Refuges: Un nid douillet dans l'ancien crématorium
Visite libre

Refuges: Un nid douillet dans l’ancien crématorium

Les pompes funèbres du Carré Lépine ont fait place à des ateliers d’artistes. Le Collectif 5 investit ce lieu incongru, et probablement hanté, pour une expo de groupe qui invite au cocooning. 

Elles sont cinq, toutes éminemment sympathiques et éloquentes: Marilyne Bissonnette, Sarah Booth, Marion Gotti (récipiendaire du Prix Tomber dans l’Oeil 2014), Andréanne Jacques et Nathalie Vanderveken. Des artistes en proie à une florissante carrière qui se sont rencontrées dans le cadre d’une maîtrise à La Fabrique, seul pavillon basse-vilain de l’Université Laval.

Aujourd’hui, deux ans après avoir reçu leur diplôme, elles évoluent toutes en solo en plus de se regrouper à l’occasion pour produire des œuvres réellement collaboratives, des pièces souvent réalisées à dix mains. Un processus créatif que je comparerais à celui d’un formation musicale qui jamme dans un local de pratique pour, éventuellement, donner vie à un album, un opus qui cristallise les forces de chacun.

De gauche à droite: Marilyne Bissonnette, Sarah Booth, Nathalie Vanderveken, Andréanne Jacques et Marion Gotti (Crédit: C. Genest)
De gauche à droite: Marilyne Bissonnette, Sarah Booth, Nathalie Vanderveken, Andréanne Jacques et Marion Gotti (Crédit: C. Genest)

Dans une ville où les groupes de sculpteurs mâles sont rois, collectionnés par les musées et mandatés pour des proverbiaux 1%, Le Collectif 5 tranche par sa sensibilité toute féminine et, indéniablement, le sexe de ses membres. C’est une bouffée d’air frais, la preuve que les femmes savent se mettre ensemble pour s’éclater – même dans un milieu aussi compétitif et saturé que le marché de l’art.

Leur esthétique est empreinte de délicatesse, une poésie qui se déploie notamment avec l’utilisation (massive!) de fleurs séchées. Comme un petit baume sur la déprime saisonnière qui fait rage.

Refuges (détails), 2016, Collectif 5 (Crédit: C. Genest)
Refuges (détails), 2016, Collectif 5 (Crédit: C. Genest)
Débris de création (Crédit: C. Genest)
Débris de création (Crédit: C. Genest)

Les filles du Collectif 5 proposent une recherche autour de la matière : la cire, le plâtre et le latex, essentiellement. L’une de leurs pièces les plus fortes, un triptyque de ronds texturés, nous présente entre autres un genre bouquet de « plantes embaumées » dans la paraffine. Un clin d’œil historique involontaire, mais fort efficace.

De toutes les installations du corpus, seule celle du petit l’abri était complétée lors de mon passage peu avant le vernissage. Une œuvre sans titre, comme toutes les autres, qui propose une expérience immersive apaisante et un sapré beau décor à selfies. Comme un petit oiseau, on se love dans cet amas de branches, des tiges de foin encore pelucheuses qui craquent sous nos pieds. L’éclairage tamisé appelle lui aussi à la détente.

Vue de Refuges, 2016, Collectif 5 (Crédit: C. Genest)
Vue de Refuges, 2016, Collectif 5 (Crédit: C. Genest)

Présenter une expo dans un immeuble patrimonial (accessoirement : au-dessus d’un ancien garage à corbillards) comporte certains défis logistiques. Impossible, par exemple, d’accrocher quoi que ce soit aux murs. Tout a été accoté, posé en équilibre.

Le Réacteur, c’est le nom officiel de l’endroit, se situe à quelques pas seulement de Méduse, en plein cœur du circuit des galeries et de l’arrondissement La Cité. Un espace non institutionnel mais central qui captive et une proposition artistique léchée qui marquera sans doute l’automne 2016 à Québec. C’est du moins ce qu’on leur souhaite, ce qu’elles méritent.

 
Refuges
Jusqu’au 30 octobre
Le Réacteur (731 rue St-Vallier Est)
Ouvert tous les jours de midi à 17h

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