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Islam radical sous « Enquête »: quand le hijab voile la réalité

Sous le couvert de présenter un reportage sur l’islam intégriste au Québec, c’est en fait à la reprise du discours « anti-charte » ‑ c’est-à-dire anti-laïcité ‑ que s’est livrée Radio-Canada avec son reportage de l’émission Enquête du 27 novembre, Montée de l’intégrisme : lever le voile.

L’essentiel du reportage réalisé par Johanne Faucher a été consacré à défendre le port du voile, à présenter des extraits insipides de sermons d’imams, à discréditer les observatoires Poste de veille et Point de bascule, à réduire le projet de charte sur la laïcité du Parti Québécois à un facteur de tensions sociales, à accuser les médias d’islamophobie. On se serait attendu à ce qu’elle cherche à comprendre comment fonctionnent les intégristes et ce qu’ils pensent. On se serait attendu à un organigramme des différentes mouvances islamistes présentes au Québec. Il y a manifestement eu un grossier détournement du sujet.

Le sens de son reportage est en fait de nous dire qu’elle n’a pas trouvé trace d intégriste. « Après des mois d’enquête, nous n’avons pas trouvé de groupes intégristes organisés qui auraient comme objectif secret de détruire la démocratie et ses valeurs », peut-on lire sur le site de l’émission. Pourquoi ne pas avoir donné la parole à des gens comme Fabrice de Pierrebourg, auteur de Montréalistan- Enquête sur la mouvance islamiste ?

La question de départ était « Existe-t-il des groupes intégristes musulmans à Montréal? ». Passer de cette question à une conclusion telle que formulée plus haut relève de la désinformation et de la malhonnêteté intellectuelle.

Un milieu grouillant d’activités…

Pourtant, non seulement l’intégrisme est bien présent mais également le terrorisme islamiste. Depuis 1999, au moins sept projets pouvant être qualifiés d’actes terroristes (voir la note à la fin du texte) et impliquant des islamistes radicaux actifs au Canada ont été déjoués. Voici ce que j’ai pu trouver en quelques heures à peine avec mon seul ordinateur comme outil d’enquête (les astérisques indiquent des faits impliquant des résidents du Québec) :

1999* : Ahmed Ressam est arrêté à la frontière canado-américaine de la Colombie-Britannique alors qu’il transportait des explosifs destinés à un attentat ciblant l’aéroport de Los Angeles. L’enquête montre qu’il appartient à une cellule dormante d’Al-Qaïda. Reconnu coupable, il purge une peine de 37 ans de prison. Ressam s’était établi à Montréal en 1994.

2004 : Momin Khawadji, un résident d’Ottawa désireux de rejoindre les Talibans, est arrêté et accusé d’avoir participé à la fabrication d’explosifs destinés à une cellule terroriste de Londres. Il purge une peine de prison à vie maintenue par la Cour suprême.

2004* : Sleiman el-Merhebi est arrêté en lien avec l’incendie d’une bibliothèque juive à Montréal et plaide coupable. Le jugement, qui le condamne à 40 mois d’emprisonnement, qualifie son geste «d’acte de terrorisme motivé par la vengeance, la haine et les préjugés».

2006 : la GRC démantèle une véritable cellule terroriste en procédant à l’arrestation de 18 jeunes à Toronto qui s’apprêtaient à commettre des attentats contre le parlement du Canada et d’autres cibles à Toronto. Difficile de savoir si tous ont à ce jour subi leur procès mais au moins quatre de ces procès ont fait les manchettes par la suite : ceux de Saad Khalid, de Fahim Ahmad, de Zakaria Amara et d’un mineur qui purgent tous de lourdes peines.

2007* : Saïd Namouh, de Maskinongé au Québec, un « relationniste » de Ben Laden qui attendait de se faire kamikaze au Québec ou à l’étranger, est arrêté et accusé de propagande terroriste et d’avoir participé à l’élaboration d’attaques terroristes visant l’Allemagne et l’Autriche. Il a été condamné à perpétuité en 2010.

2010* : Misbahuddin Ahmed, technicien à l’Hôpital d’Ottawa et originaire de Montréal, est arrêté et accusé de préparer des attentats terroristes contre des cibles canadiennes et étrangères, dont la base militaire de Trenton en Ontario. Reconnu coupable au terme d’un procès devant jury, il a été condamné, en octobre dernier, à 12 ans de prison.

2011 : Mouna Diab est arrêtée à l’aéroport de Dorval et sera accusée, en vertu de la loi anti-terrorisme, d’avoir tenté d’expédier des pièces d’armes au Hezbollah. Elle faisait partie de la délégation de musulmanes voilées qui sont aller faire la leçon aux gens d’Hérouxville, en 2007, pour lutter contre leurs supposés préjugés à l’égard de l’islamisme politique.

2012* : Chiheb Battikh est condamné à six ans de prison pour une tentative d’enlèvement d’enfant à Outremont dans le but de réclamer une rançon de 500 000$ aux fortunés parents. Les médias n’ont relaté que les aspects rocambolesques de ce raté. En réalité, Battikh est un cadre de la Muslim Association of Canada liée aux Frères musulmans et il a transféré d’importantes sommes d’argent vers la MAC lorsqu’il était trésorier de la mosquée Jamat-E-Islahul Muslemin du Mississauga, nous apprend Poste de veille.

2013 : un couple de Victoria converti à l’islam et émule d’Al-Qaïda, John Nuttal et Amanda Korody, est accusé de complot dans le but de déposer un engin explosif au parlement de Colombie-Britannique. La cause sera entendue en janvier 2015.

2013* : Chiheb Esseghaier, résident de Montréal, et Raed Jaser, résident de Toronto, sont arrêtés et accusés de complot dans le but de faire sauter un train de Via Rail sur la ligne Toronto ‑ New York. Esseghaier est celui qui refusait d’être menotté par une femme et qui refuse d’être jugé selon les lois canadiennes, ne s’en remettant qu’aux lois de la Sharia. Le procès doit se tenir au début de 2015.

2013 : Un rapport du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) met le Canada en garde contre l’arrivée de sunnites radicaux au pays. Le rapport, hautement caviardé, mentionne que la propagation d’un islam violent n’est pas limitée aux centres religieux mais a atteint les prisons et les milieux familiaux.

2014 : selon le SCRS, environ 130 Canadiens soutiennent des activités de groupes extrémistes à l’étranger et au moins une trentaine d’entre eux combattent aux côtés des djihadistes de Daesh en Syrie.

2014* : deux militaires sont tués à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa par deux convertis kamikazes se réclamant du djihad islamique.

Les crimes d’honneur ne peuvent évidemment pas être considérés comme des attentats ou comme du terrorisme, mais ils n’en témoignent pas moins de la présence d’un islam intégriste lorsqu’ils sont commis au nom de valeurs enracinées dans cette culture religieuse. À la liste qui précède, il faut donc ajouter les deux cas suivants :

2007 : Muhammad Parvez et son fils Waqas, de Brampton en Ontario, sont arrêtés et seront condamnés à perpétuité pour le meurtre par étranglement de la jeune Aqsa Parvez, 16 ans. Le motif : elle refusait de porter le voile islamique et refusait le mariage arrangé par son père.

2009* : Mohammad Shafia, sa femme Tooba Mohammad Yahya, et leur fils Hamed, de Montréal, sont arrêtés pour le meurtre par noyade de quatre femmes de la famille. Le motif : elles défiaient l’autorité du chef de clan Shafia, voulaient vivre à l’occidentale et une jeune avait un amoureux. Reconnus coupables devant jury, ils sont condamnés à la prison à vie en 2012.

Quand le voile vous empêche de voir

C’est fou comme on peut avoir la mémoire courte. Tous ces faits ont largement été couverts par les médias mais nos valeureux enquêteurs de l’émission Enquête concluent qu’ils n’ont pas vu l’ombre d’un intégriste au Québec.

Johanne Faucher a mentionné le complot des « 18 de Toronto » et celui contre Via Rail, mais pour dire que les véritables complots sont déjoués. Donc tout est sous contrôle. Quant aux deux meurtres de militaires, ce n’était que l’œuvre de « jeunes tourmentés », dit-elle. Des « loups solitaires » à l’esprit tourmenté, voilà à quoi les médias réduisent les auteurs de ces attaques. Sûrement pas des individus agissant par idéal en réponse à un appel au combat. Ben voyons donc!

Le problème, c’est que ça commence à faire beaucoup de loups solitaires. Si les assaillants de Saint-Jean et d’Ottawa ont agi en solitaires, ils n’étaient pas que des solitaires. S’ils étaient troublés, ils n’étaient pas que troublés. Ils faisaient partie d’une galaxie idéologique, voire de réseaux formels de communication et de formation, où oeuvrent des personnes bien lucides et déterminées avec des objectifs et des stratégies bien arrêtés.

Après les deux récents assassinats de militaires, Raheel Raza, présidente du Council for Muslims Facing Tomorrow, a lancé un cri du coeur demandant au Canada de fermer les mosquées pendant trois mois,d’exiger que les organisations musulmanes déclarent d’où proviennent leurs dons, de décréter un moratoire sur l’immigration en provenance de pays musulmans, d’expulser du pays, après leur avoir retiré la citoyenneté canadienne, ceux qui veulent partir pour le djihad ou qui en reviennent et d’évaluer les demandes d’accommodements religieux à la lumière des valeurs canadiennes. Un message pour nos « inclusifs ».

Raheel Raza est une musulmane pratiquante qu’on ne pourra certes pas qualifier d’islamophobe. Ce sont des gens comme elle que Johanne Faucher aurait dû interviewer.

 

Une suite à ce texte dans celui-ci: L’émission Enquête sur l’islam radical: du nouveau

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Note: Je n’aime pas employer le mot « terrorisme », un mot utilisé à toutes les sauces et qui sert souvent à occulter la violence dite « légale » des guerres. Mais à défaut d’autre terme, il faudra l’utiliser dans le sens commun suivant : « ensemble d’actes de violence (attentats, prises d’otages, etc.) commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système ». (Larousse)