BloguesCyber-boom!

Lettre intime à Éric Duhaime

Salut Éric!

J’ai su, par l’entremise des médias sociaux –quelle époque de con tout de même, tu ne trouves pas?- que tu étais contre la venue d’islamistes radicaux à Montréal. Je te cite : «Le PQ veut sauver notre identité avec de beaux discours sur sa Charte des valeurs québécoises mais n’est pas foutu, dans le concret, d’interdire au Palais des congrès de Montréal (propriété du gouvernement du Québec) de louer ses locaux pour la tenue d’une conférence islamiste, misogyne et homophobe.»

Ça m’a donné envie de t’écrire. J’espère que tu liras cette courte missive. Pardonne-moi à l’avance les éventuelles maladresses. J’y vais comme ça vient.

Donc je t’explique. Ok pour bannir la haine et la discrimination de nos débats sociaux. Ostraciser un groupe social, toi et moi on n’aime pas ça. J’en suis. C’est contre l’éthique libérale et, comme tu sais, je suis un libéral. Enfin, je ne sais pas si tu le sais, mais je te le dis. Je sais que toi tu es un conservateur déguisé en libéral, mais bon, je te prends comme tu te présentes. Pas de chichis. Manifestement, la haine, le mépris, on n’aime pas ça donc. Ça ne devrait pas exister.

Donc tous ces types qui, au nom d’une idéologie, se baladent la haine à la bouche pour inviter à taper des femmes, à être méchant, ça nous emmerde. N’ayons pas peur des mots, ça nous fait carrément chier.

Bon. On se comprend. On est d’accord hein Éric?

Alors j’ai une question toute bête.

Quand tu utilises ton micro pour alimenter la haine envers les BS et les itinérants, Éric, on fait quoi avec ça? Il faudrait l’interdire?

Tu ne te souviens pas? Attends… C’était il y a quelques semaines. Tu parlais de cette affaire concernant une succursale de la SAQ. Cette dame qui faisait la manche pour quelques sous. Tu avais pris la défense de ce pauvre fou qui avait écrit une lettre la menaçant de mort en souhaitant de tous ses vœux l’extermination de ces moins biens nantis qui n’ont d’autre choix que de nous demander du change alors qu’on s’achète des bouteilles à 20$. Tu te souviens de ses mots : «ramasser tous ces microbes ambulants au camion-benne à vidanges et les brûler à l’incinérateur Des Carrières»… Pas mal comme haine, non?

Mieux encore, au lieu de dénoncer ce type, tu t’étais plutôt mis en colère contre la SAQ qui vend son vin trop cher. Une recette que tu connais bien… Être en maudit après l’État alors que tu veux acheter une bouteille à 20$ en paix sans toute cette racaille à la porte. Une raison de plus pour être en beau torvisse selon toi. Le type déjanté, lui c’était une victime. Tu ne te souviens pas? Allez, écoute-toi un peu.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Avoue que c’est pas mal non? Bon… Je résume. Les pauvres mendiants devant la SAQ, allez, hop, on fait le ménage. Anyway, on se fait fourrer, le vin est trop cher. Le type fêlé du bocal avait bien raison au fond.

Je ne te cite pas mal hein? Tu as tout l’extrait audio pour t’en assurer. C’est bien ce que tu disais?

J’ajoute ces propos à une ribambelle formée par ceux de tes collègues Éric. Des gens que tu ne dénonces jamais. Il y avait ce bon vieux Jeff Filion il y a quelques années qui encourageait ses auditeurs à trouver la pire maison de BS à Québec. Tu te souviens de cet âge d’or de la liberté d’expression? C’était quelque chose. De pauvres gens se faisaient pointer du doigt, ostraciser comme je te disais. Ils devenaient la risée de toute la ville de Québec. C’était les cyclistes aussi, il y a quelques mois pour un de tes collègues. Il fallait les klaxonner pour les dénoncer. C’était même devenu un jeu, «Let’s honk a cyclist» que Maurais appellait ça. De la bêtise teintée d’humour tu me diras… Ben oui, mais encore de la haine… Encore. Et il y avait l’autre aussi. Comment son nom déjà? Ah oui! Monette! Celui qui voulait castrer les itinérants et les BS pour les envoyer dans le nord. Encore des bonnes blagues. Mais oui, de quoi rire, tout bonnement… Mais aussi de quoi diviser, de quoi haïr, de quoi mettre à part… Du carburant pour détester.

Je passe sur tout le reste, on n’a pas toute la soirée toi et moi. On doit avoir une opinion demain, faut faire nos devoirs… Mais je pense que tu comprends le principe.

Petit à petit, tu le sais, tu as travaillé fort pour devenir le maître à penser de toute cette faune qui se réclame de la liberté d’expression, Éric. Tu en es même assez fier. Enfin, on discutera un jour de la différence entre la liberté d’expression et la liberté d’être con, mais c’est une autre histoire.

Alors Éric, la haine de l’autre, l’ostracisation au nom d’une idéologie, les préjugés, cette merde qu’on met dans les crânes quand les crânes sont vides, il faudrait bien interdire ça un jour, non? Ou au moins dénoncer, s’indigner… Enfin… Je comprends que tu es franchement contre quand il s’agit d’islamistes radicaux qui débarquent pour semer la haine publiquement dans notre sympathique pays… Mais bon, notre haine à nous, la haine du terroir… Qu’en est-il?

Allons droit au but, en somme, Éric… Avec toi, ou plutôt avec ton discours de merde qui incite les auditeurs à détester les mendiants devant les SAQ, on fait quoi au juste?

Un show de radio?

Ou rien?

Bonne soirée Éric. Ne m’invite pas à ton émission pour en débattre. Je n’irai pas. Je suis au régime. J’essaie de manger mieux.