Théologie Médiatique

La droite nounoune

Petite tempête médiatique dimanche soir. Invitée à Tout le monde en parle pour discuter de son nouveau poste d’animatrice matinale à la Première chaîne de Radio-Canada, Marie-France Bazzo a été passée au crible d’un questionnaire au titre calqué sur celui des récents ouvrages collectifs auxquels elle a contribué: De quoi le Québec a-t-il besoin? Un exercice surtout ludique où prenait place une question toute simple — de quoi la droite a-t-elle besoin?

— D’intelligence.

Ohhhh! Une boutade! Ça m’a bien fait rire. La «droite» serait un peu nounoune? Je laisserai Marie-France s’expliquer si le cœur lui en dit un jour, mais chose certaine, sur le coup, eh oui, ça m’est apparu comme une vérité implacable qui entraîne avec elle une ribambelle de tatas.

Mais un instant! De quoi parle-t-on? C’est quoi au juste «la droite»? Hein? Qui tu traites de tata au juste, là, Monsieur le génie universel?

Admettons que ce n’est pas une question à laquelle on peut répondre simplement.

Il suffit d’observer l’échiquier politique québécois pour s’en rendre compte. Considéré comme plus à droite sur le plan économique, le PLQ pourrait se classer à gauche sur le plan culturel, aussi à gauche en tout cas que Québec Solidaire sur certains aspects de notre vie sociale, notamment à propos de la laïcité. Le PQ, traditionnellement plus imprégné des valeurs syndicales — et ayant même flirté avec certains éléments socialistes — penche assurément vers la droite conservatrice lorsqu’il s’agit de définir la citoyenneté. À ce titre, bien des groupes réputés de gauche lorsque vient le temps de manifester contre les compressions ou les coupures dans tel ou tel programme social soutiendront, en même temps, des politiques identitaires plutôt fermes, allant même parfois jusqu’à souhaiter l’ajout de mécanismes légaux et coercitifs pour protéger un certain patrimoine historique.

On voit donc le problème qu’on doit affronter lorsque vient le temps de se situer de manière ferme sur cet axe gauche/droite dont on parle tant depuis quelques années. Plus encore, à bien y regarder, il se pourrait bien que cet axe soit insuffisant pour rendre compte de toutes les subtilités sociales. L’humanité est une chose complexe qui ne se réduit pas à une seule grille d’analyse, qui plus est quand cette grille ne comporte que deux catégories.

Qu’est-ce donc alors que cette fameuse droite suspectée de manquer d’intelligence?

Eh bien… C’est la «droite», justement. Ce courant de manchots du cerveau pour qui tout se résume à une sorte d’équation simple qui consiste à évaluer, en toute chose, le seul poids de l’État. Cette expression, «de droite», est passée dans les usages pour qualifier certains protagonistes du libertarianisme radiophonique qui, depuis quelques années, supplient la population de laisser tomber tout discernement pour s’en remettre — comme toutes les «sociétés normales», disent-ils — à un débat entre la gauche et la droite. Appelons ça du daltonisme politique.

La «droite», donc, c’est ce courant qui se qualifie lui-même de droite, et uniquement de droite; qui mange à droite, dort à droite, se gratte à droite et tourne en rond à force de braquer le guidon de son véhicule politique toujours dans la même direction. Quelque chose qui cloche quelque part? C’est à cause des gauchistes. Et hop. Tout devient si simple.

Coquin de sort! Ce sont les Éric Duhaime et Joanne Marcotte — qui n’en manquent pas une pour distiller en incantations les prières de la droite nounoune —, qui se sont longuement indignés de ces propos de Marie-France Bazzo. Le premier en se répandant à la radio en pleurnicheries — c’est pas fin insulter les gens — et la seconde en s’évertuant à répondre qu’à gauche on ne fait pas mieux. Remarquez la subtilité: vous parlez du bras droit? Ah! Ah! Et le gauche lui, hein, le gauche?

Et ta tête, Chose, elle est où? Il t’en manque la moitié?

Évidemment, aucun des deux ne s’est posé une question un peu embarrassante: comment se fait-il que, lorsqu’on parle d’une droite qui manque d’intelligence, ils se sentent particulièrement visés?

On peut bien s’en indigner, mais oui. Cette obsession de la catégorisation à la va-comme-je-te-pousse est un manque d’intelligence. On troque la subtilité pour la grossièreté, le discernement pour le gros bon sens, l’hypothèse pour la conclusion. Car il faut trancher rapidement. On nous explique que c’est simple: dis-moi de quelle main tu te touches, je te dirai qui tu es.

En aparté, il faudra bien un jour qu’on m’explique en quoi le bon sens peut être gros. Un psychanalyste s’intéressant aux symboles phalliques pourrait peut-être nous expliquer. Mais je m’égare.

La droite, comme possibilité politique, n’est pas une sottise en soi. Mais la droite, comprise comme une mouvance pseudo-intellectuelle selon laquelle il ne peut et ne doit exister que deux catégories où tout doit être rangé hermétiquement, a le même effet sur la civilisation qu’une lobotomie sur l’humain. C’est cette «droite» — qui revendique elle-même ce titre unique et univoque — qui se répand et fabrique en série des intellectuels à casquette qui vous répondront qu’au moins, ils ont le mérite de créer un intérêt pour la politique en intervenant sur les ondes de stations de radio populaires pour semer les graines de l’évidence éclatante: ben voyons, c’est évident que ça n’a pas de bon sens.

Il y a des nonos à gauche qui font pareil, que vous avez envie de me répondre?

Ben c’est ça, justement. C’est pareil. C’est nono. 

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