Théologie Médiatique

Droite et gauche… Anciennes et nouvelles églises

Il fallait bien terminer l’année. C’est le temps des bilans et des palmarès. Justement, l’Institut économique de Montréal (IEDM) vient de décerner ses prix pour 2012. Ce think tank du régime minceur de l’État a choisi de récompenser Éric Duhaime «pour sa façon originale de présenter le concept de création de richesse».

Originale… Le mot est bien choisi. J’ai appris à apprivoiser Éric Duhaime au cours des dernières années et, pour tout vous dire, je ne partage pas l’aversion que les gauchistes –même les modérés – entretiennent envers ce personnage médiatique. C’est un type presque sympathique et assez peu menaçant.

Loin de moi l’idée de critiquer ce choix, donc. Que les scouts se donnent des écussons et des décorations entre eux, c’est leur droit le plus strict. Tant mieux pour eux. Laissez-moi cependant saisir au bond l’occasion de réfléchir sur ce fameux débat droite/gauche qui semble avoir été la thématique de cette année houleuse.

Depuis quelques années, Éric Duhaime profite de toutes les tribunes dont il dispose pour clamer haut et fort qu’avant les années 60, nous n’avions aucune dette et que, donc, le modèle québécois issu de la Révolution tranquille est une hérésie économique puisque la dette augmente depuis à une vitesse vertigineuse.

Fort bien. Mais il faudrait préciser un détail, assez gros, qui semble parfois échapper aux néolibertariens dont Duhaime s’est fait le porte-parole. La prospérité de l’État pré-Révolution tranquille avait un corollaire: l’absence quasi totale de services publics. En effet, la vaste majorité des services publics que nous connaissons maintenant, notamment la santé et l’éducation, étaient dispensés par le clergé et ses diverses ramifications. C’étaient en effet les communautés religieuses qui soignaient les malades, éduquaient les enfants et, aussi, encadraient bien des activités telles que la culture et les sports.

Cet encadrement religieux, qui ne coûtait à peu près rien à l’État, avait aussi un corollaire: une certaine manipulation des âmes et des consciences. La charité et la solidarité étaient de bout en bout soutenues par un pari idéologique auquel il fallait adhérer, et les écarts de conduite devaient être confessés.

Coquin de sort! À bien y regarder, on découvre que la primauté de la liberté de conscience privée et individuelle, à laquelle sont sans doute attachés les chantres du libertarianisme, est intrinsèquement – et historiquement – reliée à la Révolution tranquille et au modèle étatique que nous avons collectivement bâti depuis les années 60.

Eh oui! L’émergence d’une pensée libertarienne au Québec, qui permet désormais la remise en question de l’État-providence, est une conséquence directe de la Révolution tranquille. De quoi réhabiliter les baby-boomers dans l’esprit de certains: ils ont tout simplement labouré le terreau social d’où ces idées ont pu émerger. Duhaime et ses comparses devraient vivement les remercier!

On sourit donc un peu en écoutant quelques protagonistes «originaux» de la nouvelle droite regretter l’époque bénie où l’État ne dispensait presque aucun service. Car ce regret s’accompagne nécessairement d’une certaine nostalgie de ce temps où le citoyen était d’abord et avant tout un fidèle paroissien payant aveuglément la dîme et, dans les pires cas où il usait de sa liberté, un pécheur…

Ce qui me fait penser que ce fameux débat droite/gauche qu’on nous présente depuis peu comme une nouvelle panacée décorée d’originalité n’est en fait qu’une reprise contemporaine du débat entre libéraux et conservateurs. Se pourrait-il que, sous le couvert de la «libârté» qui se veut purement et simplement économique, se cache en quelque sorte un conservatisme idéologique qui milite pour un retour aux sources de la Vérité avec un grand V, où la liberté de conscience peut être remise en question au gré de l’idéologie dominante… On pourrait le penser, surtout quand ce sont les mêmes qui vont jusqu’à soupçonner la gauche débridée de créer un climat favorable à l’islamisme radical.

J’ai l’air de plaisanter? Non… Eux!…

Cela dit, la gauche n’est pas dépourvue d’un certain dogmatisme non plus. Faire tomber les institutions religieuses ne tue jamais le religieux lui-même. La foi est une faculté humaine qui trouvera toujours de nouveaux lieux pour planter ses croyances. Se pourrait-il qu’en donnant à l’État-providence le rôle qu’avait naguère le clergé, nous ayons en même temps déplacé notre potentiel croyant vers la politique? On peut le croire, en tout cas, en constatant la dévotion presque fanatique dont font preuve certains groupes lorsqu’il s’agit de remettre en question tel ou tel aspect du modèle québécois. Le vocabulaire religieux est d’ailleurs à ce titre encore en usage, nos acquis sociaux étant, selon certains, purement et simplement «sacrés»… Comme les piquets de grève, d’ailleurs…

C’est peut-être ce qu’il faudrait se souhaiter, pour la suite des choses: la sécularisation du débat public. Pour l’heure, la droite et la gauche semblent se fonder sur une sorte de dogmatisme qui n’a pour but que de dénoncer les dogmes de celui d’en face, les uns accusant les autres de provoquer l’apocalypse, et vice-versa. Peu importe d’où l’on parle, la fin du monde est proche.

Il serait peut-être temps de sortir de ces églises et de passer un peu à table pour les Fêtes.

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