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Théologie Médiatique

L’ASSÉ et la gratuité scolaire: indignation permanente et randonnée urbaine

Je crois avoir déjà écrit quelque part que j’étais pour la gratuité scolaire. Je réitère aujourd’hui cette prise de position. Je crois fondamentalement que la culture, le savoir, les connaissances acquises par l’humanité sont la base du tissu social et que chacun devrait y avoir accès sans contrainte.

Je suis aussi assez certain d’avoir déjà écrit, à un endroit ou à un autre, qu’il faut bien souvent troquer la gratuité pure et simple contre l’accessibilité.

Ce que je n’ai jamais écrit, par contre, c’est que depuis quelques mois, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), loin de faire la promotion de la gratuité scolaire, semble plutôt vouloir faire la démonstration qu’un tel objectif est insoutenable politiquement.

On s’en souvient, dès novembre, c’est sur la forme que certains ténors de l’association critiquaient les rencontres thématiques préparatoires au Sommet sur l’enseignement supérieur. Par exemple, Blandine Parchemal, secrétaire aux affaires académiques de l’ASSÉ, s’indignait du trop court délai alloué pour se préparer. «Qui peut penser, écrivait-elle, qu’en deux semaines, il est possible de faire une recherche approfondie et sérieuse sur la question de la qualité de l’enseignement supérieur?»

Il est étonnant de devoir le rappeler à des gens qui s’évertuent depuis des mois à se faire passer pour des interlocuteurs crédibles en ces matières, mais on ne s’attend pas à ce qu’une association clairement positionnée commence à produire des recherches et des arguments à l’annonce d’un sommet. Alors que le conflit étudiant dure depuis plusieurs mois, que la question de l’éducation se pose comme un problème d’actualité depuis des années, on est en droit d’espérer que les principaux intéressés, qui plus est lorsqu’ils s’imposent comme leaders de la cause, aient déjà des conclusions sur lesquelles s’appuyer.

Quoi!? Un sommet!? Attendez, là! Vous nous prenez par surprise! Il faudrait que nous puissions étudier la question!

Est-ce à dire, alors, que l’ASSÉ crie dans les rues depuis des mois sans avoir fait la moindre recherche, sans avoir autre chose que des hypothèses sous la main?

C’est en tout cas ce qu’elle a commencé par faire valoir comme position. De quoi laisser songeur quant à la pertinence même de sa participation aux discussions.

La suite est à l’avenant. Les génies du marketing idéologique qui sévissent de ce côté de l’échiquier politique ont imaginé des slogans invitant plutôt à manifester: «Le sommet appartient au gouvernement. La rue est à nous!» pouvait-on lire sur des tracts de l’ASSÉ, comme si le gouvernement était propriétaire des débats de société. Voilà qui est pour le moins saugrenu. Ce slogan à lui seul résume assez bien une certaine mythologie du nous qui exclut à peu près tout le monde.

Parlant d’exclusion, il est aussi assez burlesque de voir l’ASSÉ remettre en question la participation du Conseil du patronat du Québec au sommet, tout en se revendiquant de la solidarité syndicale. On voudrait un débat de fond sur l’éducation et son financement, avec comme postulat que le savoir est un bien commun, mais on voudrait empêcher les représentants des employeurs d’y participer? Mais qu’est-ce que c’est que ces sornettes à la gratte-moi-le-genou? Devrait-on aussi exclure les syndicats?

Sans aucun doute, l’ASSÉ évalue assez mal son influence et son poids politique au terme du printemps que nous avons connu et à la suite du résultat du scrutin tenu à la fin de l’été. Il est vrai que le Québec s’indignait ce printemps. Il est aussi vrai qu’une grande partie de la population soutenait les étudiants, pas nécessairement dans une lutte visant à obtenir la gratuité scolaire, mais certainement pour revendiquer un dialogue politique et une certaine forme de respect de la part des élus. Tout ça dans un décor de collusion et de corruption.

Le résultat des élections nous force à un constat: au moins les deux tiers des électeurs n’ont pas soutenu Pauline Marois jouant de la casserole et portant le carré rouge.

Ça peut déplaire. Mais lorsqu’on joue aux échecs, il n’est pas utile de se demander quel coup on pourrait jouer dans une autre partie. Or, les pièces sont ainsi disposées: un gouvernement fraîchement élu et minoritaire, un ministre qu’on ne peut soupçonner de collusion et de corruption, l’annulation de la hausse qui a mis le feu aux poudres et la mise sur pied d’un sommet qui, s’il n’est pas parfait, a au moins le mérite d’asseoir les joueurs autour d’une table. S’il semble difficile dans ce contexte d’obtenir demain la gratuité scolaire pure et simple, en refusant de participer à cet effort de dialogue par simple bouderie enfantine, on est en tout cas certain qu’on ne l’obtiendra jamais. À moins de transformer l’ASSÉ en club de randonnée urbaine aux heures de pointe qui revendiquera l’indignation permanente – et gratuite elle aussi.

Or, l’indignation est une bougie d’allumage, pas un carburant, et encore moins une route…

…Et certainement pas une destination. 

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