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Les Canadiens au IFFR : Une cuvée riche et variée
Cinéma

Les Canadiens au IFFR : Une cuvée riche et variée

Si la ville de Rotterdam, à trente minutes de train au sud-ouest d’Amsterdam, est reconnue pour son architecture moderne et audacieuse, le Festival International du Film de Rotterdam (IFFR) contribue à y insuffler un vent de frénésie en plein cœur de l’hiver.

Il y a deux ans, j’ai eu le plaisir et le privilège de découvrir le festival en tant que jury FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique) et cette année, pour sa 48e édition, j’ai retrouvé un festival en pleine forme. Rencontres uniques, découvertes cinématographiques inusitées et soirées festives; la ville de Rotterdam expose une fierté palpable envers son festival. Partout, les commerces arborent fièrement le tigre, emblème félin du IFFR. Chaque année, plusieurs Canadiens se retrouvent dans cette ville portuaire pour présenter leur film.

Cette année, la sélection était audacieuse et éclectique. Déjà, le fascinant ciné-concert Les sept dernières paroles, réalisé par sept cinéastes de talent, constitue l’un de mes coups de coeur. Pour les amateurs de gore, la comédie noire Harpoon du Britanno-Colombien Rob Grant assume pleinement les codes du film de genre. Le réalisateur décrit son film comme une adaptation post-moderne d’Edgar Allan Poe, mêlant Un couteau dans l’eau avec l’esprit de Seinfeld. Même si le film ne m’a pas entièrement convaincu, les joutes verbales et le climat d’oppression qui règne sur le yacht, où se développe un singulier triangle amoureux, sont dignes de mention. Isolés, sans nourriture ni eau, les protagonistes sont confrontés à leur nature la plus sombre, où le cannibalisme devient rapidement une option. Nul doute que ce film saura plaire aux inconditionnels du festival Fantasia! À Rotterdam, j’ai pu constater les réactions vives du public dans la salle comble, passant du rire au dégoût.

Présenté en compétition internationale au FNC – qui soufflera aussi ses 48 bougies cette année – Genèse de Philippe Lesage continue sa tournée. Cette œuvre, qui creuse un clivage narratif et émotif entre deux réalités, nous présente un Théodore Pellerin dans une forme olympienne. Grâce à son jeu crédible, l’acteur parvient à montrer une magnifique part de vulnérabilité tout en étant capable de grands coups d’éclat. Ce film illustre aussi que le simple fait de se tenir la main pour la première fois peut être la plus belle et la plus tendre chose au monde.

Également présent au FNC, Dominic Gagnon, adepte des collages, parcourt les méandres d’Internet afin de créer une mosaïque humaine actuelle avec Going South. Grâce à sa démarche propre, le cinéaste n’a pas fini d’établir, dans toute sa subjectivité, d’étonnantes connexions et de saisissants contrastes. En outre, le documentaire Carmine Street Guitars de Ron Mann faisait l’objet d’une projection gratuite dans un décor décontracté et propice aux échanges, le Scopitone Café.

À Rotterdam, les courts métrages, inclus au sein de programmes thématiques et variés, ont la cote. La plupart des séances étaient complètes, ce qui témoigne d’un enthousiasme évident envers cette forme d’art brève. De nombreux lieux de projection facilement accessibles possédaient chacun une ambiance unique, feutrée ou effervescente, où se réunissaient les cinéphiles. En ce sens, je tiens à souligner le travail des 10 Canadiens sélectionnés dans les différentes catégories (Stephen Broomer, Erin Buelow, Jonathan Culp, Jaene F. Castrillon, Pierre Hébert, Francisca Duran, Malena Szlam, Mike Hoolboom, Vincent Meessen et Gabi Dao) notamment pour leur première ou deuxième œuvre (Bright Future) ou en lice pour gagner l’Ammodo Tiger.

Il m’apparaît également incontournable de mentionner le travail de la documentariste Catherine Hébert, qui présentait son film Ziva Postec. La monteuse derrière le film Shoah. Lorsque je l’ai questionnée sur sa volonté derrière cette entreprise, elle m’a confié ses intentions et sa démarche: «Pour moi, deux thèmes qui me sont chers teintent le documentaire et lui confèrent une portée qui va bien au-delà du simple récit biographique: la mémoire et l’engagement dans la création. Il m’est apparu clairement que le film que je voulais consacrer à cette femme ne devait être ni un portrait ni une biographie. Ziva Postec devait d’abord être un film qui plonge dans la vie d’une femme et qui questionne la mémoire même; celle qui se grave en nous, comme celle qui se transmet – ou non – d’une génération à une autre».

Cette œuvre très touchante rend hommage à une femme formidable, sans qui le film-fleuve de Claude Lanzmann n’aurait sans doute pas eu autant d’impact. Le film de Catherine Hébert, déjà fort bien reçu aux RIDM, retrouvera le chemin des écrans québécois dès le 15 mars.

Finalement, c’est bien un Québécois, Kim Nguyen, qui a l’honneur de clore le festival le 2 février, avec son plus récent projet américain, The Hummingbird Project, mettant en vedette Jesse Eisenberg et Alexander Skårsgard.

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