’autres lancent l’anathème pour combattre le mal radical.

Dans les mains d’une poignée de CONRADidaux qui se baladent en PÉLADEAU sur DESMARAIS venteux Avant eux, il se démarrait à gauche, à droite quantité de quotidiens indépendants Dorénavant dans le vent uniformisant soufflant d’un océan à l’autre La barre n’est pas haute : elle est à tribord toutes Post to Post Propagande par la bande Ou réponse à la demande Je me demande s’il faut informer la nation Ou la former selon l’opinion de quelques gros canons du NON – Loco Locass, Médiatribes

Rebello a changé de camp. Biz a changé de camp. Le premier militera maintenant pour la saine gestion d’une province avant de réaliser son rêve d’un pays. Le second enseignera désormais la diction aux académiciens dans le camp de ceux qu’il dénonçait comme étant de gros canons du NON… Les deux se disant peut-être qu’à défaut de concrétiser le royaume qu’ils annonçaient avant-hier, il vaut mieux pactiser, un peu, avec ceux qu’ils combattaient. Un peu. En attendant, au moins.

Ce qui est intéressant au sein de cette mythologie médiatique qui se déroule en temps réel devant nos yeux de téléspectateurs, c’est que Rebello et Biz, si on peut dire, se sont auto-embrassés. Ils sont à la fois le messie qu’ils suivaient et celui qui le trahit. Ils se livrent eux-mêmes. Ce n’est pas un de leurs apôtres qui les vend à ceux qui souhaitent les mettre à mort. Ce sont eux. En toute connaissance de cause. Prenez-moi, crucifiez-moi!

Je laisse à d’autres le soin de produire une interprétation psychanalytique de l’auto-embrassage…

On connaît le récit ancien. Le lendemain, on trouva Judas mort, pendu, rongé par le remords peut-être. Jésus, lui, allait ressusciter pour devenir, assez ironiquement, le fondateur de la religion qui dominerait peu à peu l’Empire romain, allant jusqu’à mettre en œuvre ce qui deviendrait l’Église catholique romaine! Coquin de sort! Comme quoi, en crucifiant un type convaincu, considéré à l’origine comme un révolutionnaire par ses acolytes, un empire peut ensuite conquérir les âmes en son nom. Pas mal, quand même!

Et on sait qu’un empire muni du récit d’un messie pour convaincre les infidèles, ce n’est pas tous les jours facile. On verra, comme disait l’autre.

Biz et Rebello ont-ils commis un double suicide? En étant à la fois Judas et messie, se sont-ils pendus et crucifiés simultanément? Quel empire deviendra maintenant le temple de leurs nouveaux évangiles et, surtout, que deviendront ceux qui les suivaient avant leurs nuits de Gethsémani? Les deux semblent persuadés, comme Judas l’était peut-être, que leurs espoirs ont plus de chances de se concrétiser s’ils se livrent eux-mêmes. Car l’un comme l’autre opèrent ce changement drastique de cap en promettant à leurs fidèles que c’est le meilleur chemin pour parvenir à leurs fins.

En attendant des réponses –qui ne viendront peut-être jamais– à ces questions,  il convient de bien méditer la dimension tout humaine du baiser de la trahison. En effet, changer de camp, devenir le symbole de l’empire qui nous crucifie est peut-être, au fond, le moteur même de l’histoire. Nous pourrions même imaginer que le retournement de veste est en quelque sorte un carburant de la civilisation! C’est une hypothèse… Que serait le monde aujourd’hui si Judas n’avait pas embrassé Jésus pour le trahir?

…Et que serait le Parti québécois si René Lévesque n’avait jamais quitté le Parti libéral?

Allez savoir!

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