Feber E. Coyote, le rassembleur
Cinéma

Feber E. Coyote, le rassembleur

Plus de cinq ans après avoir amorcé le scénario, le musicien et réalisateur Feber E. Coyote s’apprête à concrétiser son projet Hank est en ville, un western attendu mettant en vedette Maxime Le Flaguais, Roy Dupuis et Geneviève Néron.

«En 2010, quand j’ai commencé tout ça, j’avais le complexe du petit cul qui commence. J’étais très ambitieux, mais j’avais sans cesse la crainte que ça se ferait pas», se rappelle Feber E. Coyote.

L’eau a coulé sous les ponts depuis le début de l’aventure Hank est en ville. Ponctuées de doute et de remises en question, les dernières années ont été heureusement teintées d’espoir.

Cette rencontre avec Roy Dupuis au Lion d’or en fait évidemment partie. «J’assistais à un évènement-bénéfice pour sa fondation Rivières. Je suis allé le voir avec mon scénario, j’avais à peu près 10 pages d’écrites. Je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : ‘’Un jour, on va faire un western ensemble.’’ Il m’a regardé avec la face d’un petit gars de huit ans», se souvient le Lévisien, encore emballé. «Je lui ai renvoyé le scénario deux fois, sans réponse, et il a finalement accepté de me parler. Le connaissant de réputation, je m’attendais à une conversation de trois minutes, mais finalement, ça en a duré 45! J’ai découvert un gars très passionné. Quand un projet l’intéresse, il va tout mettre en œuvre pour qu’il se réalise, peu importe le budget.»

Le synopsis a effectivement de quoi soulever l’intérêt. Hommage au cinéma direct sous fond de western américain typique, Hank est en ville est campé dans un village beauceron fictif en pleine Grande Noirceur.  «C’est l’histoire d’un cinéaste de l’ONF qui vient filmer une grève d’usine», raconte E. Coyote. «Il se rend compte que, finalement, c’est pas mal plus intéressant d’aller filmer son cousin qui joue du western dans le bar de son frère. Juste en face, y a un bar anglophone, pis le gars qui joue de la musique, il tripe sur la même fille que son cousin. Au moment où la confrontation s’installe, y a un shérif américain qui débarque pour enquêter sur une tragédie qui a eu lieu à l’usine.»

Affiche du film Hank est en ville. Courtoisie : Feber E. Coyote.
Affiche du film Hank est en ville. Courtoisie : Feber E. Coyote.

En six ans, le scénario a évidemment évolué : «Il est rendu 100 fois meilleur. Il y a des éléments qui ont été ajoutés. On n’est plus uniquement dans le western, on rentre aussi dans le film policier moderne, le film noir et le roadmovie.»

Markéting d’essai-erreur

Même s’il ne manque pas d’expérience derrière la caméra (il a notamment réalisé un ambitieux et captivant documentaire sur le groupe trad Le Rêve du Diable), Feber E. Coyote connait assez bien l’industrie du cinéma au Québec pour savoir qu’elle ne favorise que très rarement les projets de long métrage de la relève : «Quand tu déposes ton projet, on peut aimer ton scénario, mais vouloir le donner à un autre réalisateur. Moi, je voulais absolument assurer ce rôle, donc j’ai décidé de pousser le projet avant même de l’avoir tourné.»

De là l’idée des capsules tournées et publiées sur sa chaine Youtube en 2011. De là aussi l’idée de la page Facebook, des vidéos making of, des t-shirts promos et de la trame sonore du film paru en octobre dernier. «C’est du markéting d’essai-erreur. J’me laisse aller au gré de ce qui me tente», soutient-il. «Le but général, c’est de bâtir une communauté autour du film afin d’intéresser la SODEC, Téléfilm et les distributeurs. Jusqu’à maintenant, ça va bien, mais ça reste une stratégie risquée. J’investis beaucoup d’argent et de temps là-dedans… C’est ma tête que je mets sur le billot.»

Autoproduit, l’album Chansons pour Hank a bénéficié d’une campagne de financement participatif sur le site Haricot. Même s’il n’a récolté que 4600$ sur un objectif préétabli de 52 000$, le musicien (qui compte plusieurs parutions à son actif) a quand même décidé d’aller de l’avant avec ce projet musical, qui intègre les voix des acteurs du film (même celle de Roy Dupuis!).

«Je suis un grand fan de folk, de western et d’americana. Pour moi, c’était donc très naturel d’écrire des chansons dépouillées comme ça. J’ai eu l’envie d’en faire un disque par amour pour les années 1950, mais aussi pour financer le film en réintégrant l’argent des droits d’auteurs directement dans le budget», explique-t-il. «Le financement Haricot m’a surtout permis de faire une étude de marché sur le public intéressé à mon film. Ça m’a aussi permis de me rendre compte que le crowdfunding est une mode qui s’essouffle. J’ai assisté à beaucoup de préjugés, genre des ‘’j’paie déjà ça avec mes taxes!’’.»

Heureusement, la troupe garde le moral et croit encore au potentiel du film. L’idée même du scénario soulève l’intérêt d’un milieu western, qui dépasse déjà les frontières du Québec. En Normandie, un évènement en soutien au film a d’ailleurs été organisé. «Ça, c’était assez spécial», admet le réalisateur. «Il y a des gens qui m’ont contacté sur Facebook pour me demander s’ils pouvaient organiser un bal country en l’honneur de Hank est en ville. J’ai évidemment accepté et je leur ai envoyé une petite vidéo de remerciements à retransmettre pendant la soirée. C’était très sympathique de leur part. Ils ont ramassé 1000$ pour le film.»

Ravivé par des signes encourageants de la sorte, Feber E. Coyote déposera son projet à la SODEC l’an prochain : «Je suis très confiant… Mais peu importe leur réponse, je tourne à l’automne 2017.»

Site officiel

Les offres culturelles sur Boutique.Voir.ca

Obtenir plus d’argent pour voir des spectacles? OUI C’EST POSSIBLE!